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Le Zen

lundi 22 août 2005, par Jean-Claude St-Louis

Le Zen c’est l’art d’être entièrement présent et attentif à l’instant même. C’est également l’art d’être attentif à ce qui se passe en nous et autour de nous et à le vivre dans toute son intensité. Pour y parvenir, il faut éviter de se laisser entraîner dans la valse étourdissante des pensées qui se bousculent dans notre tête. Un Zen étonnamment pur et vivant, pour reprendre une expression d’Alan Watts, permet de s’éveiller à la réalité de la vie, telle qu’elle se manifeste, d’instant en instant, et de façon immédiate. Au lieu de repousser nos pensées, émotions, sensations, sentiments, on s’ouvre tout simplement et on prend graduellement conscience de ce qui se passe en nous ; on "voit" nos pensées surgir et on "constate" nos émotions qu’on est en train d’éprouver. Le secret du Zen est de dominer nos pensées et émotions au lieu de nous laisser dominer par elles. Le Zen ne consiste pas à passer trente minutes par jour à méditer. Il ne s’agit pas, non plus, de planer sur des nuages, de tourner le dos au monde ou de fuir nos responsabilités. Le Zen, c’est un programme de vie de tous les instants. C’est apprendre à vivre pleinement chaque moment de son quotidien. En pratiquant le Zen, on ne subit pas son quotidien, on le vit. En vivant chaque instant, tel qu’il se présente, l’égo se désintègre peu à peu, laissant apparaître de plus en plus clairement, l’étonnante aventure du quotidien.

Pourquoi le Zen ?

Il est un fait indéniable, c’est qu’on est rarement satisfait de sa vie et on croit que c’est en changeant le monde et les autres que tout va s’arranger. On entreprend alors de chercher ailleurs qu’en soi, les véritables solutions. On s’imagine qu’il suffirait de posséder une maison, une nouvelle voiture, plus d’argent, etc. pour que tout s’arrange. Une fois acquis l’objet de nos rêves, on s’aperçoit alors qu’il nous manque encore un petit quelque chose. On mène une vie remplie de rêves, sans jamais atteindre la satisfaction espérée. On se dit alors : "Puisque je n’arrive pas au bonheur avec le matériel, je vais le trouver dans le spirituel !" On aborde alors la spiritualité avec la même attitude d’attente, c’est-à-dire avec la même motivation égocentrique. On arrive au spirituel avec un paquet de fantasmes et on reste encore au dehors de notre propre vie. La tourmente intérieure se poursuit avec ses peurs, ses souffrances et ses angoisses. Et chacun vit ses peurs comme il le peut : en faisant toutes sortes d’excès pour occulter cette angoisse qui nous habite en permanence. La spiritualité est une expérience de chaque instant, vécue sans attente et qu’il faut cultiver au coeur même de son quotidien. Le point de départ consiste à comprendre que la source de toutes nos expériences, problèmes et bonheurs, ne se trouve nulle part ailleurs qu’en nous. Quand on parvient à envisager les choses sous cet angle, on est sur la bonne voie. Une pratique du Zen peut nous délivrer de nos contradictions intérieures et nous aider à retrouver l’équilibre.

Comment pratiquer le Zen ?

Dans la pratique du Zen, on ne doit pas chercher à acquérir quelque chose ; on doit plutôt vivre chaque instant, hors de toute attente. La pratique du Zen est une chose simple, mais qui peut apporter une transformation totale par le contrôle de soi. La meilleure façon de se défaire des pensées habituelles qui nous assaillent sans cesse, c’est d’apprendre à les reconnaître quand elles apparaissent et de constater leur présence. C’est apprendre à se rendre compte de ce qui se passe en nous : "Ah, voilà encore cette vieille idée ou ce sentiment familier qui revient !" et, sans en porter de jugement, revenir simplement à l’instant présent. Encore et toujours ! Penser n’est certes pas une mauvaise chose en soi ; il y a des pensées utiles qui représentent les besoins de tous les jours. On en a évidemment besoin pour fonctionner dans la vie. Ces pensées sont ce qu’elles sont, c’est-à-dire essentiellement utiles. En revanche, le reste, qui représente environ 80% de ce qui nous trotte dans la tête, ne sont que des pensées dépourvues de base réelle, soit un tourbillon d’opinions, de jugements, de souvenirs, de fantasmes et de rêves. La pratique du Zen consiste à devenir un témoin de ce qui se passe dans notre tête. Ce faisant, on peut quelquefois en ressentir un malaise : on se voit alors tel que l’on est, c’est-à-dire égoïste, violent ou rempli de préjugés. Et si nous sommes ainsi, c’est à cause d’un mode de pensées erronées qui conditionne notre existence. Pour obtenir un esprit Zen, il faut se consacrer entièrement à ce que l’on fait, dans l’instant présent, sans laisser son esprit vagabonder un peu partout. Il faut être vigilant et quand l’esprit repart dans toutes les directions, il faut le ramener sur la tâche qu’on est en train d’accomplir. L’esprit humain est doué de la capacité de penser. Avec la pensée, on peut ruminer le passé et se projeter dans l’avenir. D’un côté, on ressasse des vieux souvenirs et de l’autre, on n’arrête pas de rêver à des lendemains qui chantent. Et le présent dans tout cela ? Qu’est-ce qu’on en fait ? Le Zen a essentiellement pour but de nous faire prendre du recul par rapport au tourbillon de pensées qui sévit dans notre tête, afin de nous faire vivre l’instant, tel qu’il est et tel qu’il se présente à nous.