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Des mots qui ne chantent plus

mercredi 15 août 2007, par Albert

Dans un univers où le sens perd son sens,

l’incohérence est maître de nos âmes.

L’intolérance nous envahit

sans savoir quelle matière envahit notre être.

Demain ne sera sûrement pas la même surprise

car tout tourne sans régularité temporelle.

Moi, je ne suis qu’une goutte d’eau sur cette planète

qui verdit de plus en plus en chancelant.

Le son de ma voix ne ressemble plus

au jour ni à la nuit.

Les sons ne sont plus composés d’ondes réelles

mais de substances curieuses et nauséabondes.

À la base, plus rien,

et, au sommet,

trop de choses irréelles et incompréhensibles

qui me saisissent

tout en m’empêchant de vivre cet instant

qui s’enfuit lentement.

Soudainement, mon corps se met à sentir

hors de toute atteinte de l’esprit

qui s’évade dans une chair trop pulpeuse.

L’indéfinissable se définit trop bien

et mon intérêt se réduit

à une charpente d’os tremblante.

Je ne sais pas,

je ne sais plus

et je ne veux plus savoir

l’existence de ce qui n’a jamais été.

Je m’interroge sur aucun sujet.

Je régularise avec une régularité précise

et sans promesse.

Combien de temps reste-t-il avant cet événement primaire

qui nous attend tous à chaque instant.

Ces instants ne se ressemblent plus,

ces instants coulent comme une eau profonde

d’une transparence indiscernable.

Des arbres cachent notre vue

de plus en plus largement

et le soleil brûlant ressemble

à un nuage de métal.

La lourdeur des éléments m’étonne et m’inspire.

Je ne peux plus cerner cette ligne indéfinie

qui m’attache à cette vie sans lendemain.

La froideur m’envahit

et le savoir me perturbe.

Ma respiration devient de plus en plus

rapide et saccadée

lorsque je ne vois plus l’essence

de cette noirceur intolérable.

Ce soir, je ne veux plus rien de plus

que ce petit rien si petit

que je ne peux vraiment que l’apercevoir.

Le mystère ne me plaît plus

et la clarté m’ennuie à mourir.

Je ne veux plus attendre après l’invisible

qui s’absente souvent

lorsque le moment venu finit par arriver,

à la fin d’une longue attente.

La torpeur m’envahit

lorsque, mes yeux fermés,

la noirceur s’illumine.