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Ce que je vois

mercredi 28 mars 2007, par Michaël Adam

Chaque matin, mes yeux s’ouvrent sur la ville et sur le monde,
Sur sa vitrine de verre qu’agencent les marchands d’armes
Qui font de cette terre et de ses mers un dépotoir immonde
Où ce qui reste de beau perd chaque jour un peu de son charme.

Chaque matin, mes yeux s’ouvrent sur ces mangeurs d’hommes
Qui jouent avec le destin des autres, avec leur vie, avec leur sang,
Sur ceux-là qui font d’autrui leurs esclaves ou leurs majordomes
Et se justifient en invoquant des lois et des Textes indécents.

Chaque matin, mes yeux s’ouvrent sur les images noires
Des soldats déchiquetés tombés au champ du déshonneur
Sur leur main tendue en vain vers un peu de tendresse et d‘espoir
Que personne n’a tenue pour leur offrir ce dernier bonheur.

Chaque matin, mes yeux s’ouvrent sur un impossible demain
Et je vois dans la foule les regards durs et les mâchoires serrées
De ceux dont le visage n’a depuis longtemps plus rien d’humain
Et qui me lapident avec des pierres froides et acérées.

Chaque matin, mes yeux s’ouvrent sur la vie qui nous reste
Lorsqu’à tes côtés je m’éveille en respirant ton parfum et ta chaleur
Et ta présence me réconforte de tout ce que je vois et qui fait peur
Chaque matin mes yeux s’ouvrent et tu es tout ce qui me reste.