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Journal 1887-1910
(Jules Renard)

mercredi 28 novembre 2007, par Chartrand Saint-Louis

Amitié

« Il n’y a pas d’amis : il y a des moments d’amitié. »
(4 janvier 1894)

« C’est surtout en amitié que l’hypocrisie peut durer longtemps. En amour, il ne suffit pas de parler : il faut agir. L’amitié peut se passer longtemps de preuves. »
(15 octobre 1908)

Au-delà
« Nous ne connaissons pas l’Au-delà parce que cette ignorance est la condition même de notre vie à nous. De même la glace ne peut connaître le feu qu’à la condition de fondre, de s’évanouir. »
(24 septembre 1908)

Bigotes

« Elles couchent avec Dieu le dimanche, et le trompent toute la semaine. »
(14 septembre 1903)

Bonheur

« Prends garde ! Le bonheur qui déborde éclabousse le voisin. »
(9 août 1905)

Cerveau

« L’homme porte ses racines dans sa tête. »
(23 mai 1902)

Chagrin

« Nous ne sommes même pas responsables de nos chagrins. »
(août 1909)

Chat

« L’idée du calme est dans un chat assis. »
(30 janvier 1889)

Conversation

« Aujourd’hui on ne sait plus parler, parce qu’on ne sait plus écouter. (...) La conversation est un jeu de sécateur, où chacun taille la voix du voisin aussitôt qu’elle pousse. »
(29 janvier 1893)

Destinée

« Avons-nous une destinée ? Sommes-nous libres ? Quel ennui de ne pas savoir ! Quels ennuis si l’on savait ! »
(14 juin 1889)

Deuil

« C’est si ennuyeux le deuil ! À chaque instant il faut se rappeler qu’on est triste. »
(30 septembre 1897)

Écrire

« L’entraînement du porte-plume. Toute seule, la pensée va où elle veut. Elle tire de son côté, lui du sien. Elle est comme un aveugle que son bâton conduit de travers, et ce que je viens d’écrire n’est déjà plus ce que je voulais écrire. »
(5 décembre 1894)

Égalité

« Les hommes naissent égaux. Dès le lendemain, ils ne le sont plus. »
(12 septembre 1907)

Examen

« Trop méprisé l’avis d’autrui dans les questions graves, trop consulté autrui dans les frivoles. »
(1er janvier 1895)

Femme

« Ne dites pas à une femme qu’elle est jolie. Dites-lui seulement qu’elle ne ressemble pas aux autres, et toutes ses carrières vous seront ouvertes. »
(29 avril 1898)

Gloire

« La gloire d’hier ne compte plus ; celle d’aujourd’hui est trop fade, et je ne désire que celle de demain. »
(20 mars 1894)

Héritage

« La mort nous prend un parent, mais elle le paie, et il ne faut pas beaucoup d’argent pour qu’elle se fasse pardonner. »
(30 mai 1901)

Homme

« L’homme est un animal qui lève la tête au ciel et ne voit que les araignées au plafond. »
(10 avril 1894)

Humour

« C’est la propreté morale et quotidienne de l’esprit. »
(23 février 1910)

Individu

« Il s’agit d’être, non pas le premier, mais unique. »
(2 juin 1899)

Ironie

« L’ironie est surtout un jeu d’esprit. L’humour serait plutôt un jeu du cœur, un jeu de sensibilité. »
(1er janvier 1894)

« L’ironie doit faire court. La sincérité peut s’étendre. »
(26 février 1908)

Jeune

« Un jeune, c’est celui qui n’a pas encore menti. »
(4 novembre 1898)

Libre penseur

« Libre penseur. Penseur suffit. »
(26 juin 1905)

Lire

« Il faut feuilleter tous les livres et n’en lire qu’un ou deux. »
(15 août 1898)

Maire de village

« Comme maire, je dois veiller au bon état des chemins ruraux ; comme poète, je préfère les voir mal entretenus. »
(28 mai 1904)

Mensonge

« Dis quelquefois la vérité, afin qu’on te croie quand tu mentiras. »
(12 mai 1893)

« Il n’est pas possible de dire la vérité, mais on peut faire des mensonges transparents : c’est à vous de voir au travers. »
(16 février 1902)

Mort

« La préoccupation de la mort, c’est comme une nacelle d’où l’on peut voir, de haut, le petit monde. »
(27 avril 1894)

Mot

« Si le mot cul est dans une phrase, le public, fût-elle sublime, n’entendra que ce mot. »
(31 mai 1893)

« Je voudrais être de ces grands hommes qui avaient peu de choses à dire, et qui l’ont dit en peu de mots. »
(14 juillet 1896)

« Il n’y a pas de synonymes. Il n’y a que des mots nécessaires, et le bon écrivain les connaît. »
(7 janvier 1899)

Nature

« Il faut aimer la nature et les hommes malgré la boue. »
(27 mars 1893)

Nouveau-né

« C’est à croire que les yeux des nouveau-nés, ces yeux qui ne voient pas et où l’on voit à peine, ces yeux sans blanc, profonds et vagues, sont faits avec un peu de l’abîme dont ils sortent. »
(2 février 1889)

Oeuvre

« Il faut que l’œuvre naisse et croisse comme l’arbre. Il n’y a pas, dans l’air, de règles, de lignes invisibles où viendront s’appliquer exactement les branches : l’arbre sort tout entier du germe qui le contenait, et il se développe à l’air libre, librement. C’est le jardinier qui trace des plans, des chemins à suivre, et qui l’abîme. »
(21 novembre 1905)

Paresse

« Il faut tout dire : le travail donne une satisfaction un peu béate. Il y a dans la paresse un état d’inquiétude qui n’est pas vulgaire, et auquel l’esprit doit peut-être ses plus fines trouvailles. »
(1er octobre 1898)

Pensée

« Une pensée écrite est morte. Elle vivait. Elle ne vit plus. Elle était fleur. L’écriture l’a rendue artificielle, c’est-à-dire immuable. »
(15 novembre 1888)

Politique

« La politique devrait être la plus belle chose du monde : un citoyen au service de son pays. C’est la plus basse. »
(6 octobre 1907)

Succès

« Le danger du succès, c’est qu’il nous fait oublier l’effroyable injustice du monde. »
(13 janvier 1908)

Suicide

« Que de gens ont voulu se suicider, et se sont contentés de déchirer leur photographie ! »
(29 décembre 1888)

Talent

« Si j’avais du talent, on m’imiterait. Si l’on m’imitait, je deviendrais à la mode. Si je devenais à la mode, je passerais bientôt de mode. Donc, il vaut mieux que je n’aie pas de talent. »
(21 avril 1896)

Travail

« La peur de l’ennui est la seule excuse du travail. »
(10 septembre 1892)

Vie

« Toujours peur de la vie, et, quand elle a passé, je ne peux plus en détacher mes yeux. »
(25 mars 1905)

***

Renard, Jules. Journal 1887-1910 ; recueil d’extraits composé par Claude Barousse. S.l. : s.n, 1995 (coll. Babel, 152) (cote Dewey : 848 R39437 X A4b)