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Un rêve abouti :
La naissance de Pascal Dumas

mardi 5 août 2008, par Daniel Ducharme

Je suis né le premier mai de l’an 1957 à six heures cinquante-cinq du matin à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal. À cette époque, le premier mai était un jour important, non pas parce qu’on célébrait, un peu partout dans le monde, la fête des travailleurs (qui, d’ailleurs, n’avait lieu qu’en début de septembre chez nous), mais plutôt parce qu’il correspondait à la fin des baux de location, et dans une ville comme Montréal, qui comptait alors plus de 80% de locataires, cela avait son importance.

J’aime imaginer le premier mai de ma naissance à l’image de tous ceux qui ont jalonné le parcours de mon enfance, c’est-à-dire comme un jour de mouvement désordonné, une fête dans laquelle des milliers de personnes étaient impliquées, car ceux qui ne déménageaient pas devaient donner un coup de main aux au­tres, ce qui leur était compté lorsque, le moment venu, ils solliciteraient de l’aide à leur tour. Dès l’aube, le cirque commençait pour ne se terminer que très tard dans la nuit. Les rues de Montréal s’emplissaient peu à peu de camionnettes surchargées de meubles, d’appa­reils électroménagers et de boîtes cartonnées de toutes dimensions. Cela zigzaguait d’est en ouest, du nord au sud, au point de donner le vertige aux forces policières chargées de la sécurité routière. Un peu partout dans la ville, des hommes en bras de chemise, ou carrément torse nu, peinaient sous le poids de lourds réfrigérateurs qu’ils devaient hisser jusqu’aux étages supérieurs. Pour ce faire, ils empruntaient les escaliers extérieurs, certes typiques puisqu’ils n’existaient qu’à Montréal, mais guère appropriés à ce genre d’exercice. Rares étaient les rues de la Métropole où on ne pouvait assister à ce spectacle gratuit. Pendant que les hommes entassaient pêle-mêle le mobilier dans une pièce prévue à cet effet, les femmes, dans l’attente d’une main-d’œuvre disponible pour effectuer les travaux de peinture, lavaient les murs et les plan­chers, surveillant de leur mieux les enfants qui déjà faisaient connaissance avec le voisinage. Parfois, une famille ne pouvait libérer les lieux dans les délais prescrits, car les occupants du logement qui leur était destiné ne le pouvaient non plus. Ainsi, par un effet d’entraîne­ment, plusieurs familles étaient amenées bon gré mal gré à cohabiter, leurs meubles respectifs chacun de leur côté, pen­dant vingt-quatre heures, voire plus. Comme les maladies épidémiques, il fallait résoudre le problème à la source afin que la mécanique se remette à fonction­ner. Souvent, il ne s’agissait que d’un pauvre vieux qu’on devait évacuer, par la force tranquille de la persuasion, vers l’hospice le plus proche. Et le spectacle continuait... Ces jours-là, les marchands de pizza et de hot-dogs ne chômaient pas, réalisant en une seule journée le chiffre d’affaire de toute une semaine. Bien entendu, la bière coulait à flot...

En dépit des politiques municipales d’accès à la propriété, la tradition d’un jour particulier consacré au déménagement collectif des Montréalais s’est maintenue jusqu’à nos jours. Toutefois, au cours des années soixante, les autorités décidè­rent de le reporter au premier juillet, lequel est aussi la fête du Canada. En plus de faire l’écono­mie d’un jour férié (peu fêté, d’ailleurs...), cela répondait à des nécessités d’ordre pratique : les enfants n’avaient plus besoin de changer d’école avant la fin de l’année scolaire.

