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Attente

mardi 11 décembre 2012, par Daniel Ducharme

L’attente correspond d’emblée à la durée, au laps de « temps pendant lequel on attend » (Petit Robert 1987). Mais l’attente, c’est aussi – et surtout, ai-je envie d’ajouter – « l’état de conscience de celui qui attend ». Dans la mesure où il repose en bonne partie sur ce qu’on attend, donc sur l’objet de notre attente, cet état peut générer de l’anxiété… tout comme il peut provoquer de la fébrilité, de l’excitation pour la personne en attente, excitation qui a pour effet de rehausser la qualité de son existence. Car attendre, c’est anticiper, se délecter à l’avance d’une chose qui sera bientôt à nous. En ce sens, l’attente est étroitement associée au plaisir. L’écrivain français Michèle Gazier en témoigne : « J’ai compris par la suite que le plus beau du vouloir est dans l’attente. L’attente est un voyage immobile au cours duquel tout est possible, même ce que l’on n’a pas imaginé. Ulysse n’est Ulysse qu’avant d’avoir rejoint les rives d’Ithaque, lorsqu’il a seulement le désir du retour au cœur, qu’il est dans l’attente des retrouvailles. L’attente, c’est l’espace du romanesque. C’est la page blanche sur laquelle tout peut être écrit » (Les garçons d’en face, Seuil, 2003, p. 163).

Ne craignez donc pas l’attente car, qui sait, celle-ci constituera peut-être le meilleur moment de ce que vous vous apprêtez à vivre, celui dont vous vous souviendrez par la suite, quand l’objet de votre attente subira l’oblitération du temps et qu’il n’en restera plus rien.