Accueil > Société > Enjeux mondiaux > La corruption à l’échelle planétaire !

La corruption à l’échelle planétaire !

vendredi 1er juillet 2005, par Jean-Claude St-Louis

La Banque Mondiale estime à plus de 80 milliards de dollars par année, les sommes consacrées aux transactions impliquant la corruption. Quant aux dommages écologiques causés par la conduite des corrompus (chefs d’état, dictateurs, fonctionnaires, etc.), ils atteignent des sommes astronomiques. Ceux qui en souffrent, ce sont les plus démunis de la terre. Prenons l’exemple de certains dirigeants de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Plus ces pays sont pauvres et endettés, plus le train de vie de ces dirigeants est luxueux. Ces derniers ont amassé des milliards en pillant systématiquement leur pays, avec la complicité des banquiers et des grandes sociétés multinationales. Ces sociétés financières, fiduciaires et bancaires, utilisent la corruption pour étendre leur monopole à l’échelle du monde et pour financer leurs propres affaires internes. Il s’ensuit un univers où le corrupteur devient corrompu et le corrompu, corrupteur.

Prenons comme exemple Ferdinand Marcos, chef d’état d’un des pays les plus pauvres de la terre, qui a prélevé, à chaque année, des millions de dollars dans les caisses de la banque centrale de son pays et dans les fonds destinés aux services secrets. Il a prélevé des millions sur les centaines de millions versés par le Japon, à titre de réparations de guerre et des millions versés par la Banque Mondiale, les organisations de charité et les projets de développement. Il a dépouillé et éliminé ses opposants politiques et a pu amasser une fortune estimée à plus de dix milliards de dollars. Il a pu, avec la complicité des banquiers de Suisse, transférer tout cet argent pillé à son peuple et le mettre en sûreté. Aujourd’hui, la corruption mise en place par les Marcos et les prédateurs du Crédit suisse, est directement responsable de la désintégration sociale et de la misère dont souffre la majorité de la population des Philippines. Cet exemple en est un parmi les centaines qui existent dans le monde où les dirigeants pillent et affament les populations, tout en amassant des fortunes colossales, avec la complicité des démocraties, dites civilisées, qui jugent que la corruption est un mal nécessaire pour la bonne marche de leurs affaires.

Les seigneurs du capitalisme financier qui gèrent le monde, ont réussi à instaurer un gouvernement planétaire où les règles suivantes sont appliquées :

1- La maximalisation du profit ;

2- L’expansion constante des marchés ;

3- La mondialisation des circuits financiers ;

4- L’accélération du rythme d’accumulation ;

5- La liquidation la plus complète possible de toutes instances susceptibles de ralentir la libre circulation du capital.

Ces seigneurs jugent intolérable de payer le l’impôt. Ils assimilent cela à une confiscation de leurs biens. Ils se considèrent comme l’unique moteur de l’économie. Transférer une partie de leurs gains en impôt pour faire vivre ceux qu’ils considèrent comme des parasites, soit les chômeurs, les assistés sociaux et les improductifs, c’est pour eux du vol. Pour éviter de payer de l’impôt, les seigneurs recourent à une méthode infaillible : ils installent une ou plusieurs sociétés-holdings, gouvernant leur empire, dans un paradis fiscal. Ces paradis fiscaux ont pour noms : Ils des Caraïbes ou de la Manche, Bahamas, Bermudes, Iles Vierges, Curaçao, Aruba, Jersey ou Guernesey. Nassau, une petite île des Bahamas, est un des centres "offshore" les plus importants du monde : 430 banques y sont installées. Elles gèrent des dépôts pour un montant cumulé de plus de mille milliards de dollars. Dans la guerre qui voit s’affronter les paradis fiscaux du monde, les Bahamas disposent de deux avantages : L’IBC (International Business Company) et le Trust. L’IBC permet une protection contre toute indiscrétion, procédure légale ou autre désagrément, aux gros clients pratiquant l’évasion fiscale, en incluant les barons de la drogue, les chefs d’état corrompus et les parrains de la mafia russe. Dans les paradis fiscaux, tous les capitaux se mêlent ; ceux du crime organisé à ceux légalement accumulés.

L’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), est la machine de guerre la plus puissante entre les mains des prédateurs. En l’an 2000, le volume des échanges exprimés en terme monétaire, a dépassé les 6,000 milliards de dollars. Les stratégies mises en place par l’OMC sont l’exacte traduction du capital financier du monde. Les seigneurs considèrent la mondialisation comme la liberté d’investir où ils veulent, le temps qu’ils veulent, pour produire ce qu’ils veulent, en s’approvisionnant et en vendant où ils veulent et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droits humains, de lois du travail et de conventions sociales. L’OMC ne représente d’aucune façon les intérêts de la population. Il représente les deux cent plus puissantes sociétés transnationales de la planète. Ce sont ces sociétés qui dictent les règles.

Entre 1991 et 1995, le FMI (Fonds Monétaire International), a versé plus de 31 milliards de dollars aux anciennes républiques de l’U.R.S.S. Détournée par la mafia russe, la plus grande partie de ces sommes, s’est retrouvée dans des comptes privés des paradis fiscaux de Suisse, Bahamas, Liechtenstein et de Jersey.

On peut donc se poser la question suivante : Qui sont les véritables antagonistes qui opèrent à l’échelle planétaire ? Pour Georges W. Bush, président de la plus grande puissante mondiale, la réponse est bien simple : Ce sont ceux qui s’opposent à la mondialisation, qui mettent en péril la richesse éhontée des plus riches de la terre et qui revendiquent le droit de vivre décemment.

***

Source : CHOMSKY, Noam. Pirates et empereurs : le terrorisme international dans le monde contemporain ; traduit de l’anglais par Jacques Maas. Paris : Fayard, 2003, 361 p. (cote Dewey : 327.117 C548p)

Biographie de Noam Chomsky
Bibliographie de Noam Chomsky