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La faim dans le monde est un crime

vendredi 19 octobre 2012, par Jean-Claude St-Louis

La faim dans le monde est un crime qui n’a pas sa raison d’être. Alors que les vivres existent en abondance dans les pays les plus riches, au point tel que des quantités énormes sont jetées dans les dépotoirs, la pénurie d’aliments est présente dans les pays les plus pauvres de la terre. En ce sens, la faim dans le monde, qui est voulue, entretenue et perpétuée, est un crime contre l’humanité. La faim tue des millions de gens chaque année et la mort survient après d’atroces souffrances. Les enfants deviennent squelettiques, leurs os percent sous la peau, le ventre gonfle à cause du kwashiorkor, l’une des pires maladies, ainsi que le noma, lesquelles maladies sont provoquées par la sous-alimentation.

La mort de dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants par la faim constitue le pire scandale de notre siècle. Comment une civilisation qui se prétend avant-gardiste, peut-elle accepter une telle ignominie sur une terre qui regorge de richesses ? Actuellement, l’agriculture mondiale pourrait nourrir douze milliards d’êtres humains, soit près du double de la population de la terre. Il n’existe donc aucune fatalité, comme plusieurs le prétendent. Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. Et les bourreaux, ce sont nous tous, les mieux nantis de la planète, qui laissent un tel crime se commettre. Face à cette destruction massive d’une grande partie de l’humanité, l’opinion publique affiche une indifférence scandaleuse.

Un crime voulu, entretenu et perpétué

En 1946, l’ONU lançait sa première campagne mondiale contre la faim et le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 25 qui spécifiait le droit à l’alimentation. Hélas, ce moment d’éveil collectif fut de courte durée, car au coeur même du système des Nations unies, les ennemis du droit à l’alimentation sont toujours présents et puissants. Parmi ces ennemis, signalons les trusts des biocarburants. Des immenses étendues de terre cultivables sont réservées à la production du maïs destiné à la fabrication de l’éthanol, un carburant. Les spéculations boursières sur les aliments de base créent des pénuries artificielles afin de faire gonfler les prix. Les spéculateurs sans âme et d’une avidité peu commune, sont en grande partie responsables des malheurs des populations. Pour eux, seul l’enrichissement compte.

Les puissantes multinationales de l’industrie de l’alimentation, de même que les Hedge Funds, ces fonds qui spéculent sur les prix des aliments, sont supérieurs à bien des États. Ceux qui les dirigent décident, par leurs actions, du sort de tous les habitants de la terre. De nos jours, l’obsession du profit, l’appât du gain et la cupidité des dirigeants de ces industries l’emportent, dans l’opinion publique et auprès des gouvernements, sur toutes les considérations humanitaires, faisant obstacle à une mobilisation générale en vue de lutter contre la faim dans le monde. L’indifférence de la plupart des habitants des pays riches n’aide pas, au contraire.

Beaucoup de bla-bla-bla et peu d’actions

Les seuls qui tirent profit des malheurs des déshérités sont ceux qui écrivent des livres qui sont vendus par millions et qui ne rapportent rien aux malheureux. À l’ONU même, des milliers de conférences internationales, des réunions d’experts, des séances de négociations multilatérales ont lieu à chaque année au palais des Nations, le quartier général européen des Nations unies, à Genève, sans que rien ne change. Toutes ces réunions et tout ce bla-bla-bla portent pourtant sur les droits de l’homme, notamment sur les droits à l’alimentation. On palabre, on discute, on élabore de grandes formules, mais rien ne bouge. C’est une sorte d’immobilisme institutionnalisé.

La conclusion générale qui se dégage de ces débats se résume à celle-ci : "Si les Africains ne faisaient pas autant d’enfants, ils auraient moins faim". Est-il nécessaire de dépenser des millions de dollars pour des réunions qui aboutissent à une conclusion aussi imbécile ? Comme si les femmes africaines avaient accès à des moyens de contraception et comme si elles pouvaient disposer de leur corps sans tenir compte du niveau d’esclavage qu’elles vivent dans bien des couples, en étant à la merci du mari. Comment de "supposés" experts peuvent-ils en venir à une conclusion aussi ridicule ? Et ça se croit intelligents, brillants, des génies, quoi !

Et que dire des vautours (ces seigneurs des trusts agroalimentaires), des éminents dirigeants de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), du Fonds monétaire international (FMI), des diplomates occidentaux, des requins de la spéculation qui prétendent que la faim est un phénomène naturel qui ne peut être vaincu que par la nature elle-même ; un marché mondial autorégulé. Ce marché, une sorte de main de Dieu, créerait des richesses dont bénéficieraient, tout naturellement, des millions d’affamés dans le monde. Mais faut-il être imbéciles et rêveurs ! Comment le marché pourrait-il créer des aliments quand la sécheresse sévit ? Ces aliments ne pousseraient tout de même pas dans une sorte de paradis terrestre. On voit bien jusqu’où peuvent aller le despotisme et la bêtise humaine.

Le crime de la faim et ses conséquences

L’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels, se définit comme suit : "Le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d’achats monétaires, à une nourriture qualitativement et quantitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne". Malheureusement, parmi tous les droits de l’homme, le droit à l’alimentation est celui qui est constamment violé. La faim dans le monde tient du crime organisé. Elle est voulue, entretenue, afin d’enrichir des bandits sans âme. On lit dans la Bible : "Une maigre nourriture, c’est la vie des pauvres, les en priver, c’est commettre un meurtre. C’est tuer son prochain que de lui ôter sa subsistance, c’est répandre le sang que de priver le salarié de son dû". (Bible de Jérusalem, l’Ecclésiastique, 34, 21-22).

Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le nombre de personnes gravement sous-alimentées s’élevait à 1023 millions en 2009. Près d’un milliard d’êtres humains souffrent en permanence de la faim. Un enfant meurt de la faim toutes les cinq secondes. Chez les enfants sous-alimentés, l’agonie s’annonce rapidement. L’enfant épuise ses réserves de sucre, puis de graisse. Il devient léthargique et perd rapidement du poids. Son système immunitaire s’effondre ; les diarrhées accélèrent l’agonie. Des parasites buccaux et des infections des voies respiratoires causent d’effroyables souffrances. Commence alors la destruction de la masse musculaire. L’enfant ne peut plus se tenir debout. Il se recroqueville sur lui-même, ses bras pendent sans vie, son visage ressemble à celui d’un vieillard. La mort vient le libérer de ses souffrances.

Les femmes, les plus touchées

En France, l’espérance de vie est de 82 ans, alors qu’elle n’est que de 32 ans au Swaziland, un petit pays de l’Afrique australe, ravagé par le sida et la faim. La malédiction de la faim est entretenue biologiquement. Chaque année, des millions de femmes sous-alimentées mettent au monde des enfants condamnés dès leur naissance. Ils sont frappés de carence dès leur premier jour sur terre. Pendant la grossesse, la mère sous-alimentée transmet cette malédiction à son enfant. Dans les pays du Sud, 500,000 mères meurent en couches chaque année. La faim dans le monde est donc, et de loin, la principale cause de mort sur notre planète.

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Source : Ziegler, Jean, Destruction massive : géopolitique de la faim, Paris : Éditions du Seuil, 2011, 343 p.