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Propagande et manipulation

dimanche 28 août 2005, par Jean-Claude St-Louis

Voilà bien deux termes qui sont aussi indissolubles que peuvent l’être le pouvoir et la richesse. Immanquablement, ces termes finissent par s’agglutiner et former un tout. Au tout début de l’Histoire de l’humanité, dès que les hommes se sont regroupés en clans, le pouvoir a été l’affaire du plus fort, tout comme chez les animaux. Par la suite, sont apparues les sociétés et la force brute s’est avérée inefficace pour contrôler les masses. Il fallait donc inventer d’autres moyens pour se maintenir au pouvoir. C’est ainsi que la propagande et la manipulation ont fait leur apparition et elles n’ont jamais cessé d’être employées depuis.

C’est à l’époque de l’empire romain que la propagande et la manipulation ont été utilisées avec succès. Pour agrandir et maintenir un empire, il faut exiger un lourd tribut du peuple, en chair humaine pour combattre et en impôts pour nourrir les armées et faire vivre grassement la cour du monarque. Évidemment que les fils de l’élite ne vont pas se salir les mains sur les champs de bataille ! Pour éviter la révolte toujours possible du peuple, il fallait lui faire miroiter un avenir meilleur et surtout, il fallait éviter de le laisser réfléchir (la hantise de la classe dominante !). On a donc inventé le pain et les jeux. En ayant juste de quoi se remplir le ventre et de quoi libérer le trop-plein d’agressivité, les jeux ont été un exutoire efficace. Et pour couronner le tout, il fallait trouver un ennemi commun ; une menace terrifiante vis-à-vis le peuple. Les chrétiens se sont avérés les boucs émissaires par excellence, surtout qu’ils semblaient si heureux de souffrir et mourir pour leur Dieu. Les hommes de main de Néron (une sorte de C.I.A. du temps !) ont incendié Rome et comme les boucs émissaires ont le dos large, les chrétiens ont écopé. Ces dangereux adversaires devaient sûrement cacher des armes de destruction massive. N’avaient-ils pas incendié Rome alors qu’ils se terraient dans les catacombes ?

Aujourd’hui, nous voyons l’empire américain étendre son emprise dans le monde. Évidemment qu’un empire ça coûte cher à maintenir. Ça coûte cher en vies humaines et c’est toujours le petit peuple qui paie, car les fils à papa ne vont pas se salir les mains sur les champs de bataille. Le petit peuple croule sous les impôts, tandis que la cour du monarque : les multinationales, les grandes sociétés du pétrole et de l’armement, les milliardaires (l’élite quoi !) vit grassement. Et le monarque du nouvel empire rêve de conquêtes et de richesses, dont l’or noir (son obsession !) Ce don Quichotte des temps modernes se voit en Sauveur. Il se voit enfourchant sa vieille rossinante : ses porte-avions, ses avions supersoniques, ses bombes atomiques, à fragmentation, à uranium appauvri, ses fusées téléguidées, ses derniers gadgets qu’il a tant hâte de mettre à l’essai sur quelques populations insignifiantes. Évidemment que ses joujoux ne sont pas des armes de destruction massive ! Allons donc ! Ce sont des moyens de dissuasion, des frappes chirurgicales, bénies de Dieu (ne l’oublions pas !), pour contrer les dangereux adversaires. Il y a bien évidemment quelques idiots qui vont se mettre dans la trajectoire des frappes chirurgicales. C’est inévitable ! On les appelle les dommages collatéraux. Est-ce que ça souffre ou ça meurt des dommages collatéraux ? Allons donc ! Regardez la télé et les images en direct ! En voyez-vous souffrir et mourir des dommages collatéraux ? Non ? Alors il n’y en a pas, d’expliquer don Quichotte dans toute sa logique.

Pour satisfaire la cour qui trépigne de mettre la main sur les puits de l’or noir, il faut inventer des monstres qui risquent d’anéantir le peuple à tout moment (ça poigne à tout coup !) et la cerise sur le sundae : d’anéantir la veuve et l’orphelin (alors là, c’est l’apothéose !). Le peuple frémit d’horreur ; il a peur le peuple !, surtout la veuve et l’orphelin ! C’est alors que monsieur Quichotte a un problème : Où trouver les monstres qui voudront bien servir de cibles aux derniers gadgets ? Évidemment que les chrétiens et
les moulins à vent, ça fait vieux jeux ! Pas de problèmes, répond la cour en choeur, on les inventera ! Et c’est ainsi que Saddam Hussein, qui avait le malheur d’avoir le cul bien assis sur des puits d’or noir, devint, du jour au lendemain, un dangereux dictateur, désireux de conquérir le monde et d’anéantir l’empire ; lui qui n’avait même pas réussi à mâter une armée d’adolescents en guenilles, armés de vieux fusils, de fourches et de râteaux et ce, après huit longues années de bombardements (avec des armes
américaines). Monsieur Quichotte réfléchit (ce qui est inhabituel chez lui !) et ne trouva pas de solution (ce qui est habituel chez lui !). Alors la cour lui souffla à l’oreille (qu’il a très grandes d’ailleurs !) : Pourquoi ne pas faire mention d’armes de destruction massive ? Euréka ! Et c’est ainsi que des centaines de milliers d’irakiens innocents furent sacrifiés sur l’autel de la stupidité, de l’arrogance et de la convoitise. Et le peuple d’applaudir à tout rompre ! Ouf ! Ç’avait été un dur moment ! Don Quichotte pouvait se gonfler
la poitrine d’orgueil. Il avait, encore une fois, sauver son peuple d’une destruction appréhendée. La veuve et l’orphelin pouvaient dormir en paix ! On allait les ranger dans les boules à mites pour les sortir, à la prochaine occasion, qui ne tarderait pas à se manifester.

Car pour bien maintenir le peuple dans l’ignorance et la peur, et pour bien le manipuler, il est très important de pouvoir compter sur des alliés sûrs (les médias !) et surtout sur la peur des monstres créés de toutes pièces. Il y en a eu par le passé : le Vietcong, l’U.R.S.S. et la menace rouge, Noriega du Panama, Allende du Chili,etc. et il y en aura d’autres, c’est certain ! Quand on est l’axe du bien et quand on porte l’étendard de la croix, il faut affronter le mal partout (ailleurs que chez nous, évidemment !) Du haut de sa chaire, un prédicateur américain, ami de don Quichotte, n’a-t-il pas appelé à l’assassinat du président du Venezuela, Hugo Chavez, qui a eu l’audace de narguer l’empire et surtout, de ne pas vouloir céder son or noir (un crime impardonnable aux yeux de monsieur Quichotte). Encore une fois, le peuple est menacé ! Le Venezuela, qui ne possède pas le millième de l’arsenal de guerre de l’empire, va assurément vouloir détruire l’empire. Allez, don Quichotte ! Enfourchez votre vieille rossinante et portez-vous au-devant des dangereux moulins à vent ! Le peuple a peur ! Le peuple n’attend que vous, son Sauveur ! Alléluia ! Alléluia ! Vive don Quichotte ! Vive notre Sauveur !