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L’envers de la pilule
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(Jean-Claude St-Onge)
23 mai 2007
par
Chartrand Saint-Louis
« Je fais partie du paysage depuis assez longtemps pour avoir vu comment on a transformé les maladies les plus bénignes en maladies létales ou handicapantes avec l’introduction des médicaments modernes. » La tendance à prescrire des médicaments pour les étapes normales de la vie d’une personne, ses états d’âme et ses émotions, est en hausse. Les conditions propres à la nature humaine sont de plus en plus médicalisées par les promoteurs de remèdes en manque de clientèle. C’est ce qui ressort de l’ouvrage bien documenté de Jean-Claude St-Onge, « L’envers de la pilule », publié aux Éditions Écosociété (2002). L’auteur précise que cette tendance inquiétante est aussi associée à la présence sur le marché de médicaments dits « de confort » ou « style de vie ». Viagra fait partie de cette catégorie, tout comme les médicaments contre la calvitie et l’obésité de même que les antihistaminiques. Dans le discours de l’industrie pharmaceutique, toute contrariété est maintenant insupportable, la souffrance psychique est pratiquement une maladie mentale et chaque émotion possède son médicament approprié. Autre dénomination, nouvelle maladie En 1987 et 1994, le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), la bible des psychiatres américains, a introduit 77 nouvelles maladies mentales. Pour introduire ces nouvelles maladies, il a fallu changer la définition de ce qu’est un malade. Il suffit à présent de ressentir un malaise pour être étiqueté de malade. Et, bien sûr, pour chaque maladie, il doit y avoir un remède, préférablement une ou des pilules. De la difficulté à la dysfonction, on a glissé vers la maladie. L’auteur relate quelques exemples de nouvelles dénominations :
Cas des antidépresseurs Le nombre de personnes dépressives a été multiplié par sept entre 1970 et 1996. En France et aux USA, le nombre de consultations avec prescription d’antidépresseurs a quasiment doublé entre 1980 et 1989. Les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes à prendre ces pilules. Des millions d’enfants américains et canadiens en consomment. Bien que ces médicaments ne soient pas indiqués comme traitement de première ligne pour la dépression légère chez les adultes, on les prescrit quand même de façon massive. Deux raisons expliquent cette hausse de la consommation des antidépresseurs :
Les femmes : cibles de choix pour l’industrie pharmaceutique Selon l’auteur, les femmes sont particulièrement visées par ces efforts de médicalisation des événements de la vie. Autrefois, elles visitaient leur médecin au moment de la grossesse, maintenant elles le consultent au sujet de la contraception et de la ménopause. On parle d’ailleurs de la « périménopause », une nouvelle affection qu’on tente maintenant de populariser. Les femmes deviennent donc de grandes consommatrices de pilules pendant de très longues périodes de temps, ce qui les rend extrêmement vulnérables.
Avec l’hormonothérapie substitutive, un pas de plus a été franchi vers la médicalisation des étapes de la vie. Pourtant un grand nombre de femmes (75%) ne présentent aucun symptôme pénible ou gênant durant la ménopause. C’est surtout en jouant sur la peur du vieillissement que l’hormonothérapie substitutive est vendue aux femmes. Cette thérapie est proposée pour prévenir des maladies qu’elles pourraient développer mais aussi et surtout pour maintenir et améliorer leur apparence physique. Pourtant les effets indésirables du traitement (hormonothérapie substitutive) sont nombreux : maux de tête, nausée, changement d’humeur, infection génito-urinaire, caillot de sang aux jambes, problème de vésicule biliaire, sensibilité mammaire. De plus, le consensus est loin d’être universel, plusieurs médecins mettant en garde contre l’utilisation irresponsable de l’hormonothérapie.
En médicalisant la perte de densité osseuse (pas uniquement due à la diminution des hormones), on médicalise un phénomène normal qui survient avec le vieillissement tant chez les hommes (qui en sont moins affectés) que chez les femmes.
Un fort pourcentage de femmes âgées entre 18 à 59 ans (plus de 40%) souffrirait de dysfonction sexuelle. D’où provient cette statistique ? D’une étude menée aux États-Unis où on a demandé à 1500 femmes de répondre par oui ou par non à 7 questions. Si elles répondaient oui à une seule des questions, elles étaient classifiées comme ayant un problème de dysfonction sexuelle. Il en était ainsi si elles avaient éprouvé pendant 2 mois ou plus durant l’année précédente des problèmes tels que le manque de désir sexuel, l’anxiété au sujet de leur performance sexuelle, ou des difficultés de lubrification (Journal of the American Medical Association, 1991). Publicité douteuse
La publicité laisse croire qu’en achetant des pilules on achète la jeunesse, la beauté, la santé et la puissance sexuelle. Portrait de l’industrie pharmaceutique
Risques associés à la prise de médicaments « Si prendre un médicament nécessaire est dangereux mais sage et inévitable, prendre un médicament inutile est dangereux, imprudent et évitable. » Tout médicament comporte des risques. Ces risques sont à présent plus élevés car l’industrie pharmaceutique s’oriente davantage vers la recherche du profit et non vers celle du bien-être de la population. En vrac quelques-uns de ces risques :
Recommandations principales de l’auteur
En conclusion, l’auteur observe avec justesse que la pire catastrophe humanitaire reste celle de ces milliers d’enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque jour de maladie dans le tiers-monde, faut de médicaments à prix abordables. ***St-Onge, Jean-Claude. L’envers de la pilule : les dessous de l’industrie pharmaceutique. Montréal : Écosociété, 2004, 228 p. (cote Dewey : 338.476151 S148e)
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