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Moi, Asimov (Isaac Asimov)

vendredi 18 avril 2008, par Chartrand Saint-Louis

Au fil de l’expérience

« Dans la vie, les éléments les plus importants sont ceux qui se constituent progressivement, au fil de l’expérience ; heureux ceux qui les intègrent plus vite et plus facilement que moi. »
(p. 19)

Complaisance et apitoiement sur soi

« Chacun a droit à une dose limitée de complaisance. Plus tu en ressentiras pour toi-même, moins les autres gens en auront à ton égard. Si tu t’apitoies beaucoup sur ta petite personne, il n’y aura pas un seul être humain pour te prendre en pitié. En revanche, si tu affrontes courageusement tes problèmes, tu recevras toute la compassion, toute l’aide dont tu auras besoin. »
(p. 364)

Façonné par la vie

« Tous nos actes, c’est évident, résultent de modifications intervenues dans l’environnement, donc de facteurs dont il est rare qu’on ait la maîtrise. Si, de gamins odieux, je suis devenu un patriarche universellement aimé, ce n’est pas parce que j’en ai pris la décision, mais parce que j’ai été façonné par la vie de manière plus ou moins inconsciente. Je me félicite de ce qu’elle m’ait façonné dans le bon sens. Mais je n’y suis pour rien. »
(p. 142)

Meilleures histoires de science-fiction

« Sans doute me suis-je « surpassé » pour « Quand les ténèbres viendront ». (...) Cette nouvelle n’aurait pas attiré autant d’éloges si elle ne s’était pas située au-dessus de ma moyenne, encore que je ne voie pas très bien en quoi. (...) Peut-être était-il dû à la structure du récit, assez inhabituelle. (...) Donc, c’est peut-être que la nouvelle est tournée de manière à élever progressivement le degré de suspense, jusqu’à l’explosion finale. (...) Dans le cas de ma nouvelle préférée, « L’ultime question », ce n’est pas dans l’écriture que je suis au-dessus de mon niveau habituel, mais plutôt dans l’idée générale et la manière d’amener la chute. (....) Dans l’ordre de mes préférences vient ensuite « L’homme bicentenaire », parue dans une anthologie de nouvelles inédites en 1976. Là, c’est bien d’écriture qu’il s’agit. (...) C’est « Le petit garçon très laid » qui vient en troisième position ; je trouve ce texte également insolite par rapport au reste. En effet, dans mes histoires, je suis plutôt du genre cérébral, très peu émotionnel. Alors comment ai-je pu créer une progression dramatique telle qu’à la fin, le lecteur ne peut retenir ses larmes ? (...) Mais le jour où je me suis vraiment surpassé, ce fut dans un passage de roman : « Les Dieux eux-mêmes » (Doudleday, 1972). Le livre se composait de trois parties, le tiers central mettant en scène des créatures venues d’un autre univers : (...) ce sont les plus réussis de tous les extraterrestres jamais inventés par la science-fiction, et c’est dans cet extrait que j’ai atteint mon apogée en matière d’écriture (il est peu probable que je remonte jamais à un tel niveau). »
(p. 277-279)

Mise en garde sur l’anéantissement de la planète

« L’auteur de science-fiction Ben Bova prétend que nous autres auteurs sommes des éclaireurs dépêchés par l’humanité pour explorer l’avenir. Nous en revenons porteurs de recommandations touchant au progrès de la civilisation et de mises en garde sur l’anéantissement de la planète. Il est vrai qu’à une époque comme la nôtre où les êtres humains oeuvrent complaisamment à leur propre destruction, il est impératif que les sommations soient inlassablement répétées. »
(p. 248)