Cette année-là, mes parents ne furent pas de ceux qui participèrent à la liesse générale. Pourtant, plus que tout autre, ils auraient eu intérêt à déménager puisqu’ils se trouvaient sans domicile fixe au moment de ma naissance. En effet, quelques semaines plus tôt, ils avaient dû quitter leur logement de la rue Cha­pleau. Le propriétaire, après les avoir laissé rénover le logis à grands frais, avait décidé de le reprendre pour son usage personnel. Bien que l’avis d’expulsion s’avérât d’une valeur légale contestable, mes parents ne protestèrent ni n’invo­quèrent une quelconque loi pour exiger une indemnité. Ils n’exigèrent pas non plus un délai plus acceptable que l’unique mois accordé par le propriétaire pour quitter les lieux. À ceux-là (bien peu nombreux, il est vrai) qui leur suggéraient de faire appel aux institutions judiciaires, ma mère répondait systématiquement : « Les gouvernants ne peuvent rien contre la méchanceté du monde ». Quant à mon père, d’une nature encline à plier l’échine - et d’autant plus soumis aux quatre volontés de ma mère -, il baissa les bras, résigné. À la décharge de mes parents, il faut mentionner que, en cette période d’avant la Révolution tranquille, l’État n’avait pas encore prévu de mécanismes pour faire appliquer les lois sociales destinées à protéger ceux qui n’avaient pas les moyens d’accéder aux services d’un avocat. Ne pouvant se payer la justice, mes parents, donc, se contentèrent de tirer leçon de leur naïveté en se promettant de ne plus jamais retomber dans le même piège.

Ne cherchant pas à dissimuler son mépris à l’endroit du propriétaire, ma mère n’attendit pas les trente jours auxquels elle avait droit pour organiser l’héberge­ment temporaire de la famille. (Ce mépris, si cher à ma mère, permit au pro­priétaire d’occu­per plus rapidement une maison qu’elle lui avait rénovée, et ce dans un état impeccable car, avant de la quitter, elle se donna la peine - en cela très orgueilleuse - d’en faire briller les moindres recoins...) Dans les jours qui suivirent la réception de l’avis d’expul­sion, elle entreprit de relocaliser son monde, car il n’était pas question de songer à prendre un autre appartement, du moins tant qu’elle ne serait pas en condition de diriger elle-même les opérations relatives à l’installation de siens. Ainsi, préférait-elle attendre deux ou trois mois, le temps de me donner naissance en toute quiétude, et le temps aussi de retrouver l’énergie nécessaire à l’organisation d’un déménagement.

Mon frère Claude, né deux ans plus tôt, fut logé chez mes grands-parents ma­ternels, les Bélisle. Ces derniers habitaient un trois et demi sur la rue Chapleau, légèrement au sud de la rue Mont-Royal. Pour ma mère, il s’agissait là d’un choix naturel qui allait de soi. À qui donc une mère peut-elle confier son enfant si ce n’est à sa propre mère ? Comme il se doit, les grands-parents Bélisle accueillirent le petit Claude, le sang de leur sang, avec une joie non dissimulée. Mon père, de son côté, s’installa chez sa soeur, ma tante Véronique. Avec son mari - mon oncle André - et ses deux enfants, elle occupait un confortable lo­gement rue Franchère, soit une rue à l’ouest de Chapleau. Quant à ma mère, elle établit domicile chez ma grand-tante Céline, la sœur de mon grand-père maternel. Compte tenu des circonstances, ce choix n’était guère approprié, et ce pour trois raisons. D’abord, ma grand-tante habitait dans le quartier Saint-Michel, donc assez loin de notre cadre habituel de vie et, surtout, de l’hôpital. Ensuite, cette dernière comptait six enfants, lesquels n’allaient cer­tainement pas faire de la maison un lieu où le calme serait roi. Enfin, le mari de Tante Céline, plutôt porté sur la bouteille, ne risquait pas d’être d’une grande utilité en cas d’urgence. Tout cela faisait en sorte que la maison de tante Céline ne représentait pas un environnement idéal pour une femme qui s’apprêtait à ac­coucher pour la seconde fois. Donc, il s’agissait là d’une décision discutable que personne, d’ailleurs, n’eut songé à contester... Ceux qui connurent ma mère à cette époque savaient que toute tentative pour lui faire changer d’avis était vouée à l’échec. On ne s’y risqua même pas.

