Accueil > Littérature > Contes > La forêt enchantée

La forêt enchantée

dimanche 25 décembre 2005, par Jean-Claude St-Louis

Une vie grouillante et multiple sourd de partout, allant du chant des oiseaux, à l’éclatement des bourgeons et au gonflement des rameaux craquant dans l’air vibrant.

Des feuilles délicates et pâles s’élancent victorieuses pour dérouler, à la lumière du jour, leurs banderoles de fraîcheur et s’étaler ensuite en larges parasols. Il en résulte une symphonie de couleurs, allant des verts ardents aux pâleurs mièvres des rameaux inférieurs, dont les feuilles tendres, aux épidermes délicats, n’ont pas encore reçu le baptême des rayons ardents du soleil.

Dans la lumière veloutée et caressante du jour, deux jeunes cerfs descendent vers des lieux familiers, après avoir sondé l’espace, pour découvrir la direction du vent, qui remue, à peine, les feuilles des arbres.

La brise légère souffle doucement, comme si elle voulait épier les bruits imperceptibles dans l’air environnant. Les deux cerfs se dirigent vers un champs de trèfles aux fleurs sucrées. D’un bond, ils franchissent le mur d’enceinte du bois et son fossé humide, jonché de pierres mousseuses.

Une quiétude parfumée émane de la fraîcheur du pré. L’heure est douce et semble leur sourire pour leur rendre, en partie, une confiance ébranlée par les sombres pressentiments qui les troublent parfois.

Les choses sont là, accueillantes, et les trèfles au loin, ont une odeur de miel. Le crépuscule tire finalement les jeunes cerfs d’une torpeur pénible. Les feuilles, au faîte des futaies, s’agitent doucement dans la brise du soir, comme des mouchoirs, sorte d’adieu de l’âme des arbres au jour qui s’en va.

De la terre nubile, monte une odeur indéfinie, subtile et pénétrante, qui semble contenir, en germe, celle de tous les parfums sylvestres. Le jour s’achève et le soleil disparaît à l’horizon. Un grand silence s’abat sur la forêt, comme celui qui suit le dernier crépitement d’un feu.

Dans le ciel, de longs buissons de nuages passent en treillis serrés, où se confondent ombre et lumière, et derrière lesquels s’agrandit la pâle pupille de la lune. Les paysages environnants se referment lentement derrière d’impénétrables frontières d’obscurité. C’est l’heure de la lune qui vient régner sur le monde des ténèbres.

L’aube se lève enfin, traînant son suaire jaunâtre et comme vieilli, sur la grisaille morbide du paysage rustique. Cette aube, comme tous les autres, revient sur le monde animal, délivrant de sa matrice humide, une quiétude en éveil, fraîche, musquée, pleine d’étirements, de plaisirs fugaces et d’halètements d’amour. Puis dans un paysage féerique, où l’horizon paraît s’embraser, la grisaille se dissipe, le soleil se lève, majestueux, et un autre jour naît sur la forêt enchantée du Grand Nord québécois.