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Les lépreuses
(Henry de Montherlant)

dimanche 8 juin 2008, par Chartrand Saint-Louis

« Faire quelque chose dont on n’a pas envie, parce qu’on peut le faire gratis, utiliser un objet dont on n’a pas le goût, parce qu’on l’a eu pour rien, et cela quand on est dans l’aisance : signe caractéristique - et qui ne trompe jamais - de l’individu de médiocre qualité. » (p. 12-13)

« L’entêtement n’est pas si éloigné de l’aboulie : les êtres de volonté faible sont aussi lents à s’arrêter qu’ils ont été lents à se mettre en branle. » (p. 20)

« L’obstination est l’aveugle et grossière opposition du moi à une réalité qu’il échoue à mesurer... On parle des maladies de la volonté. La volonté elle aussi, quelquefois, est une maladie. » (p. 20)

« Je sais bien pourquoi je ne veux plus sortir de ma coquille. Non ! Non ! Les relations avec les gens sont trop difficiles ! Cela use trop. Penser que, même avec ceux qu’on aime le plus, tout est toujours à recommencer... » (p. 22)

« Que votre visage existe pour quelqu’un, dans un monde plein de morts qui ne regardent ni n’aiment, quel fragment d’immortalité ! » (p. 26)

« Vous avez peur de vous tromper, peur de l’échec. Pour apprendre à nager, il faut se jeter à l’eau. - Vous ne croyez pas que, si un homme qui ne sait pas nager se jette à l’eau, une fois sur deux il se noie ? » (p. 29)

« La vraie intelligence doit élargir la vie, non la resserrer, féconder la vie, non la stériliser. » (p. 41)

« On fait un effort pour être autre chose que soi-même, puis on renonce : c’est encore être soi-même qui est le moins difficile. » (p. 48)

« Les hésitants tergiversent durant des mois. Et puis, excédés d’eux-mêmes, ils se décident enfin au hasard, et prennent d’ordinaire le parti le plus dangereux. » (p. 51)

« Chacun de nous a son élément, d’où il ne faut pas le tirer. » (p. 51)

« Les gens se donnent beaucoup de mal pour tuer leur vie heure à heure. Encore n’en sont-ils pas capables tout seuls, il faut qu’on les dirige. » (p. 57)

« On n’aime pas un être, si on ne modifie pas sa propre vie pour y ajouter ou en retrancher quelque chose à cause de lui. » (p. 74)

« On nous parle de la non-résistance au mal. Il y a aussi la non-résistance à la bêtise. » (p. 126)

« Si on veut faire les choses profondément, on ne peut pas à la fois - créer, se cultiver, chasser l’aventure, chasser la gloire, et aimer : il y a toujours une de ces activités qui est trahie. » (p. 157)

« ... la tendresse humaine, qui est à la fois le comble de l’inquiétude et le comble du repos. » (p. 169)

« Il est bien connu que les plus belles lettres d’amour sont celles qui n’ont pas été écrites sincèrement. Rien n’est moins éloquent que l’amour véritable. » (p. 173)

« Qu’on cesse de nous casser la tête avec la mort. Que deviendrons-nous après notre mort ? Les gens raisonnables ne se posent pas ces questions. Ils font ou ne font pas l’acte de foi, et la question est résolue. (...) Un homme sain ne pense à sa mort que lorsqu’il a le nez dessus. Les enfants parlent de la mort comme d’une blague qui n’arrive jamais. Là encore, prenons exemple sur eux. » (p. 177)

« C’est notre penchant qui nous sauve de tout. Dans l’épreuve, l’homme de plaisir se sauve par le plaisir ; l’homme d’imagination, qu’il se présente seulement que l’épreuve qu’il vit fut vécue par des personnages qui l’exaltent, il y prend goût. Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les opinions sur les choses. » (p. 184)

« Que l’homme soit incompréhensible, nous ne le savons pas par les hommes, mais par nous-mêmes. » (p. 196)

« Le drame n’est pas de perdre la vie, mais de perdre le bonheur. S’il n’y avait pas de bonheur, il n’y aurait pas de peur de la mort. Voilà la grande punition des heureux, la grande revanche de ceux de la vallée de larmes : l’incomparable recette pour mourir sans horreur, c’est d’avoir été un dégoûté. » (p. 197)

« Tout homme qui tombe malade devient bon et pardonne, et que le premier geste de l’homme qui guérit est celui de sévir. » (p. 238)

« Quand nous introduisons un être dans notre existence, nous nous inquiétons comment nous l’en expulserons un jour. Mais cette inquiétude est le plus souvent superflue. Le plus souvent, la vie se charge de détacher les êtres, sans heurts, par le simple consentement mutuel. » (p. 255)

« Ensuite, la vie rebondit. Chaque fois que je romps, la vie rebondit. » (p. 256)

« Puis une fois qu’on y est, on voit qu’on peut très bien vivre avec plus rien. » (p. 271)

« L’irréalisme - les œillères. La peur de la réalité, soit par lâcheté, soit par niaiserie idéaliste. » (p. 304)

« La souffrance morale sera censée approfondir, alors que ce n’est pas elle qui approfondit, mais la crise (ce n’est pas la même chose). » (p. 305)

« Le vouloir-plaire - il ne s’agit pas de dire ce qui est, ni ce qu’on pense, mais ce qu’on croit qui plaira. Le désir d’approbation est le dénominateur commun de tous les individus de toutes les bourgeoisies. » (p. 305)

« Comment expliquer, autrement que par un complexe d’infériorité, ce besoin inné en presque toute femme, de se contrefaire, de contrefaire son caractère (la pose), son visage (le fard), son corps (n’énumérons pas...), son odeur naturelle (les parfums), son écriture ? » (p. 311)

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Montherlant, Henry de. Les lépreuses. Paris : Gallimard, 1954, 320 p. (coll. « NRF »)