Le soir du trente avril, sur le coup de vingt heures, ma mère commença à res­sentir des contractions dont la régularité ne faisait aucun doute sur ma venue prochaine. Elle appela tante Céline pour lui demander que son mari - mon oncle Philippe - la conduise à l’hôpital le plus vite possible. On se chargerait ensuite de prévenir mon père, lequel n’avait pas de voiture en ce temps-là. Or, mon grand-oncle, saoul comme une bourrique (tel était son habitude, surtout les soirs de paie), dormait à poing fermé. Sachant pertinemment qu’il était vain de chercher à le réveiller, ma mère ne s’inquiéta pas outre mesure, ce qui n’était pas le cas de ma grand-tante qui, visiblement perturbée, soliloquait en tournant en rond dans la cuisine...

Pour des raisons qu’elle-même aurait pu difficilement expliquer, ma mère ré­pugnait à faire appel à l’autre famille, c’est-à-dire aux Dumas. Elle aurait préfé­ré que tout se passe au sein de la sienne, de manière à ne rien devoir aux autres. Mais puisqu’elle n’avait ni frère ni sœur, cela limitait considérablement les possibilités d’aide. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle se résigna à téléphoner chez ma tante Véronique pour rejoindre mon père. Pour compliquer les choses, celui-ci n’y était pas ; il était en train d’aider son frère Gérard à prépa­rer son déménagement, lequel devait s’effec­tuer le lendemain matin à la pre­mière heure. Mon oncle André, toutefois, offrit de l’amener à l’hôpital, ce dont ma mère accepta d’autant plus facilement qu’elle n’avait pas eu besoin de le de­mander... Son orgueil intact, elle était rassérénée. Quant à mon père, ma tante Véronique se débrouillerait pour l’avertir en temps opportun.

Il était près de vingt-deux heures lorsque ma mère arriva à la maternité de l’Hôpital Notre-Dame, sise sur la rue Sherbrooke près de l’avenue Papineau. L’infirmière de garde l’installa dans une chambre commune, lui assurant que notre médecin de famille, prévenu de son arrivée, passerait dans quelques ins­tants. En effet, celui-ci s’amena peu de temps après. Après avoir examiné ma mère, il lui dit que, bien que le col soit ouvert, il ne prévoyait pas la naissance avant sept ou huit heures le lendemain matin. Il regagna donc son domicile, boulevard Saint-Joseph, non sans lui avoir promis de revenir le plus tôt possi­ble.

Alors commença pour ma mère une longue attente ponctuée de douleurs causées par les contractions intermittentes. Appuyée au dossier de son lit qu’on avait pris soin de relever, ses cheveux presque roux - auburn, disait-on à l’époque - juraient étrangement avec tout ce blanc qui l’entourait. Cette position mi-couchée mi-assise, bien qu’assez confortable, lui offrait une vue imprenable sur son gros ventre. Comme si elle eut peur que celui-ci n’éclate, elle n’osait trop se mouvoir. À peine se contentait-elle d’y poser les mains de temps en temps, comme s’il s’agissait là de son bien le plus précieux.

Retenu par le déménagement de son frère Gérard, mon père se présenta à l’hôpital Notre-Dame autour de vingt-trois heures. Après lui avoir indiqué la salle d’attente de la maternité, l’infirmière de garde le conduisit à la chambre de ma mère, non sans lui rappeler que l’accès aux chambres des patients était interdit après vingt et une heures et que, en cela, elle enfreignait le règlement...

- Juste une minute, lui promit mon père.

Dès qu’il eut passé le chambranle de la porte, ma mère se sentit mieux. Cheveux ébouriffés, visage mal rasé, haleine fétide, mon père n’apparut pas sous son meilleur jour, mais ma mère ne lui fit aucun reproche, sachant trop bien comment les hommes modestes transforment en fête la moindre corvée non rémunérée.

D’une voix incertaine, mon père lui demanda : « Qu’est-ce que je fais ? J’attends dehors... »

- Non, lui répondit ma mère. Assieds-toi là près de moi et prends-moi la main.

