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Lao-Tseu, philosophe chinois (570-490 av. J.-C.)

samedi 8 octobre 2005, par Jean-Claude St-Louis

Selon la tradition chinoise, Li-Euf ou Lao Tan, plus connu sous le nom de Lao-tseu (vieux maître), aurait vécu au VIe siècle avant Jésus-Christ. Originaire du pays de Chu en Chine centrale, sa vie recluse a donné lieu à de nombreuses légendes. Après une naissance miraculeuse, Lao-tseu aurait vécu deux cent ans et aurait enseigné au jeune Confucius. Il aurait été archiviste et astrologue des empereurs Zhou, mais dégoûté de la décadence de cette dynastie, il aurait fui vers l’ouest, assis sur un boeuf. La légende rapporte qu’avant de franchir la frontière indienne, il aurait confié au garde, son testament philosophique : le Tao-tö king.

Textes tirés du Tao-tö king :

Le tao est comme un vase
Que l’usage ne remplit jamais
Il est pareil à un gouffre
Origine de toutes choses du monde

Il émousse tout tranchant (symbole de l’éminence)
Il dénoue tout écheveau (symbole du conflit)
Il fusionne toutes lumières (symbole des qualités)
Il unifie toutes poussières (symbole des défauts)

Il semble très profond
Il paraît durer toujours
Fils d’un je ne sais qui
Il doit être l’aïeul des dieux

(IV, p. 15)
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Le regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’invisible
L’écoutant, on ne l’entend pas, on le nomme l’inaudible
Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l’impalpable
Ces trois états dont l’essence est indéchiffrable
Se confondent finalement en UN

Sa face supérieure n’est pas illuminée
Sa face inférieure n’est pas obscure
Perpétuel, il ne peut être nommé
Ainsi il appartient au royaume des sans-choses

Il est la forme sans forme et l’image sans image
Il est fuyant et insaisissable
L’accueillant, on ne voit pas sa tête
Le suivant, on ne voit pas son dos

Qui prend les rênes du Tao antique
Dominera les contingences actuelles
Connaître ce qui est l’origine
C’est servir le point nodal du Tao

(XIV, p. 26)
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Il y avait quelque chose d’indéterminé
Avant la naissance de l’univers
Ce quelque chose est muet et vide
Il est indépendant et inaltérable
Il circule partout sans jamais se lasser
Il doit être la Mère de l’univers

Ne connaissant pas son nom
Je le nomme "Tao"
Je m’efforce de l’appeler "grandeur"
La grandeur implique l’extension
L’extension implique l’éloignement
L’éloignement exige le retour

Le Tao est grand
Le ciel est grand
La terre est grande
L’homme est grand
C’est pourquoi l’homme est l’un des quatre grands du monde

L’homme imite la terre
La terre imite le ciel
Le ciel imite le Tao
Le Tao n’a d’autre modèle que lui-même

(XXV, p. 39)
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Le grand Tao s’épand comme un flot
Il est capable d’aller à droite et à gauche

Tous les êtres sont nés de lui
Sans qu’il en soit l’auteur
Il accomplit ses oeuvres
Mais il ne se les approprie pas

Il protège et nourrit tous les êtres
Sans qu’il en soit le Maître
Ainsi il peut s’appeler "grandeur"

C’est parce qu’il ne connaît pas sa grandeur
Que sa grandeur se révèle

(XXXIV, p. 53)
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Qui connaît autrui est intelligent
Qui se connaît est éclairé
Qui vainc autrui est fort
Qui se vainc lui-même a la force de l’âme

Qui se contente est riche
Qui s’efforce d’agir a la volonté

Qui reste à sa place vit longtemps
Qui est mort sans être disparu atteint l’immortalité

(XXXIII, p. 52)

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Source :

Lao-Tseu, Tao-tö king ; traduit du chinois par Liou Kia-Hway ; préface d’Etiemble. [Paris] : Gallimard, 1990, c1967 (cote Dewey : 299.514 L298t)