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Keltia cantorum

vendredi 21 décembre 2007, par Jean-Louis Millet

L’indicible secret

Sous la mauvaise lune
brille la couronne de Satan,
miroir aux alouettes
des temps néophytes.
Où peuvent désormais se mirer
les fantômes au front troué
de cathédrales aériennes ?
Des grimaces de bronze
entrouvrent leurs bouches océanes,
au violent effluve génital,
sur une livide tripaille d’écume
où pullulent des marées d’algues
au goût de femme heureuse.
Ces dieux païens sont morts.
Devant tant de misère les accablant,
les hommes des rythmes anciens
refermeront la mer
et les vieux horizons
sur l’indicible secret des profonds abimes.

Conquérants

Celtes,
guerriers farouches,
dans les landes et les forêts profondes,
vos musiques sauvages
poussent au déchaînement.
Ogres-combattants
nus, hirsutes,
couverts de peintures effrayantes,
vos femmes aussi sont là,
dans le même appareil.

Tous sont armés du fer
contre le bronze
des peuples du soleil couchant
qui leurs barrent la route
de l’astre descendant.
Ils vont, libérés de la peur de la mort
par la violence de ces rythmes
ancestraux, viscéraux,
et la certitude,
au bout du chemin,
de ce merveilleux chaudron
où seront baignés
tous les défunts aux combats.

La terrible question

Les chevaux d’écume
aux cavaliers de vent
accourraient sans relâche
des horizons sans fin.
Sans trêve ils se jetaient
sur les granits dressés
au flanc des terres sauvages.
Là ils disparaissaient
en embruns impalpables.
A la côte,
l’eau s’assombrissait déjà.
Le formidable disque rouge
descendait lentement du ciel en feu.
Debout sur la falaise,
autour du vieillard
en longue robe blanche,
les fils de Bran
en état de nature
regardaient l’astre
s’enfoncer dans
l’inexorable océan.
De quoi demain serait-il fait ?

L’élu

Les idéogrammes du silence
émergeant de son front fendu,
la main de lumière
de son regard perdu
errait au lointain
des horizons de mica
de la mer concave.
Il cherchait la solution
à la clarté de l’aube,
au retour du soleil
chaque jour disparu.
Son peuple avait traversé
les terres de l’ouest,
à la poursuite de l’astre-roi
pour trouver la réponse.
Mais il avait buté
sur l’immensité liquide.
Ses ancêtres avaient dû laisser
les eaux imprévisibles
engloutir le disque flamboyant.
Les Anciens l’avaient désigné.
Sur lui reposait aujourd’hui
l’épouvantable fardeau.
S’il ne trouvait pas...

L’Exclu

La pluie inlassable
envoyait par rafales
les lambeaux épars
d’un froid
liquide et glacial.
L’homme restait là,
seul, debout, immobile,
face aux furies
de l’océan déchaîné.
Le vent plaquait
ses longs cheveux trempés
sur son visage défait.
Ses yeux migrateurs,
cherchant en vain l’espoir,
se perdaient au lointain
des horizons de mica
de la mer concave.
Il n’avait plus de sol
que ce qu’il fallait
à ses deux pieds.
Le chaudron lui serait
désormais refusé
s’il ne déchiffrait pas
les idéogrammes du silence.
Le monde venimeux de la peur
coulait dans sa bouche.
Aurait-il le temps
ou,les cieux décideraient-ils,
ce soir, de s’effondrer ?

Épilogue

Aujourd’hui,
par les siècles usés,
les Hommes en proie aux cent mille délires
ont brisé le pacte primitif.
Dans leurs mémoires molles
ne subsiste nulle trace des exploits de l’Exclu.
Ils courent toujours ; après ils ne savent quoi.
Leurs vies sont creuses et vides,
dévastées par l’ennui
que distille comme une drogue au prix fort
une poignée de nantis.
Ils vont et viennent, marionnettes stupides,
se cognant çà et là aux maux inexpliqués.
Qui se dressera pour reprendre la charge ?
Qui retrouvera la clef des grands vaisseaux de pierre ?
Qui recomposera les idéogrammes du silence ?

***

Poème lu par l’auteur

Note de l’auteur : C’est pour moi un seul et même poème, "jalonné" certes mais "monolithique". J’ai voulu là une sorte de chant bardique.