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Détour et transition

lundi 25 août 2008, par Daniel Ducharme

On peut définir le détour comme l’action de parcourir un chemin plus long que le chemin direct qui mène au même point. Le détour est en quelque sorte ce chemin, celui-là même qui nous conduit à la vérité d’une chose. Supposons, par exemple, que vous effectuez un détour pour vous rendre au travail. Ce parcours inhabituel vous fait "perdre" huit minutes. Supposons maintenant que, pendant ces huit minutes, jaillit en vous une idée qui vous permet de mieux comprendre un aspect de votre vie. Alors vous êtes plus "riche" qu’avant votre départ car, sans ce détour, sans cette "perte" de temps, cette idée ne vous serait sans doute jamais venue à l’esprit.

Ne craignez donc pas de prendre un détour, ce parcours inhabituel qui, en rompant avec l’habitude du déplacement quotidien de la maison au bureau, par exemple, favorise l’éclosion d’une idée.

Car les idées ne viennent pas comme ça, sans raison. La plupart du temps, elles émergent de situations de transition qui, comme les détours, ne manquent jamais de parsemer nos vies. Les périodes de transition sont toujours des périodes intenses qu’on se remémore avec nostalgie une fois la stabilité retrouvée. Ces transitions s’apparentent d’abord à des rites ordinaires de passage d’un état à un autre, comme de la petite enfance à l’âge de raison, qui correspondent souvent à l’entrée à l’école primaire, de l’enfance à l’adolescence, l’entrée à l’école secondaire en quelque sorte, ou encore à la fin de nos études, juste avant de gagner le marché de l’emploi. On pourrait également citer des rites comme l’état de célibataire à celui d’homme marié, transition dont le point culminant est le tristement célèbre "enterrement de vie de garçon".

Mais l’intensité prend davantage d’acuité lors de rites extraordinaires de passage, rites qu’il n’est pas donné à tous les hommes de connaître. Je pense, par exemple, aux états transitoires comme les guerres, les conflits de travail et, plus près de mon expérience, la coopération internationale. J’entends déjà des voix s’élever : "Comment peut-on parler d’intensité de la vie pour une guerre, un état qui oppose deux groupes d’ennemis déterminés à tuer ou à mourir ?" À cela je réponds simplement que la guerre fait couler beaucoup plus d’encre que la paix. Faites seulement la recension de tous les récits de la Deuxième guerre mondiale qu’on ne cesse de publier depuis cinquante ans et vous comprendrez ce que j’avance. Par ailleurs, ceux qui ont fait la guerre, qui ont vécu le rapprochement entre hommes de toutes conditions pendant une période - heureusement - limitée dans le temps, n’ont rien de mieux à faire, une fois la paix retrouvée, que de se regrouper en associations pour partager ce qu’ils ont vécu. D’aucuns pourraient même ajouter : "Au moins, ils ont vécu quelque chose".

Que faut-il retenir de tout cela ? Il faut se souvenir de nos moments de passages, de nos états transitoires, car c’est là où nous avons vraiment vécu quelque chose qui vaut la peine d’être raconté.