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La pirogue
(Moussa Touré)

dimanche 17 février 2013, par Daniel Ducharme

Voici le synopsis du film tel qu’il circule un peu partout sur les sites promotionnels : « Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Son frère fait partie du voyage, le capitaine de la pirogue ne connait pas assez bien la mer, et au pays, aucun avenir n’est possible… Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui les attend au bout du voyage… »

J’ai vu ce film avec mes yeux d’occidental, bien entendu, avec tout de même un léger avantage sur mes contemporains : j’ai vécu dans ces villes africaines pendant plusieurs années, ces lieux où l’espoir est si mince que de jeunes gens n’hésitent pas à s’embarquer sur des bateaux de fortune pour tenter une aventure qui se termine, la plupart du temps, mal. Aux Comores, on les appelle les kwassa-kwassa. Ailleurs, en Asie et dans les Caraïbes, on les désigne plutôt sous le nom de boat-people. Dans les années 1980, des milliers de Haïtiens sont morts sur ce type d’embarcations en tentant de rejoindre les côtes américaines.

Le film de Moussa Touré jette un regard lucide sur ce phénomène qu’il nous fait vivre de l’intérieur, c’est-à-dire comme si nous étions parmi eux dans la pirogue. On côtoie ces gens, des Sénégalais et des Guinéens d’origines ethniques et de religions diverses. On fait connaissance avec ces passeurs et avec ceux, si naïfs, qui travaillent pour eux. Le cinéaste ne les dénonce pas avec des mots (ce n’est pas un film politique), mais il sait utiliser les images comme d’autres savent recourir à l’écrit pour passe leur message. À la fin, on s’attache à ces gens…. de sorte qu’on sort de la projection cinématographique avec une tristesse infinie. On en sort en deuil, effondré comme si nous avions perdu des amis.

Vous ne sortirez peut-être pas de ce film indemne. Ou peut-être que oui, après tout. Qui suis-je pour préjuger des émotions des autres ? Pour ma part, il m’a arraché une larme, ce film. Il a bouleversé mon humanité, m’a placé en situation de malaise tout en dévoilant cette impuissance à changer les choses, sentiment que j’ai trop souvent éprouvé en vivant sous ces latitudes.

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Consulter la fiche de ce film sur TV5 Monde avec tous les détails.

Lire la critique d’Odile Tremblay dans Le Devoir, même si vous n’y apprendrez pas grand-chose.