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Christian Bobin, peintre des mots

vendredi 24 octobre 2008, par Jean-Claude St-Louis

La lecture des livres de Christian Bobin est, pour moi, un pur enchantement. Cet auteur français joue avec les mots comme un magicien joue avec les cartes. Il possède un sens de l’observation peu commun.

Christian Bobin donne également à ses livres, une touche de poésie. On entre dans un monde où l’imaginaire occupe une place de choix.

Voici quelques extraits tirés de son livre, Ressusciter :

« Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre : telle est la petite chambre dont l’âme est locataire. » (p. 11)

« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir. » (p. 15)

« Les feuilles tombées du tilleul se recroquevillent, comme un cœur se resserre autour du souvenir de ce qu’il a perdu. » (p. 28)

« Je place un papier blanc sur la table et j’attends que les mots, attirés par la luminosité, viennent s’y prendre. » (p. 47)

« Je lis dans les petites feuilles jaunes du bouleau, ruisselantes de pluie et résistant au vent qui les bat, comme dans une lettre un peu hâtive écrite par un Dieu pauvre. » (p. 50)

« Les moineaux se balancent sur les branches du bouleau devant la fenêtre de la chambre, minuscules trapézistes sous un chapiteau de ciel blanc. » (p. 54)

« Le soleil parlait si clairement ce matin que si j’avais pu prendre en note ce qu’il disait, j’aurais écrit le plus beau livre de tous les siècles. » (p. 58)

« Une lignée de hêtres, le long de la route qui traverse la forêt de Saint-Germain, écoutait les dernières recommandations de la lumière juste avant l’arrivée de la nuit. » (p. 89)

« J’ai placé le vase rempli de roses jaunes sur le sol, devant la fenêtre basse, pour donner à boire à la lumière. » (p. 143)

Autres extraits tirés de son livre, La Présence pure :

« Les feuilles qui dansent, ivres au bras du vent, n’échangeraient leur place contre rien au monde. » (p. 11)

« Dieu passe en riant devant la fenêtre du salon, déguisé en petite feuille jaune, tourbillonnante. » (p. 14)

« Le vent et lui ont eu des mots cette nuit. Une branche a été arrachée au cours d’un entretien particulièrement rude. » (p. 21)

« Quelques gouttes de pluie bavardent en riant à l’extrémité de ses branches, avant de sauter dans le vide. » (p. 26)

« Une branche s’est détachée de l’arbre. Elle n’a pas immédiatement glissé à terre. D’autres branches l’ont retenue et l’ont veillée pendant quelques heures. » (p. 28)

« L’arbre est un livre ouvert. Le vent d’aujourd’hui en tourne distraitement les pages comme s’il pensait à autre chose. » (p. 36)

« L’hiver oublie parfois d’être sévère, comme un professeur dans les derniers jours d’école. » (p. 47)

« Moineaux, écureuils et corneilles : l’arbre reçoit un courrier chaque jour plus abondant. » (p. 52)

« L’extrémité de ses branches se courbe au-dessus de la rue, comme s’il prenait plaisir à la conversation des passants. » (p. 53)

« L’arbre s’entretient avec le vent des choses éternelles et ses jeunes feuilles en frémissent de plaisir. » (p. 56)

« Les fleurs des acacias, blanches et grêles, ont l’éclat d’un baiser d’enfant. » (p. 65)

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Bobin, Christian. La Présence pure. Paris : Gallimard, 1999, 66 p. (cote Dewey : 848.914 B663p) (ISBN : 2.86853.316.7)

Bobin, Christian. Ressusciter. Paris : Gallimard, 2001, 167 p. (cote Dewey : 848.914 B663r) (ISBN : 2-07-076068-5)