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Mon Panthéon poétique

jeudi 26 mai 2011, par Thierry Cabot

Poème interprété par Emelyse

François Villon

Du fond des temps, Villon, comme une pure cime ;
Foi sourde, chaude haleine au grand souffle attristé,
Prêtre de l’au-delà, voyou lâche et sublime
Terrifiant et sanglotant d’humanité.

Pierre de Ronsard

Sous ta plume, Ronsard, monte en un bleu sourire
Le suc des matins frais succulents de couleurs.
Dans l’orgueil de tes mots, une belle se mire
Et célèbre à la fois ton génie et ses fleurs.

Alfred de Vigny

Délicieux Vigny qui d’un vaste poème
Sut tisser la lumière à laquelle on rêva :
Silences murmurés, frisson d’écho suprême,
Prodiges soupirés à la lèvre d’Eva.

Victor Hugo

Ton sang herculéen fait trembler nos limites ;
Hugo, satan céleste, âme en deuil, pâtre nu,
Hugo, soleil énorme éclaboussé de mythes,
Qui sculpte l’innommable et cueille l’ingénu.

Gérard de Nerval

Des flots denses nimbés de magie et de moire
Polissent ta voix pleine aux suaves grandeurs.
Nerval, pionnier d’un monde entre songe et mémoire,
Dont nul n’a jusque-là retrouvé les splendeurs.

Charles Baudelaire

Au drapé de ton style orageux et solaire,
Tes cris ont la langueur des ciels qui se défont.
Avons-nous assez dit qu’en toi seul, Baudelaire,
Saigne le plus terrible et sourd le plus profond ?

Stéphane Mallarmé

L’énigme ciselée en des bijoux d’absence
Parachève ton sacre, ô lisse Mallarmé !
Blanc sortilège éclos d’un gouffre d’impuissance !
Tel est l’art pour lequel tu fus si bien armé.

Paul Verlaine

Salué par les dieux, tu fais couler, Verlaine,
Toute une aube perlante exquise à contre-jour.
Tes vers semblent jaillir d’un écheveau de laine
Pour chatouiller nos coeurs de friselis d’amour.

Arthur Rimbaud

Stupidement noyé sous de vilaines gloses,
Te revoilà giflant les scribes ennuyeux ;
Rimbaud qu’un feu vital agite au pouls des choses
Et dont le verbe court plus vite que nos yeux.v

Emile Nelligan

Ah ! Nelligan ! l’abjecte imposture des hommes
Te poussa, loqueteux, vers les nuits de l’hiver.
Ange bouleversé par tant de noirs fantômes
Que l’or jaillit cent fois de ton coeur entrouvert.

Guillaume Apollinaire

Apollinaire, toi ! le magique, le tendre
Chez qui flotte une plainte et pleurent des aveux ;
D’une eau fugace à Lou, combien l’on peut entendre
Une onde mélodique éternelle à nos voeux !

Paul Valéry

A quel chimiste aigu, plein de trouble finesse,
Doit-on ces joyaux clairs où se mêlent, si purs,
Des mots fluides et chauds élus pour leur jeunesse
Et l’adorable choc de pépites d’azurs ?

Henri Michaux

Michaux que tout excède et que rien ne censure ;
Métaphysique laboureur se flagellant ;
Héros teigneux pressé de fouiller sa blessure ;
Père d’un " Plume " idiot, lunaire et stimulant.

René Char

Tu fais gronder sans peine avec ta flèche ultime
Le scalpel de la foudre et le cri du chacal.
Icône fulgurant ! coup de poing dans l’abîme !
Char tellement fécond et si peu musical.

***

Poème extrait de La Blessure des Mots.