Mon père obtempéra sans mot dire à la demande de ma mère. Assis près d’elle sur le bord du lit, il hésita encore à la regarder dans les yeux, comme s’il avait honte de paraître devant elle dans cet état et, qui plus est, d’avoir passé du bon temps avec son frère alors qu’avaient débuté les contractions.

- Tu sais, j’ai fait aussi vite que j’ai pu...

- Je sais, coupa ma mère. Comment s’est passé le déménagement de Gérard ?

Visiblement soulagé que ma mère ne fasse aucune allusion à la situation gênante dans laquelle il se trouvait, mon père raconta sa soirée. Puis, jetant un coup d’œil sur le ventre de ma mère, il demanda : « Mais c’était pas prévu si vite... »

- L’homme propose, Dieu dispose, lui répondit ma mère, répétant en cela un adage très répandu au Québec. Tu te souviens que notre petit Claude voulait pas sortir de mon ventre ? Il s’y sentait tellement bien... Mais celui-là, je le sens comme pressé de venir au monde, pressé d’avoir du trouble...

Mon père esquissa un sourire en tapotant doucement la main de ma mère. Quelques minutes plus tard, elle se détendit, puis s’assoupit pendant que lui, de peur de la perturber, n’osa bouger. Immobile, les yeux fixés sur le ventre de sa femme, il attendit en silence. L’infirmière de garde vint alors le chercher, lui intimant l’ordre de demeurer dans la salle d’attente jusqu’à la naissance du bébé. Il abandonna alors ma mère à son sommeil et quitta la chambre.

En effet, ma mère s’endormit, comme si le fait de savoir son mari près d’elle l’eut apaisée, rassurée. Ce n’est pas que mon père ait été d’un grand secours dans les différentes étapes qui avaient jalonné sa grossesse, mais sa présence, son humeur égal, cette douceur qui, malgré le dur labeur de son quotidien, émanait de sa personne, suffisait à lui donner espoir, à lui faire croire, encore et toujours, que le meilleur était au devant d’eux. Elle s’endormit, donc, la fatigue se révélant parfois plus forte que la douleur. Et sans doute se mit-elle à rêver à cet enfant à naître car, un peu plus tard, quand je serai devenu un petit garçon, elle me dira souvent, le sourire en coin : « Toi, tu es un rêve abouti ». Enfant, je ne saisissais pas exactement le sens de ces paroles mais, vers la fin de mon adolescence, je compris que, en s’endormant cette nuit-là, ma mère m’avait rêvé avant de me mettre au monde ; de sorte que moi, qui n’étais qu’une petite boule de chair hurlante de vie, je devins soudain le résultat de son rêve le plus intime. Et ces paroles revenaient à me faire, pour ma mère, à chaque fois qu’elles les prononçaient, une formidable déclaration d’amour.

Certes, il est réconfortant de penser que ma naissance ait été ardemment désirée par ma mère. Mais c’est aussi terriblement engageant parce que, dans ces conditions, je ne pouvais plus disposer de ma vie comme je l’entendais. Le suicide, par exemple, m’était totalement interdit, car la seule évocation de la souffrance qu’il aurait pu lui causer suffisait à m’en dissuader à tout jamais. Par contre, il m’est agréable de penser que, avant même ma propre naissance, j’étais déjà né dans l’esprit de mère et que, d’une certaine façon, je suis davantage le résultat de cet esprit que de l’acte biologique au cours duquel elle aurait été fécondée par mon père. Quand on envisage les choses sous cet angle, on comprend mieux comment les hommes ont pu donner naissance au mythe de la vierge Marie enfanté par l’esprit saint...

