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Martin Luther King

dimanche 14 avril 2013, par Jean-Claude St-Louis

Martin Luther King est né à Atlanta, en Georgie, le 15 janvier 1929. Son père, Martin Luther King, Senior, était pasteur et sa mère, Alberta Williams, maîtresse d’école. Entré au Morehouse College en 1944, avec l’intention d’y étudier la médecine ou le droit, Martin se tourna vers la religion, sous l’influence du théologien, le docteur Benjamin Mays.

Après avoir rejoint la National Association for the Advancement of Colored People (l’Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), il se plongea dans les œuvres de Hegel, Thoreau, et surtout celle de Gandhi, notamment ses écrits et sa résistance passive. En 1947, Martin fut ordonné prêtre assistant dans l’Église baptiste Ebenezer, à Atlanta, dans la congrégation de son père. Il obtint finalement son doctorat en théologie, à l’université de Boston.

Après son mariage, en 1953, avec Coretta Scott, une étudiante en chant, King devint pasteur de l’église baptiste de la Dexta Avenue, à Montgomery, Alabama. C’est là qu’il rencontra le destin en la personne de Rosa Parks, une courageuse couturière qui, épuisée après sa journée de travail et revenant chez elle en autobus, refusa de céder sa place assise, à une personne blanche. Elle contrevenait ainsi à ce que la loi exigeait d’elle et fut rapidement arrêtée. Elle fut convoquée devant les tribunaux, le 5 décembre 1955.

Saisissant l’occasion, Martin Luther King organisa un mouvement de boycottage du réseau d’autobus de Montgomery, dont 75% des usagers étaient des noirs. Martin leur dit : « Si vous protestez avec courage et dignité, en faisant preuve d’amour chrétien, au cours des générations futures, les historiens diront : Là-bas vivait un peuple courageux, un peuple noir qui donna un sens nouveau et une dignité nouvelle à la civilisation. »

Le boycottage dura 382 jours et fut la première victoire de Martin Luther King, dont la lutte s’inspirait, à la fois, des principes chrétiens, du concept d’agitation politique de Thoreau et de la tactique de confrontation non violente prônée par Gandhi. Pour King, que rien ne détournait de sa vision et qui était doté d’une grande patience, la confrontation était aussi inévitable que la non-violence était indispensable.

Le boycottage des autobus de Montgomery attira l’attention internationale et les médias du monde entier se familiarisèrent avec le visage de Martin Luther King, notamment lors de ses voyages au Ghana et en Inde. De retour aux États-Unis, King poursuivit le mouvement de lutte contre la ségrégation, avec la fondation de la Southern Christian Leadership Conference (Conférence des chrétiens du Sud).

La confrontation de King, en 1963, avec Bull Convor, le shérif raciste de Birmingham, Alabama, aboutit à son emprisonnement, mais fut aussi à l’origine d’un manifeste littéraire : Letter from a Birmingham Jail (Lettre d’une prison de Birmingham). Ce texte fut considéré comme décisif dans l’accélération du vote de la loi sur les droits civiques "Civil Rights Act" de 1964. Le succès de King lui attira également des ennemis, notamment le directeur du FBI, John Edgar Hoover, qui orchestra une campagne pour le discréditer.

Mais pour ses partisans, King était une source d’inspiration continuelle. C’est en août 1963, au cours de la marche sur Washington, que le mouvement atteignit son point culminant. Au cours de cette marche, deux cent cinquante mille militants des droits civiques, de toutes les couleurs et de toutes origines, se rassemblèrent au Lincoln Memorial, pour écouter leur leader, à l’occasion de l’un des plus grands et plus émouvants discours jamais tenus et qui commença par le célèbre : « I have a dream » (Je fais le rêve).

L’année suivante, Martin Luther King, âgé de trente-cinq ans, reçut le prix Nobel de la paix. Au cours des trois années suivantes, il fit campagne à travers les États-Unis pour l’obtention des droits civiques. En 1967, en dépit de sévères critiques, il élargit son champ d’action, dénonçant la guerre du Vietnam et déclarant la guerre à la pauvreté. Il organisa une marche sur Washington en 1968. King resta attaché au principe de non-violence, même lorsque des militants plus radicaux optèrent pour la confrontation violente, afin d’éradiquer l’injustice.

Le 4 avril 1968, Martin Luther King fut assassiné alors qu’il se penchait à la balustrade du balcon d’un motel à Memphis, Tennessee. Il s’était rendu dans cette ville pour apporter son soutien à une grève des travailleurs d’installations sanitaires. James Carl Ray fut accusé de meurtre et il plaida coupable, en mars 1969 (il se rétracta par la suite). Lorsque la mort de King fut annoncée, des émeutes éclatèrent dans plus d’une centaine de villes américaines.

La veille de son assassinat, King avait déclaré à ses partisans qu’il n’avait pas peur de la mort. Il était arrivé au sommet de la montagne, disait-il. Il avait aperçu au-delà du sommet, la terre promise et, même si lui n’allait pas l’atteindre, ses partisans auraient cette chance. Dans le cœur de ceux qui luttent aujourd’hui pour que l’héritage de Martin Luther King demeure vivant, brûle toujours la flamme de la foi.

« I have a dream » (Je fais le rêve)

« Je vous le dis aujourd’hui, mes amis, bien que nous devions faire face aux difficultés d’aujourd’hui et de demain, j’ai tout de même un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.

Je fais le rêve qu’un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : « Nous considérons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux.

Je fais le rêve qu’un jour, sur les collines rouges de la Géorgie, les fils des esclaves et les fils des propriétaires d’esclaves puissent s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je fais le rêve qu’un jour, même l’État du Mississippi, désert étouffant d’injustice et d’oppression, soit transformé en une oasis de liberté et de justice.

Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour ce qu’ils sont comme personnes. Je fais ce rêve aujourd’hui !

Je fais le rêve qu’un jour là-bas en Alabama, avec ses racistes vicieux, avec son gouverneur aux lèvres dégoulinantes des mots : interposition et annulation ; un jour au fin fond de l’Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires puissent joindre leurs mains avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches, comme des frères et des sœurs. Je fais ce rêve aujourd’hui !

Je fais le rêve qu’un jour chaque vallée soit glorifiée, que chaque colline et chaque montagne soient aplanies, que les endroits rudes soient transformés en plaines, que les endroits tortueux soient redressés, que la gloire du Seigneur soit révélée et que tous les vivants la voient. »

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Références :

Luther King, Martin, Je fais un rêve, Éditions Bayard, 2008.

Delorme, Christian, Prier 15 jours avec Martin Luther King, 2e édition, Éditions Nouvelle Cité, 2008.

Lischer, Richard, The preacher King : Martin Luther King Jr. and the Word that Moved America, New York, Oxford University Press, 1995.

Cady, Barbara, Portraits du XXe siècle : 200 personnalités qui ont marqué leur époque, Cologne : Könemann, 1999.