Accueil > Matière à réflexion > Le Petit Albert > Condition

Condition

lundi 1er octobre 2012, par Daniel Ducharme

Le mot condition est éminemment polysémique, à l’instar de nombreux mots qui prennent place dans ce dictionnaire intimiste. D’emblée rejetons condition usité dans le sens de clause (contrat), d’obligation ou d’exigence pour nous concentrer sur le sens originel de ce mot qui désigne la « situation où se trouve un être vivant » (Petit Robert 1987) ou, plus précisément, « l’élément d’un tout qu’il aide à constituer d’une manière essentielle » (Trésor de la langue française informatisé). Ainsi le mot condition renvoie en quelque sorte à ce que nous sommes, notre état, notre manière d’être. Et ce que nous sommes collectivement en tant qu’humanité fait référence à notre condition de mortel. En effet, peu importe ce que nous faisons dans la durée comprise entre la naissance et notre fin – durée qu’on appelle la vie –, une chose est certaine : nul n’échappe à sa condition, c’est-à-dire à la mort.

L’homme ou la femme qui prend conscience de sa condition de mortel fait un pas vers la sagesse, un pas vers un certain détachement envers les détails du quotidien qui, soudain, ne revêtent plus la même importance. Mais ce pas, qui semble aller de soi pour plusieurs d’entre nous, demeure difficile à franchir pour d’autres personnes, y compris des personnes âgées qui, à mon grand étonnement, se comportent comme s’ils ne savent pas qu’ils vont mourir… Comment se fait-il que l’émergence de la conscience ne s’est jamais produite chez eux ? Ni à l’adolescence, ni à l’âge adulte (lors de la crise de la quarantaine, par exemple), ni jamais… Ainsi, apprendre à mourir devrait s’inscrire à l’agenda de chacun d’entre nous, de manière à ne pas mourir comme un idiot quand le moment sera venu.

Toutefois, si la condition fondamentale de l’existence est la même pour tous les êtres humains, il n’en est pas de même pour la Condition humaine, du nom du célèbre roman d’André Malraux. Certes, devant l’approche inéluctable de la mort, chacun vit son destin en essayant de lui donner un sens, mais il n’en demeure pas moins que cette condition varie d’une classe d’individus à une autre, d’un pays à un autre, de sorte que l’engagement de lutter ici bas pour un monde meilleur devrait correspondre à une nécessité – celle des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

La sagesse commande d’apprendre à mourir, certes, mais, comme l’écrivait Épictète, elle consiste aussi à changer ce qui peut l’être tout en renonçant aux choses qui ne dépendent pas de nous. C’est ce qu’on appelle la part des choses…