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Bonheur

vendredi 14 novembre 2008, par Daniel Ducharme

Le Petit Robert (1987) se montre fort peu loquace quand il s’agit de définir le bonheur. Pour cet ouvrage d’une réputation sans tâche, il s’agit simplement d’un « état de la conscience pleinement satisfaite » et, par extension, de « ce qui rend heureux ». N’est-ce pas saugrenue de définir le bonheur par ce qui rend heureux ? Qu’est-ce qui rend heureux ? Tout et n’importe quoi, c’est selon. Si la pratique assidue de la sexualité vous rend heureux, peut-on affirmer que le bonheur réside dans la vie sexuelle ? Peut-être bien, après tout... puisque le bonheur s’avère souvent relié à la satisfaction. D’ailleurs, Wikipédia (2008) inclut la satisfaction dans sa définition du bonheur, allant en cela un peu plus loin que le Petit Robert. En effet, le bonheur y est défini comme « un état durable de plénitude et de satisfaction, état agréable et équilibré de l’esprit et du corps, d’où la souffrance, l’inquiétude et le trouble sont absents. »

Le bonheur est une notion importante pour les hommes et les femmes, même si personne n’arrive à en offrir une définition précise. Ainsi, la recherche du bonheur est inscrite en toutes lettres dans la Déclaration d’indépendance américaine du 4 juillet 1776, de même que dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Alors, qu’est-ce que le bonheur, cette notion qui figure dans des documents de constitution de plusieurs États ?

Ce qui importe de retenir dans les définitions que nous avons vues, c’est que le bonheur est surtout, et avant tout, un état d’esprit. Par ailleurs, le mot plénitude revient dans la plupart des définitions, ce qui renvoie à l’idée d’accomplissement, notamment à celle de réalisation de soi. On pourrait donc affirmer que le bonheur réside dans la réalisation de nos projets et dans le sentiment de plénitude qui en résulte. Alors, s’il en est ainsi, force est d’admettre que le bonheur ne dure pas, qu’il ne saurait être permanent, qu’il correspond plutôt à un état déterminé dans le temps ou, mieux, à une succession d’états. À moins d’adhérer au bouddhisme qui estime que le bonheur - le nirvâna, en quelque sorte - réside dans l’atteinte d’un état où le sujet renonce à toute forme de désir, il faut accepter le fait que personne ne peut être heureux à long terme.

Il y a quelques années, j’ai rédigé une nouvelle qui se terminait ainsi : « J’ignorais la forme que pourrait prendre le bonheur dans ma vie, mais confusément, je sentais que Florence, par sa présence, n’y serait pas étrangère. Et je pensai alors, avec la force de conviction que confère la jeunesse, que plus tard, beaucoup plus tard, quand on me demandera de définir le bonheur, je répondrai : Le bonheur est une succession de moments dont on se souvient les jours de pluie. Dans mon cas, il a pris la forme d’un après-midi de novembre 1974 alors que je revenais du cinéma avec une amie qui, endormie à mes côtés, avait posé sa tête sur mon épaule ».

Nous sommes plus tard aujourd’hui. Et je suis heureux que je me souvienne... car, se souvenir, c’est créer, et ceux qui ne se souviennent de rien manquent, en fin de compte, d’imagination.