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Quatre minutes
(Chris Kraus)

lundi 1er juin 2009, par Jean-Louis Millet

4 minutes.
Le temps pour expulser un morceau de piano.
Le temps pour une jeune vie abîmée de retrouver un sens.
Le temps pour deux êtres que tout oppose de s’accepter enfin.

Traude. Ancienne élève de Furtwängler, promise aux plus hauts sommets, barrés par la guerre. Elle devient infirmière dans une prison transformée en hôpital, tombe amoureuse d’une collègue qui sera décrétée communiste, car différente et exécutée, alors qu’elle est épargnée grâce à l’aura de son maître auprès du commandant SS maître des lieux. Elle va rester toute sa vie dans cette prison redevenue geôle, rongée par le remord de n’avoir rien tenté pour sauver son amie, essayant de transmettre son amour du « beau » à quelques détenues et matons amateurs de musique classique, sans grand succès. Jusqu’à...

Jenny. Jeune femme ex-pianiste prodige, produite par son père dans le monde entier avant qu’il n’abuse d’elle à quatorze ans. En rupture de banc, incarcérée pour un meurtre qu’elle n’a pas commis, mère d’un enfant mort-né par la faute du système pénitentiaire, elle n’est que haine et violence. Une telle haine sous un blindage d’indifférence qu’elle est « capable de piquer les clopes d’une morte ». Jusqu’à...

Leurs destins se croisent lors du service funèbre de la codétenue de Jenny qui, une nuit, s’est pendue. Traude joue de l’orgue et, du haut de son instrument, aperçoit Jenny qui sur son prie-Dieu mime le jeu de clavier...

Suit le long et rugueux chemin qui s’enroule autour de ce pivot : « je ne veux plus entendre cette musique de nègre ! » et qui aboutit à la finale du concours national des jeunes talents au Deutsche Oper. Là, Jenny possédée par son art, emportée par ses sentiments contradictoires, ponctue sa partition de Schumann de fantastiques improvisations...

Enfin, elles se voient, se reconnaissent.

Chair de poule assurée !

Monica Bleibtreu campe une magnifique vieille dame.
Hannah Herzsprung explose de violence dans ce personnage martyr.
L’image entre ombre et lumière porte les sentiments.
Hors les classiques, les grands moments de musique sont dus à Annette Frocks. Courez vite écouter le « Jenny’s abschlusskonzert ».

***

Kraus, Chris. Quatre minutes. Allemagne, 2006, drame, titre original : Vier Minuten, Site officiel, Base de données IMDB.

Lire un résumé court dans Nos capsules cinéma.

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