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Ma rivière

mercredi 9 novembre 2005, par Jean-Claude St-Louis

Quelle est belle ma rivière ! Comme elle est vivante ! Elle serpente langoureusement à travers les champs et, comme une femme amoureuse, elle enserre tendrement les rochers qui se pointent. Elle caresse, avec volupté, les berges sur lesquelles elle s’attarde un instant. Tantôt, elle devient impétueuse et bondit en cascades qui font tinter leurs bulles et dont le murmure berce les nuits.

Plus loin, ma rivière traverse silencieusement un petit village, plein de poésie tranquille. Poursuivant sa route, elle s’insinue dans les boisés où les ombres des arbres, s’allongent, silencieuses, dans ses eaux. Là, perché dans son observatoire, comme une sentinelle aux aguets, un martin-pêcheur scrute attentivement sa surface, afin de déceler le goujon imprudent.

Dès que tombe le crépuscule, des petits oiseaux, perchés sur les branches d’un hêtre, entonnent un chant passionné, bruyant, varié à l’infini, comme pour forcer la venue du printemps. Quelques canards glissent à sa surface, savourant le calme sauvage d’un coin à l’abri des grands vents. Ils jouent comme des enfants, ivres de liberté, rasant les berges, où ils plongent, leurs petits derrières s’agitant fébrilement hors de l’eau. Là, quelques pies jacassent et se gavent d’une plantureuse ripaille. Elles se saluent à petits cris joyeux, presque attendris. Elles sautillent, capricieuses, animant l’arbre, tout heureux de recevoir cette vie trépidante.

Quelle est puissante ma rivière ! Lorsque l’hiver s’attarde un peu trop, amenant un redoux brusque qui vient gonfler démesurément ses eaux, ma rivière démontre alors toute sa puissance. Ses eaux deviennent boueuses et grises et elles envahissent la plaine, tandis que dans son lit, elles déferlent, déchaînées, malmenant les arbres et entremêlant les branchages dans des remous profonds.

Le vent se fait parfois complice de ma rivière. Chargé d’effluves et encore un peu frais, malgré la promesse d’un temps doux, le vent traverse en hurlant la vallée et couche impitoyablement les roseaux dégarnis. C’est un vent violent qui balaie tout sur son passage. Il arrache aux coteaux les dernières neiges ramollies, lesquelles viennent gonfler les ruisseaux qui débordent dans ma rivière en crue. Sur les terres immergées, les eaux de ma rivière ravagent d’immenses étendues et déposent leur humus dans les champs cultivés.

Quelle est paisible ma rivière ! L’été venu, ma rivière retrouve son lit calme et silencieux. Ses eaux se réchauffent sous les rayons ardents du soleil ; les verdures l’envahissent et une vie grouillante s’anime sur ses rives. Ma rivière se déploie alors dans toute sa magnificence.