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Au fil des jours II

mercredi 22 juillet 2009, par Jean-Louis Millet

Ombres chinoises -
deux pigeons sur l’antenne
de télévision.

Au terme du jour
le coton d’un nuage
gomme le soleil

La pleine lune
s’est entourée de brume -
présage de pluie ?

Au bout des pruniers
des écharpes de brume
rayent le soleil.

Au cœur du bouleau
piaillements de moineaux -
construction d’un nid.

Sous la main
la soie d’un bois poli par le temps
ou par l’usage.

En haut du ginkgo
bois en vrac d’un nid de pie
dans l’ombre du soir

La lune ronde
sait dévoiler ses ombres -
secrets intimes.

Le clair de lune
redécouvre le jardin -
ombres secrètes.

Des ombres longues
de pleine lune hante
la nuit du jardin

Au petit matin
deux ou trois merles tissent
l’amour dans leurs chants.

Et sous les mousses
que cherchent les oiseaux noirs,
la lune pâle ?

Taches sur le vert
du violet des giroflées
aux senteurs lourdes.

Proche, un son sourd,
vol d’un bourdon endormi -
un matin calme

Dans une flèche
de soleil matinale
une abeille.

Sur un miroir d’eau
la bernache s’est posée -
surface troublée.

Éclats jaunes des
lampions longs des cytises
au fond des jardins

Soleil tamisé -
deux rangées de platanes
bordent la route

Au cœur du soleil
vol d’un bourdon étourdi -
les vieux platanes

Couché dans le pré
le vieil arbre abattu
Plus loin, le colza.

L’auto file - Choc
le geais gît sur la route.
Deux trajectoires

Au bord du chemin
un corbeau se déhanche
infatigable.

Les longues rangées
de peupliers ondulent -
légère brise

Vieux roi des prairies
pauvre moignon émondé -
l’orme vétuste.

Sous les lentilles
le ruisseau s’est assoupi -
la vie est tapie

Le vent s’écrase
sur les maisons du hameau -
le sommeil s’enfuit

Volutes rousses
d’un incendie de forêt -
la sécheresse

Volutes rousses
au dessus de la forêt -
sa robe brûle

Brève averse
sur la terre assoiffée -
c’est de l’eau perdue.

Lors l’ombre glisse
sur le sable - vol plané
d’un goéland noir.

Abri de grève,
fenêtre sur l’horizon.
Buées écarlates.

Beauté sélène -
la marée suit la lune
dénoue les algues.

Une glycine
se déroule au bord du toit -
pluie violette

Cascade mauve
de glycine sur un mur.
Qui supporte qui ?

La glycine exulte
en longues grappes mauves -
festin d’abeilles

L’amaryllis blanc
déploie ses énormes fleurs -
tête en fête.

C’est là, où monte
l’ombre du fleuve sombre,
que se joue la nuit.

Une souche gît
racines nues au soleil -
la fin d’un géant

***

Cette longue série d’Haïkaï - haïku - est en ligne sur zen évasion dans le recueil "au fil des jours".

Ces très brefs textes n’ont aucun lien entre eux si ce n’est qu’ils ont tous été écrits sur l’émotion de l’instant. Ils ne forment donc pas une suite, mais une série d’images.