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Le démon du bien
(Henry de Montherlant)

vendredi 7 mars 2008, par Chartrand Saint-Louis

« Le monde ne marche que par le malentendu. C’est par le malentendu que tout le monde s’accorde. Car si par malheur on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder. » (Mot de Baudelaire, p. 15)

« Nous aimons les animaux, parce qu’ils ne mentent pas. C’est pour cela que l’homme les a mis en esclavage : ils lui rappelaient la vérité. » (p. 19)

« Ils ont trop d’esprit pour chercher à se dépasser les uns les autres. Ils laissent cela aux hommes. » (Les canards) (p. 20)

« Le mariage sans divorce, le mariage chrétien, est, pour l’homme (j’oserais dire pour certains individus, sans désignation sexuelle) une monstruosité. La contre-nature même. Le génie de l’homme est de se lasser par l’habitude : on veut qu’il reste fidèle à une femme qui, à chaque mois, perd un peu plus d’attrait. » (p. 23)

« (...) c’est le caractère légal, obligatoire, du lien, qui me rend fou. » (p. 26)

« Les faibles de caractère et les simples d’esprit auront toujours à se louer du mariage. Songez encore à ceci : ceux qui défendent le plus le mariage, en paroles, sont souvent ceux qui en souffrent le plus. Ils feignent le grand bonheur, crainte d’être percés et plaints. » (p. 27)

« Vous vous faites une idée bourgeoise du monde, selon laquelle il est indispensable que les hommes aient des heures de « découragement ». » (p. 27)

« Et enfin, supposé que j’eusse des heures difficiles, je trouverais ma consolation ou en moi-même ou dans l’enseignement des grands sages. » (p. 28)

« L’amour est gâché non seulement par le mariage, mais par la seule possibilité du mariage. Le spectre du mariage, agitant ses chaînes - les chaînes du mariage, il va sans dire ! - empoisonne tout amour avec une jeune fille. » (p. 32)

« D’ordinaire, une femme commence par aimer l’amour, l’univers, la nature, Dieu, des bêtises, quoi ; ensuite elle s’aperçoit que c’est d’un seul être qu’elle a besoin. » (p. 37)

« Sans plus de besoins du cœur que des sens, parfaitement heureuse dans cet état, elle acceptait très bien qu’il pût durer toujours. » (p. 37)

« (...) il la jugeait sotte, ce qui était faux, ou tout au moins insignifiante, ce qui était faux aussi : personne n’est insignifiant. » (p. 41)

« Tenant que la notion d’amalgame est le fin mot de la psychologie. » (p. 46)

« Un foyer ne doit pas être un lieu où l’on séjourne, mais un lieu où l’on revient. » (p. 49)

« Mais est-ce ma faute si je suis obligé de me monter la tête, de m’étourdir, pour affronter ce qui me fait si peur ? » (p. 53)

« La présence constante ? Mais c’est elle, précisément, qui saperait l’amour. Dans une liaison, chacun de nous garde sa liberté. L’amour n’est plus codifié. Vous aimer n’est plus le devoir conjugal. Vous voir n’est plus une obligation, mais un plaisir. » (p.. 61)

« Ayant une horreur philosophique pour l’action, il n’agissait que poussé à bout. C’était aussi un principe chez lui, que de remettre toujours à plus tard les décisions pénibles, non par faiblesse de caractère, mais parce qu’il voulait donner sa chance à l’hypothèse où, les circonstances changeant, il n’aurait plus à se décider ; il savait en outre que l’appréhension rend vulnérable à ce qu’on appréhende. » (p.63)

« (...) ce que le monde appelle « s’émanciper », qui est s’occuper un peu de soi-même et d’être heureux à son tour. » (p. 72)

« D’ordinaire, quand une femme se plaint de n’être pas comprise, c’est dans un cas toujours le même : ou parce qu’elle n’est pas aimée du tout, ou parce que l’homme qu’elle aime ne lui rend pas en proportion. » (p. 75)

« (...) il y a une façon d’être marié dans le célibat, comme d’être célibataire dans le mariage. » (p. 79)

« Les dieux eux-mêmes combattent vainement contre la bêtise » (Mot de Schiller dans Jeanne d’Arc, p. 79)

