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Cracher dans le cœur des roses

lundi 11 août 2008, par Jean-Louis Millet

Vers un ciel écumant de nausée sirupeuse
le loup des lunes vocifère
d’une voix de castrat aux sanglots ensanglantés.
Il hurle dans le vide pour n’avoir plus d’âge.
Le soleil en réponse jette sur la mer
ses mille clignotements tintinnaburlesques.
et les génitoires du vent laissent filer
la vaseline glutineuse du désir.
Dans les caves des durs idiots de pierre
aux vies qui se consument d’inexistence
se forge le grincement décharné, déglingué
des fleurs de haine de leurs gueules stériles
aux sourires d’hébétude hyéneuse.
Société d’écervelés, société décervelée,
Feinte dolence de l’adolescence,
délicate ingérence égérique,
la petite fille au revolver voulut lutter.
Tactisme ou tropisme d’une voie exsangue
après son sang de rue sur les pavés,
la voici vouée aux pochoirs de murs tagués.
Art tout autant éphémère
soumis au lent ruissellement
d’un silence humide et végétal,
nirvana de chutes d’eau,
patience de sapience.
Au village ou ailleurs, l’horizon déraisonne.
Hank Chinaski, Jack Duluoz & Pollock Jackson
ont fourbi leurs vies de pygmées titanesques
aux alcools où ils trempèrent l’acier de leur art.
Emporté par les fleuves de nulle part
entre solitude et grotesque,
il n’y a qu’un endroit où finir toute chose
sans cracher dans le cœur des roses.

***

Poème lu par l’auteur