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La plus grande menace dans le monde

mercredi 9 février 2011, par Jean-Claude St-Louis

Plus que le terrorisme, les guerres de religion ou la bombe atomique, la plus grande menace qui pèse sur le monde est la pauvreté. Dans un document préparé par les lauréats du prix Nobel et présenté à Oslo, ces lauréats ont écrit : "Le danger le plus grave découlera non pas des actes irrationnels d’individus, mais des demandes légitimes des démunis du monde entier..."

Les pauvres de la terre n’en peuvent plus d’être exploités, exclus et trompés par les riches. L’écart entre ces deux mondes s’élargit sans cesse et les pauvres ont commencé à s’exprimer par des révoltes, des affrontements. Les riches, qui détiennent la puissance des armes et qui contrôlent la police et l’armée, font tout pour écraser les pauvres qu’ils associent à des groupes terroristes. Prétextant le maintien de l’ordre, les riches sont sans pitié, comme toujours. Mais les pauvres ont l’avantage du nombre et on ne sait jamais jusqu’où peut conduire le désespoir.

Que les riches veuillent le reconnaître ou non, tous les êtres humains sont étroitement liés. Les riches sont liés aux pauvres qu’ils exploitent afin d’accroître leurs richesses. De leur côté, les pauvres voudraient bien obtenir une part, même infime, de toutes ces richesses, mais ils en sont incapables, puisque les riches l’accaparent à eux seuls. Or, les abus des exploiteurs précèdent toujours la révolte des exploités. L’Histoire nous le démontre. Comme les riches ne veulent rien savoir de la misère des pauvres, ils ne cherchent qu’à les écraser.

On le voit bien lors des sommets économiques où se réunissent les ministres des finances des pays les plus riches de la terre. “D’abord le terrorisme et ensuite la pauvreté !” clament-ils. Pourtant la pauvreté est au coeur même du terrorisme puisqu’elle en constitue la matière première. L’exclusion des pauvres, le déni de leurs droits fondamentaux, la répression des organismes qui défendent la reconnaissance des droits démocratiques et l’accès à une meilleure distribution de la richesse, constituent les ingrédients qui alimentent la colère et la révolte.

Selon Ryazard Kupusinski, il ne s’agit pas seulement de pauvreté ou de famine, au sens strict, mais du sentiment de marginalisation, d’exclusion, de ressentiment, d’amertume et de frustration qu’éprouvent tous ceux qui se rendent compte qu’il n’y a pas de place pour eux dans la grande course à la consommation et à l’accumulation des richesses.

La situation des pauvres

Si les riches cherchent à tout prix à maintenir la pauvreté dans les pays les plus démunis, c’est pour la simple raison que plus la pauvreté est élevée, plus les coûts de la main-d’oeuvre sont bas et plus ils s’enrichissent. Aujourd’hui, la disparité entre les riches et les pauvres atteint des sommets inégalés.

- Un paysan philippin travaille 2 ans pour gagner ce qu’un avocat de New York gagne en 1 heure.

- Une famille moyenne en France gagne 100 fois plus qu’une famille moyenne en Asie du Sud-Est.

- Les riches constituent 15% de la population mondiale mais contrôlent 80% de son revenu.

- L’Afrique, avec une population de plus de 500 millions d’habitants, dispose de moins de 1% du revenu mondial.

- Sur les 6 milliards d’humains dans le monde, la moitié d’entre eux ne disposent que de 5% du revenu total et gagnent moins de 2 dollars par jour.

La Banque mondiale, supposément chargée de lutter contre la pauvreté et de protéger l’environnement, soutient les mégaprojets énergétiques (le pétrole). et agro-industriels, soit ceux qui accélèrent la déforestation et la destruction des écosystèmes, ce qui fait que des centaines de millions d’enfants sont sous-alimentés. La réduction des dépenses sociales, reliée à l’effondrement du niveau de vie des pauvres, mène à l’éclatement d’épidémies de tuberculose, de malaria et de choléra.

La mondialisation de la pauvreté

La mondialisation de la pauvreté alimente le développement d’une économie planétaire, orientée vers l’exportation et fondée sur une main-d’oeuvre à bon marché. Une part croissante de produits consommés provient du tiers-monde. Ainsi, les multinationales japonaises transfèrent une grande partie de leur production en Malaisie et en Thaïlande où les salaires ne sont que de 3 ou 4 dollars par jour. L’Allemagne construit des usines de montage en Pologne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie, où le coût de la main-d’oeuvre est scandaleusement bas.

En transférant leur production dans les pays où la main-d’oeuvre est peu coûteuse, les pays riches créent plus de chômage chez eux. On le voit aux États Unis et au Canada, où le transfert de la production vers des zones industrielles du Mexique, provoque la mise à pied d’un grand nombre de travailleurs.

- À cause des maigres salaires, l’endettement du tiers-monde a fait baisser les salaires des pauvres, de 60% en moyenne.

- Au Nigeria, le salaire moyen a baissé de 80%.

- Au Vietnam, il a chuté de 10% par mois depuis 1992.

- Au Pérou, le prix du pain a été multiplié par 12 et le carburant par 31, ce qui fait que les habitants des taudis de Lima ne peuvent faire bouillir leur eau, ni faire cuire leur nourriture.

- À Caracas, le prix du pain a augmenté de 200%, ce qui a provoqué des émeutes du pain, tout comme à Tunis, en 1984, au Nigeria, en 1989, au Maroc, en 1990, en Russie, en 1993 et au Mexique, en 1994.

En résumé, les salaires des pays pauvres sont 50 fois plus bas que ceux des pays riches. C’est le terrorisme économique qui tue le plus grand nombre de gens, non pas par des balles, mais par la famine.

Que font les riches ?

- Les riches cherchent à s’enrichir toujours davantage. Leur plus grand problème consiste à dépenser, tout en évitant de payer de l’impôt.

- Les plus riches industriels s’arrangent pour produire dans les pays pauvres où la main-d’oeuvre est bon marché, de sorte qu’ils s’enrichissent toujours plus, pendant que les pauvres tiennent à peine en vie.

- Les plus riches s’intéressent aux pays pauvres qui leur sont favorables, mais ils se foutent carrément de leur culture, de leurs traditions et de leurs problèmes. Ils prennent sans donner et s’ils donnent, c’est toujours pour prendre davantage.

Conclusion

Dans les faits, les riches se fichent complètement des pauvres, de la misère dans le monde, des insatisfaits. Ils considèrent ces derniers comme des déchets qui empêchent le bon fonctionnement du monde et qu’il faut, par conséquent, éliminer, sans plus.

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Gaboury, Placide. La paix commence en nous. Outremont : Quebecor, c2002, 141 p. (ISBN 2-7640-0621-7)