Mon père, de son côté, s’était endormi sur la chaise en bois de chêne de la salle d’attente. Je ne sais pas - et je ne saurai jamais puisqu’il est décédé depuis longtemps déjà - ce qu’il attendait de ma naissance, mais j’ai la certitude qu’il ne m’a pas rêvé comme je me plais à l’imaginer pour ma mère. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’était pas heureux que je vienne au monde. Simplement, il n’a pas choisi de devenir le père d’un premier, puis d’un deuxième, et enfin d’un troisième garçon qui naîtra deux ans plus tard au cours de l’hiver 1959. Non, mon père n’a jamais choisi quoi que ce soit, ni son mariage, ni sa paternité. Les choses, les événements sont venus à lui sans qu’il s’en soit vraiment rendu compte. Par contre, il a assumé, assuré, notamment en travaillant aussi fort qu’il le pouvait pour éviter à tout prix que l’histoire ne se répète, que ses enfants ne vivent ce que, lui, il a vécu. Mais de cela j’en parlerai dans le cadre d’un autre récit.

Plus tard, vers deux heures du matin, mon oncle Gérard vint rejoindre mon père dans la salle d’attente de l’hôpital. En voyant dans quel état ce dernier se trouvait, il lui dit : « Veux-tu que je t’emmène à la maison pour que tu puisses te changer ? »

- Non, lui répondit mon père, je veux être là que ça va venir..

Le « ça », c’était moi... mais, malheureusement pour mon père qui a dû passer la nuit dans une salle enfumée à boire du café et des boissons gazeuses, et pour ma mère, surtout, qui a dû mettre fin à son rêve sans que je n’aboutisse encore, je n’allais venir au monde qu’à la toute fin de la nuit quand, au petit matin, plus rien m’empêchera de sortir du ventre de ma mère. D’ailleurs, surprise par cette poussée soudaine, elle prévint rapidement l’infirmière de garde qui, alarmée, prévint à son tour le médecin à son domicile du boulevard Saint-Joseph. Trente-cinq minutes plus tard, lorsque celui-ci se présenta au chevet de ma mère, ma tête se pointa déjà dans l’ouverture du col... Il était temps.

Et c’est ainsi que je vins au monde, au milieu des cris de ma mère qui allait enfin être délivré de moi, et dans la plus grande confusion du personnel hospitalier, quelque peu bousculé par ma venue soudaine, un mercredi matin, à six heures cinquante-cinq exactement, heure avancée de l’est du Canada.

***

Note de l’auteur - Qui que nous soyons, nous considérons notre naissance comme un événement qui représente une certaine valeur à nos yeux. La preuve en est que nous nous donnons la peine de la fêter à chaque année et que, à cette occasion, nous prenons l’habitude de recevoir des présents dont l’importance varie en fonction du portefeuille de nos parents et amis. Ce jour-là, nous aimons bien qu’on nous accorde un peu d’affection ou, à tout le moins, un peu d’attention, quitte à retrouver l’anonymat du quotidien le lendemain matin. Bien que notre naissance soit quelque chose qui nous tienne à cœur, cela n’en fait pas nécessairement un événement important en soi, c’est-à-dire un fait qui mérite d’être raconté. Après tout, les milliards d’individus que compte la terre sont nés à un moment ou à un autre, et la vie n’est pas pour autant une fête permanente. Imaginons un instant que chacun de nous entreprenne de conter l’histoire de sa naissance. Cela donnerait des chapitres entiers d’inquiétudes au moment des signes annonciateurs, d’angoisses durant le transport de la maison à l’hôpital, de cigarettes fumées en salle d’attente. Quant à la naissance proprement dite, il faudrait rajouter des pages et des pages de contractions, d’eaux crevées, de péridurales, de césariennes, de forceps, de cris de douleur, de cordons ombilicaux, etc. Certes, cela ne manquerait ni d’intensité ni d’émotion, mais je ne crois pas que ça devienne jamais un best-seller. Si, en dépit de ce qui précède, j’entreprends de faire le récit d’une naissance, c’est que Pascal Dumas, ce personnage à l’égo demesuré, a beaucoup insisté pour que je le fasse. « La naissance d’un individu, m’a-t-il dit, constitue un excellent éclairage sur ses choix ultérieurs ». « Ok, lui ai-je répondu, je t’écoute ». Le texte ci-dessus reproduit le plus fidèlement possible le récit que Pascal Dumas m’a fait de sa propre naissance, par un jour pluvieux de l’automne dernier.