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Argent

mercredi 20 avril 2011, par Daniel Ducharme

Le Petit Robert (1987) définit l’argent par le métal blanc qui sert, en autres choses, à frapper la monnaie. Dans son acception la plus large, l’argent est « ce qui représente cette monnaie » et qui permet d’échanger, par la voie indirecte (en comparaison à la voie directe représentée par le troc), des marchandises de toutes sortes. Aussi l’argent n’a pas de valeur en soi puisque c’est seulement ce qu’il représente, ce qu’il permet d’acquérir, qui en a une. Mais ce pouvoir de représentation exerce une influence non négligeable sur la vie quotidienne des hommes et des femmes dont la plupart éprouvent, à un moment donné ou à un autre de leur existence - quand ce n’est pas en permanence - des problèmes d’argent.

L’argent et les problèmes qui en découlent empoisonnent l’existence de tout un chacun. Il perturbe les relations amicales, voire familiales, et provoque des querelles infinies dans les questions d’héritage. L’argent est un voile qui assombrit les relations du père avec son fils, de la mère avec sa fille. Il est un poison à l’effet contradictoire qui confère de la dignité à celui qui en possède tout en la retirant à ce même individu quand il en possède trop. Comme disait ma mère, l’argent est un mal nécessaire qui mène à tous les abus. Rien d’étonnant qu’il soit responsable d’une bonne part de la criminalité et que, à l’occasion, il va jusqu’à briser des amitiés pourtant fortes de leur ancienneté.

L’argent est un poison, donc. Certes, il y a des poisons plus difficiles à enrayer que d’autres, mais il est le seul qui n’ait pas d’antidote connu. Alors, quelle attitude convient-il d’adopter face à l’argent ? Une attitude pudique, suis-je tenté d’avancer car, même si je ne crois plus en Dieu depuis longtemps, je suis bien malgré moi encore tout imprégné de christianisme, à tout le moins de ce christianisme qui véhicule l’adage suivant : « Oui, je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux » (Matthieu, XIX, 24). (Cette vision du christianisme s’oppose, bien entendu, à celle des nouvelles églises américaines pour lesquelles l’argent ne semble pas constituer un obstacle à l’entrée dans ce royaume...) En conséquence, j’en appelle à la pudeur dans les questions d’argent. En raison des besoins et, surtout, des priorités de chacun (un voyage pour un, un chaîne audio pour l’autre), je reconnais volontiers que certains individus peuvent avoir plus d’argent que d’autres, mais quand l’écart se creuse, atteignant parfois des dimensions disproportionnées, voire indécentes, alors là je me méfie, je m’indigne, je m’éloigne...

Aussi, en dépit de ce christianisme culturel dont je n’arrive pas à me départir, j’éprouve peu de compassion envers les victimes de fraudeurs. Ces escrocs de la finance promettent des taux d’intérêt allant parfois jusqu’à 20% à des citoyens aussi crédules que stupides qui s’empressent de leur confier leur épargne. On ne devrait pas faire de l’argent avec de l’argent. Chez les musulmans, cette pratique est d’ailleurs interdite, considérée comme un péché (haramu). Je ne partage pas cette interdiction, mais je suis conscient que, depuis Marx et Engels, la source de la richesse se trouve dans le travail humain et que l’argent qui engrange de l’argent a forcément des conséquences néfastes sur la vie quotidienne d’hommes et de femmes, peu importe leur lieu de résidence sur la planète.

Personne ne devrait avoir le droit de gagner cent ou mille fois plus d’argent que ses semblables, comme c’est souvent le cas dans le milieu de la finance et de l’entrepreneuriat. Non, personne... ou, du moins, personne d’honnête. Pudeur oblige, je me méfie de ceux qui ont les poches pleines de pognon. En général, ils ne sentent pas très bon. Et ils ne feront jamais partie de mes amis.