Planète en danger

« L’humanité nuit à la planète et à son équilibre écologique depuis qu’elle a appris à tailler la pierre pour fabriquer des armes, et à s’organiser en bandes pour traquer les grands herbivores. Je suis persuadée que les bandes de chasseurs sont responsables de la disparition des mammouths et autres mammifères géants qui écumaient la surface de la Terre il y a vingt mille ans. Puis, il y a dix mille ans, les humains ont acquis un savoir-faire suffisant pour se lancer dans l’agriculture et l’élevage, et ce fut le début d’un long processus de destruction de l’environnement par excès de pâturage et de mise en culture. Pourtant, ils ont eu beau se rendre coupables des guerres et des pillages les plus insensés, ils n’ont véritablement mis la planète en danger qu’en 1945, année de la première bombe atomique. Alimentée par un pétrole encore bon marché, la révolution industrielle en marche est alors passée à la vitesse supérieure. Actuellement, nous sommes tout à fait en mesure d’abîmer notre monde, irrémédiablement et à court terme ; pour tout dire, le processus est déjà enclenché. »
(p. 247)

Problèmes écologiques majeurs

« Nous sommes actuellement confrontés à des problèmes écologiques majeurs qui font planer sur la civilisation une menace d’anéantissement imminent et peuvent signer l’arrêt de mort de la Terre en tant que monde habitable. L’humanité n’a pas les moyens de gaspiller ainsi ses ressources financières et affectives dans d’interminables chamailleries dépourvues de sens. Nous devons acquérir une vision planétaire, nous unir sans exception pour résoudre les véritables problèmes, communs à tous les habitants de la Terre. Est-ce faisable ? Se poser la question, c’est comme se demander : « L’humanité peut-elle survivre ? » »
(p. 458-459)

Pulp fiction et science-fiction

« Une des branches de la « pulp fiction » s’appelait « science-fiction » ; c’était la plus confidentielle et la moins bien considérée. Elle était venue au monde des pulps sous l’égide d’Amazing Stories, dont le premier numéro parut en avril 1926. Le rédacteur en chef et donc père fondateur de la science-fiction de magazine, Hugo Gernsback, la baptisa scientifiction, mot-valise d’ailleurs fort laid. Remercié en 1929, il s’en alla cet été-là fonder deux revues concurrentes, Science Wonder Stories et Air Wonder Stories, qui fusionnèrent assez vite pour donner Wonder Stories. C’est à propos de ces magazines qu’il employa pour la première fois le terme « science-fiction ». »
(p. 60)

Rat de bibliothèque

« Ceux qui ne connaissent pas ce penchant doivent trouver bizarre qu’on ait sans cesse le nez plongé dans un bouquin, qu’on ne voie pas passer la vie avec toutes ses merveilles, qu’on gaspille ses années de jeunesse insouciante sans profiter de ses joies et de la dépense physique. Ils y discernent sans doute quelque chose de triste, voire de tragique, ils se demandent ce qui peut bien pousser un gamin à se comporter ainsi. Mais on ne voit les merveilles de la vie que quand on est heureux ; l’insouciance ne va de pair qu’avec le bonheur ; et les joies de la pensée, de l’imagination, sont bien supérieures à celles des muscles et de l’effort. »
(p. 47-48)

Rationalisme et surnaturel

« J’ai une vision de la vie qui m’est propre et où le surnaturel n’a pas sa place, sous quelque forme que ce soit ; et cette vision me satisfait pleinement. En bref, je suis un rationaliste, et je ne crois qu’en ce que la raison me présente comme rationnel. Et croyez-moi, ce n’est pas facile. Nous sommes environnés par la croyance dans un monde où les diverses formes de surnaturel sont acceptées avec une facilité déconcertante, cernés par les foudres des autorités constituées qui tentent à toute force de nous faire croire en son existence, à tel point que les convictions les mieux établies se laissent parfois ébranler. »
(p. 28)