« Épouser un individu, passe encore. Mais il faut épouser un troupeau d’inconnus, l’obscène tribu des pères et mères, frères et sœurs, oncles et tantes et cousins, qui ont des droits sur vous eux aussi, ne serait-ce, en mettant les choses au mieux, que celui de vous faire perdre votre temps. » (p. 80-81)

« Alors, vous non plus, dit Costals, vous ne croyez pas au mystère insondable de la femme ? C’est drôle, tous les hommes, lorsqu’ils parlent de cela dans le privé, sont du même avis : il n’y a pas l’ombre de mystère dans la femme. » (p. 91)

« Pour moi, de même que l’homme ne désire pas la femme parce qu’il la trouve belle, mais la décrète belle pour justifier son désir, de même l’homme ne rêve pas de la femme parce qu’il la trouve mystérieuse, il la décrète mystérieuse pour justifier son rêve d’elle, rêve que la société, beaucoup plus que la nature, lui inculque par tous les moyens en vue de l’espèce. » (p. 92)

« Le mystère de l’homme, c’est que la femme puisse l’aimer. » (p. 93)

« C’est moi l’élément de tourment entre nous, et ce n’a jamais été que moi. » (p. 98)

« (...) la force terrassât la force et pour un instant la rendît douceur. » (p. 135)

« Les songes du matin, plus véridiques que ceux de la nuit. » (Vers de Dante, p. 141)

« (...) fuyant, moi aussi, les affaiblissements inutiles et traîtres. Il fallait cet arrachement brutal pour me sortir de l’enfer de mes incertitudes et de mes variations quotidiennes. » (p. 145)

« Mais quoi ! Si j’ai hésité, c’est que j’avais de bonnes raisons de le faire, et d’ailleurs l’hésitation est le propre de l’intelligence. » (p. 149)

« Et la chose la plus difficile à obtenir des gens, même de vos amis, c’est qu’ils vous laissent votre liberté. » (p. 184)

« La confiance par l’ignorance, voilà qui est essentiellement féminin. » (p. 207)

« Une seule affection qu’on a, vous justifierait de vivre, si vivre avait besoin d’être justifié. » (p. 209)

« La vie à deux, dit-on, est un art. Sûrement. Un état où l’on a besoin d’une thérapeutique constante en vue d’oublier l’autre, en vue de se protéger de l’autre... » (p. 210)

« (...) cet accord plein et parfait entre ce que je suis et la vie que je mène. » (p. 211)

« C’est une horrible chose, de n’avoir pour un être que ce sentiment hybride, à mi-chemin entre l’amour et l’indifférence, qu’est la pitié. Sentiment qui fait qu’on ne jouit pas franchement de cet être, qu’il ne jouit pas franchement de vous (car il flaire la pitié, et qui donc a jamais aimé la pitié qu’on lui portait ?)... » (p. 214)

« Dans la vie à deux, il y a endosmose. Si l’un s’ennuie, il force l’autre à s’ennuyer. Si l’un souffre d’une incommodité quelconque, il force l’autre à en souffrir. » (p. 219)

« Achille, dans L’Iliade, dit de la colère qu’elle est douce comme le miel. Et celui qui ne s’est jamais senti, de la tête aux pieds, trembler de colère ou de haine, est un pauvre homme : il n’y a pas de mérite à être bon, si l’on n’a pas la force d’être méchant. » (p. 229)

« Il y a un abîme entre aimer à fond et aimer autrement qu’à fond. Aimer autrement qu’à fond, c’est n’aimer pas. » (p. 232)

« On prétend que les querelles entre amants ressoudent l’amour. En réalité, elles créent des fêlures que rien ne ressoude. Quand on cherche dans son passé, on trouve que les êtres qu’on a profondément aimés, ce sont ceux avec qui l’on a jamais eu un accrochage. Et il y en a : ce miracle existe. » (p. 237)

« Il n’y a aucun fondement au devoir, Renan l’a dit, et plus d’un vieux Grec avant lui. Parmi les dix ou vingt théories philosophiques sur les fondements du devoir, il n’y en a pas une qui supporte l’examen. » (p. 240)

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Montherlant, Henry de. Le démon du bien. Paris : Gallimard, 1964, 264 p. (coll. « NRF »)