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Pierre Teilhard de Chardin, philosophe et visionnaire (1881-1955)

dimanche 16 octobre 2005, par Jean-Claude St-Louis

Pierre Teilhard de Chardin est né le 1er mai 1881, en Auvergne, France. Dès son enfance, il prend goût aux sciences naturelles. Élevé dans des collèges jésuites, il entame son parcours religieux en 1899. Il est ordonné prêtre en 1911. Entre-temps, il poursuit des études en lettres et se retrouve en Égypte où il enseigne la physique et la chimie. Il retourne en Grande-Bretagne pour y suivre des cours de théologie. En 1912, il rejoint le laboratoire de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, où il fait ses premiers pas de chercheur en paléontologie humaine. La guerre éclate en 1914 et il est mobilisé comme brancardier. De retour à Paris, il reprend ses études à la Sorbonne et obtient trois licences de sciences naturelles : en géologie, botanique et zoologie. Il obtient son doctorat en 1922. En 1923, c’est le contact avec la Chine, où il réside de 1926 à 1946. Il entreprend une longue série de voyages en Éthiopie, en Inde, en Birmanie et à Java. En 1946, Teilhard revient en France, où il est reconnu par ses pairs « scientifistes » qui l’élisent à l’Académie des sciences. Toutefois, il entretient des relations conflictuelles avec les autorités religieuses, dû au fait que sa « pensée » philosophique, alliant science et foi, repose sur une conception globale de la place de l’Homme dans l’univers.

Pierre Teilhard de Chardin devient donc une espèce de Galilée des temps modernes, face à l’Église de Rome, qui considère que sa « pensée » va à l’encontre des premiers chapitres de la Genèse : l’homme ayant été créé parfait jusqu’à sa chute provoquée par la femme, avec l’histoire de la pomme et du serpent. Au contraire, la « pensée » de Teilhard, est que le principe de l’évolution nous enseigne qu’il n’y a jamais eu de chute de l’Homme, mais plutôt une montée progressive, un état supérieur, le mal étant lié à un état d’imperfection originel et le péché, une faiblesse consécutive à ce mal. Pour Teilhard, le désespoir de la chute devient, au contraire, l’espérance de la montée, conférant à la femme, une fonction dynamique et une place essentielle dans l’aventure humaine. Le mal serait-il une fatalité ? Non, selon Teilhard, car ni le bien, ni le mal, ne peuvent être perçus isolément comme deux contraires, car tout ce qui donne au bien sa signification, désigne le mal comme la condition même de sa réalité. Dans un monde en évolution, le mal apparaît, non plus comme une fatalité ou une punition de Dieu, mais comme un inachèvement de l’être. Le mal n’est donc plus catastrophique ; il devient évolutif. Puisque le mal imprègne la vie, de la naissance à la mort, il est indispensable d’en chercher l’origine la plus lointaine pour essayer d’en dégager le sens, afin de mieux le comprendre pour pouvoir ensuite lui faire face et le combattre.

L’évolution nous fait découvrir un univers en mouvement depuis ses origines, où l’Homme doit créer son propre épanouissement, en fonction de celui des autres. La morale ne peut donc plus être celle d’un ordre naturel préexistant, mais celle d’une humanité en marche, exigeant de l’effort et du progrès. Les droits et les devoirs de l’Homme reposent sur une « morale de mouvement », selon l’expression de Teilhard de Chardin, dans laquelle toutes les valeurs et toutes les vertus reçoivent une signification évolutive et énergétique. L’évolution devient consciente d’elle-même à travers l’Homme. La liberté de chacun ne commence plus où s’arrête celle des autres, mais elle est solidaire de celle des autres, comme les molécules le sont dans une même cellule. Teilhard de Chardin tient compte du temps et de l’espace qui ont permis à la matière de devenir esprit. De là, jaillit le goût de vivre permettant à l’Homme de ne pas désespérer. Le goût de vivre n’étant autre que le sens de l’humain qui s’enflamme dans l’amour, la seule énergie capable d’unir les Hommes.

La clé de la pensée de Teilhard de Chardin repose sur une évolution optimiste qui s’efforce de concilier science et foi. Les traits majeurs de cette évolution sont la convergence et l’unification. L’humanité aspire à son unification réelle, accomplissant ainsi les promesses de solidarité et de superconscience contenues dans la Genèse du monde. Il est indispensable qu’il y ait un projet, un dessein, un sens qui résolve l’énigme du monde. L’évolution qui a abouti à l’Homme va sûrement à quelque part ; elle ne saurait être le résultat d’un processus hasardeux et aveugle. L’Église ne reconnut pas cette « pensée » et ne permit pas à Teilhard de Chardin de publier ses écrits de son vivant. Le principal reproche adressé à Teilhard, fut celui d’avoir évincé le mal et le péché, en développant une théorie d’évolution qu’elle estimait trop optimiste.

Teilhard de Chardin, un visionnaire ?

Devant les forces de destruction qui opèrent en ce début de troisième millénaire, la « Conscience planétaire » de Teilhard de Chardin est-elle en train de se réaliser ? On peut se demander si le cerveau humain est suffisamment éveillé pour illuminer la voie de l’avenir. Pour que l’humanité puisse éviter son autodestruction, verra-t-on une nouvelle orientation de l’Esprit de l’Homme ? Celui-ci deviendra-t-il plus compréhensif envers son prochain et plus ouvert spirituellement ? Choisira-t-il d’employer toutes les ressources matérielles de la planète pour créer davantage de liens économiques, sociaux et spirituels, au lieu de capituler devant les forces de destruction ?

Est-ce qu’il y a de l’espoir pour une vraie conscience planétaire en ce début de troisième millénaire ? Peut-on espérer un âge où la matière sera mise au service de l’Esprit, au lieu du contraire qui existe présentement ? Selon Teilhard, ce rebondissement de l’évolution, ne pourra se faire que par mutations subtiles, de générations en générations. Selon lui, la marche de l’humanité ne pourra se développer que dans le sens d’une conquête de la matière mise au service de l’Esprit. La seule issue possible, selon Teilhard, sera d’ordre spirituel, tout en ayant confiance au laborieux travail de l’évolution, qui, en parvenant à créer des êtres humains avec autant de soin, ne peut pas avoir été organisé au hasard. Il faut admettre, comme le dit Teilhard, que cette évolution est dirigée depuis le début, car il y a un moteur qui l’oriente et ce moteur n’est autre que Dieu, principe générateur et en même temps, final, qui donne à l’Homme, la pensée, la conscience, l’âme, la foi et l’énergie de l’amour, pour continuer son chemin de paix et de construction d’un avenir digne pour tous.

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Sources :

Teilhard de Chardin, P., L’avenir de l’homme. Paris : Éditions du Seuil, c1959, 356 p. (cote Dewey : 128 T264a)

-----------------------------------, Le milieu divin : essai de vie intérieure. Paris : Éditions du Seuil, 1972, 187 p. (cote Dewey : 248.22 T264m)

-----------------------------------, Le phénomène humain. Paris : Éditions du Seuil, 1955, 318 p. (cote Dewey : 128 T264p)