Réincarnation

« Les gens qui croient à l’immortalité de l’âme par le biais de la réincarnation ont toujours tendance, semble-t-il, à dire qu’ils ont été Jules César ou Cléopâtre dans une vie antérieure, et que l’avenir leur réserve un sort également glorieux. Impossible ! Étant donné que 90% des gens sont (et ont de tout temps été) pauvres à des degrés divers, il y a très peu de chances pour qu’on trouve le bonheur en se réincarnant. Si, au moment de mon trépas, ma personnalité devait migrer dans le corps d’un nouveau-né pris au hasard, j’aurais beaucoup plus de chances, au contraire, de connaître une vie nettement plus misérable que celle-ci. »
(p. 483-484)

Romans de science-fiction

« En fait, c’est à travers le roman que la science-fiction a gagné ses lettres de noblesse. À mon avis, sous sa forme moderne elle est née dans la seconde moitié du XIXe siècle avec Jules Vernes, qui fut le premier à écrire des textes méritant cette appellation, et le premier à en vivre décemment. De la Terre à la Lune (1865), Vingt mille lieues sous les mers (1873) furent d’immenses succès populaires, et ce, dans le monde entier. (...) D’autres suivirent, moins connus, puis l’auteur britannique Herbert George Wells devint célèbre dans les années 1890 grâce à sa Machine à explorer le temps (1895) et à La Guerre des mondes (1898). D’autres romans de science-fiction virent alors le jour, dont Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932), Odd John, A Story between Jest and Earnest d’Olaf Stapledon (1935) et le 1984 d’Orwell (1948). En marge de ceux-là, à un niveau quelque peu inférieur, l’Américain Edgard Rice Burroughs avait écrit un cycle de romans populaires dont l’action se déroulait sur Mars ; le premier s’intitulait A Princess of Mars (1917). (...) En règle générale, les lecteurs de science-fiction des années 30 et 40 avaient tendance à ne prendre en compte que les magazines, passant complètement à côté des rares romans plus littéraires qui paraissaient. (...) Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les choses changèrent. La science-fiction acquérait tout à coup une certaine respectabilité. Il y avait eu la bombe atomique, et avant cela les fusées allemandes qui avaient laissé entrevoir la possibilité du voyage dans l’espace ; puis vinrent l’électronique et les ordinateurs. Toutes choses qui formaient la base même de la science-fiction et qui, dans l’immédiat après-guerre, étaient devenues réalités. D’où la décision prise en 1949 par Doudleday & Company, éditeur de premier plan : créer une collection de romans de science-fiction. »
(p. 170-171)

Subdivision en groupuscules

« Je refuse de me considérer comme dépassant la définition simple mais précise d’« être humain », et il me semble que si nous voulons éviter l’anéantissement de la civilisation, voire de l’espèce humaine toute entière, notre problème le plus délicat - outre la surpopulation - reste cette diabolique habitude que nous avons de nous subdiviser en groupuscules autosatisfaits et enclins à se stigmatiser les uns les autres. (...) Le raisonnement qui attribue à tel ou tel groupe artificiellement défini le mérite de tel ou tel haut fait réel ou imaginaire peut aussi servir à justifier l’asservissement et l’humiliation des individus, par les méfaits réels ou fantasmés du même groupe. »
(p. 359)

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Isaac Asimov a obtenu en 1987 le prix Nebula très spécial du nom de Grand Master Award (le huitième Grand Maître). Ce prix couronne quelque superstar de la science-fiction pour l’ensemble de son œuvre. Nommons d’autres importants récipiendaires de ce prestigieux prix : Robert Anson Heinlein (le premier Grand Maître), Jack Williamson, Clifford D. Simak, Lyon Sprague de Camp, Fritz Leiber, Arthur C. Clarke, Andre Norton (la première femme couronnée), Alfred Bester, Ray Bradbury.

Il a fait partie des « Trois Grands » avec Robert Heinlein et Arthur C. Clarke, le trépied sur lequel repose la science-fiction.

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Asimov, Isaac. Moi, Asimov : essai autobiographique, traduit de l’américain par Hélène Collon. Paris : Éditions Denoël, 1996, 609 p. (cote Dewey : 818.54 A832)