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Ces fils patiemment tissés

lundi 27 juin 2005, par Chartrand Saint-Louis

Femme,
Cruelle vous êtes parfois
Et combien je vous hais,
Lorsque vous osez vous défiler
Contre mon gré.

La toile que j’avais tissée
Autour de vos pieds
Ainsi, vous l’avez bien
Décelée.

Ces fils que j’avais si savamment tissés
Vous tiriez parfois au point de les détendre
Rompant, de ce fait,
La magie qui nous reliait.

Perfide !
Cruelle !

Vite, que je vous gronde
Et qu’attendez-vous pour répondre
À mon questionnement :
D’où vient ce désir
D’affranchissement ?

Un brin d’air frais, vous réclamez !
Quel affront vous faites
À ce coeur qui aime tant
Daignez-vous le voir souffrir autant !?

Rentrez vite dans le giron
Et que je ne vous y reprenne plus
Pourquoi prendre tant de libertés
Lorsque l’on se sait aimer.

Ces fils patiemment tissés
Sont devenus la toile
Dans laquelle vous vous mouviez
Avec lenteur et désespérance.

D’où vient ce désir
De vous mouvoir plus aisément ?
Est-ce ainsi que l’on aime
En cherchant à se délier ?

Suffocante et blême
Vous apparaissez à présent
Et suppliante, vous m’appelez
Le temps de répondre
Déjà vous quittez la toile
Que j’avais tissée
Autour de vos pieds.

Sachez que vous souffrirez
Votre soif de liberté est grande
Votre enchaînement l’est tout autant
N’ayez crainte
La douleur qui est mienne
Sera la vôtre à présent
Ce sera ma petite victoire
Et vos pleurs,
Une consolation pour mon âme esseulée.

Devrais-je comprendre qu’en vous libérant,
Vous ne m’aimez pas moins !?
Qu’en vous retenant,
Je vous faisais grande peine !?
Devrais-je pour mieux aimer,
Vous sortir de ce joug !?
Chaque fil tissé ayant fait de vous une esclave,
Non un être de liberté.

Affranchissez-vous !
Reprenez le visage rayonnant des jours premiers
Qui sait aimer ne sait-il pas délivrer !?
Ne cherche-t-il pas à ne pas retenir !?

Ces fils tissés ne sont-ils pas les pièges réels de l’amour !?

***

Ce poème écrit dans un style vieillot a été inspiré par la chanson « Manon » de Gainsbourg
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