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La science et le bouddhisme

dimanche 6 novembre 2005, par Jean-Claude St-Louis

La science, dans son analyse froide et calculatrice, utilise l’intellect et la raison. Elle catégorise, analyse, compare, mesure ; sa méthode expérimentale est basée sur l’étude et l’observation. Ses connaissances dérivent de l’expérience à travers des appareils de mesure ; son langage est mathématique. Jusqu’à tout récemment, la science a été réductionniste, c’est-à-dire qu’elle a isolé des fragments de réalité pour avancer. Elle n’essaie pas de décrire le cosmos dans tout son ensemble, par une seule équation ; elle additionne des parcelles de réalité pour former un ensemble du monde extérieur. La science tente d’étudier les phénomènes, comme une galaxie, une cellule. Avec ce qu’on appelle les lois physiques, la science relie ensemble des phénomènes qui, a priori, ne sont pas connectés, comme l’a fait Einstein pour le temps et l’espace et Maxwell pour l’électricité et la magnétisme.

Le bouddhisme, de son côté, utilise la contemplation et l’intuition qui font naître les pensées métaphysiques pour atteindre l’éveil. Tandis que la science regarde vers l’extérieur, le bouddhisme regarde vers l’intérieur. Il adopte un langage plutôt qualitatif et beaucoup plus holistique, qui regarde l’ensemble, plutôt que les parties. Pour le bouddhisme, le but essentiel n’est pas l’étude des phénomènes ; il vise à comprendre le réel pour agir sur soi. Le travail sur soi et la transformation intérieure apportent une connaissance suprême, associée à une compassion infinie.

Les buts de ces deux visions semblent complètement différents, tout en ayant, en fait, beaucoup de convergences. Un concept très basique du bouddhisme s’appelle l’interdépendance : une chose ne peut être définie que par rapport à d’autres ; rien ne peut exister en soi ; rien n’est sa propre cause. Le meilleur exemple est celui d’un train en mouvement. Rideaux fermés, nous pourrions faire n’importe quelle expérience physique à l’intérieur, sans savoir si nous bougeons ou si nous sommes immobiles. Le mouvement est défini seulement par rapport avec quelque chose d’autre ; il ne peut être défini de façon absolue. C’est exactement le concept bouddhiste de l’interdépendance.

Nous vivons entre deux mondes : celui de l’infiniment grand qui s’observe avec de puissants télescopes et l’infiniment petit que nous ne voyons pas. Si nous le pouvions, tout ce qui nous entoure et qui semble immobile, serait rempli de particules en mouvement, avec des électrons circulant dans tout : meubles, appareils, etc. Une expérience en mécanique quantique a démontré que l’interdépendance se manifeste également dans le monde subatomique. Deux particules qui ont interagi, sont reliées à jamais. Une fois séparées, si nous faisons quelque chose à l’une, l’autre le sait instantanément, sans aucune transmission d’information. Prenons l’exemple du pendule, dont la rotation du plan d’oscillation démontre la rotation de la terre. Tout le monde le sait, mais la question demeure : par rapport à quoi, le pendule oscille-t-il ? Quelles interactions mystérieuses de l’univers dictent ce comportement ? On pourrait penser que le plan d’oscillation du pendule dépend du soleil, ou de l’étoile la plus proche ou encore de la galaxie d’Andromède, située à deux millions d’années lumière. Mais tous ces objets vont en dehors du plan d’oscillation du pendule et la réponse est qu’il oscille par rapport aux plus lointains amas de galaxies. Une émanation mystérieuse provient de l’univers et elle nous ramène à l’interdépendance du bouddhisme. Et cette réalité, la science l’a découverte à son tour.

La science a finalement admis que cette interdépendance est dans notre nature même. Nous sommes tous faits de poussières d’étoiles. L’univers est né il y a quinze milliards d’années, de l’explosion énorme d’un vide rempli d’énergie. Cette énergie est devenue matière. La matière s’est structurée pour former des atomes, des molécules, des galaxies. La science reconnaît que nous partageons tous la même généalogie cosmique : poussières d’étoiles, nous sommes frères des animaux et cousins des coquelicots des champs. Nous sommes tous faits de la même matière. L’interdépendance est donc cosmique.
Cependant, la science s’arrête là ; elle découvre cette interdépendance, mais n’impose pas de changement profond dans la façon dont nous vivons notre vie, tandis que le bouddhisme va plus loin : la réalité de cette interdépendance doit changer notre vie ; nous faire progresser dans notre cheminement spirituel et développer en nous, un sentiment de compassion envers la nature et les animaux, car nous sommes tous frères et que notre bonheur dépend de celui des autres.

Cette convergence de la science et de la pensée bouddhiste aura un jour des conséquences, espérons-le ! Enfant des étoiles, l’être humain ressentira sa filiation cosmique lorsqu’il contemplera les images bouleversantes de notre planète bleue. En réalisant pleinement que nous sommes interdépendants de tout ce qui vit sur terre et dans l’univers, cela nous incitera à nous sentir responsables de cette planète bleue et à éprouver un sentiment de solidarité et de compassion envers tous les êtres vivants.

Sources :

Trinh, Xuan Thuan. Le chaos et l’harmonie : la fabrication du réel. [Paris] : Gallimard, 2000, c1998, 603 p. (cote : 003.857 T833c 2000)

Trinh, Xuan Thuan. La mélodie secrète : et l’homme créa l’univers. [Paris] : Gallimard, 1995, c1991, 390 p. (cote : 523.1 T833m)