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L’inhumanité de l’humain

jeudi 8 septembre 2005, par Jean-Claude St-Louis

Selon le romancier français, d’origine russe, Romain Gary, l’inhumanité fait partie de l’humain. Contrairement à l’animal, l’humain peut démontrer, dans son comportement, de la cruauté gratuite, voire même du sadisme destructeur. La folie et la raison seraient deux pôles qui coexisteraient étroitement dans l’être humain. On en a eu des exemples frappants lors de la deuxième guerre mondiale, où des atrocités sans nom, ont été commises sur des êtres sans défense ; au Rwanda, où la folie meurtrière a atteint son paroxysme : des humains, qui n’avaient plus rien d’humain, se promenaient, la hachette à la main, les yeux injectés de sang, l’écume à la bouche, avec une seule obsession : tuer ; à New York, où des fanatiques religieux se sont sacrifiés pour entraîner, dans la mort, le plus d’innocents possibles.

Ces monstruosités ne doivent pas, cependant, nous faire oublier les monstruosités de l’Histoire, depuis les guerres religieuses, les génocides à l’endroit des autochtones, commis par des gens « dits » civilisés, les barbaries de toutes sortes. Qu’est-ce qui pousse l’humain à tomber si facilement dans l’inhumain ? La haine, sans doute ! D’où nous vient cette haine meurtrière ? Provient-elle de cette manie chez l’humain de s’enfermer dans des certitudes absolues, dans des concepts religieux qui développent le fanatisme ou dans des croyances qui amènent une fermeture sur soi-même, avec un mépris total pour tout ce qui est différent ?

Pourtant l’après-guerre laissait entrevoir un avenir meilleur. La chute du communisme devait apporter beaucoup d’espoir et une libération des peuples. La foi dans la démocratie était à son apogée. Qu’en est-il aujourd’hui ? On constate, malheureusement, qu’il n’y a plus d’espoir, plus d’avenir, et on assiste à une rétraction vers le passé. Des fondamentalistes religieux, en contact avec les masses pauvres et désespérées, entretiennent une haine farouche vis-à-vis les sociétés occidentales, tandis que chez ces dernières, les gouvernants sont trop souvent corrompus et vivent dans leur bulle du pouvoir. Les inégalités entre les riches et les pauvres s’accentuent, créant des frustrations profondes qui ne peuvent conduire qu’au désespoir et à la haine.

Il est donc à craindre des monstruosités plus grandes encore, jusqu’à ce qu’un vrai droit et une vraie éthique mondiale soient établis, ainsi qu’une instance capable d’éradiquer les graves problèmes reliés à la mondialisation, de régulariser l’économie dans l’équité et prendre des décisions vitales pour la survie de l’humanité et l’avenir de la planète. Il faut une citoyenneté mondiale qui ne nie pas les autres citoyennetés et il faut sortir de cette invasion de la futilité qui touche les sociétés occidentales. Tant qu’il n’y aura pas une réforme de la pensée et de l’éducation, rien ne changera. Il faut donc prendre conscience que l’ennemi est en nous-mêmes ; que l’ennemi du genre humain est dans le genre humain. Il faut arrêter de s’auto-justifier et de transférer le mal sur les autres. Nous réaliserons alors que nous avons des devoirs, non seulement envers nous-mêmes, dans cette transformation intérieure, mais également à l’endroit de la société, car nous avons tous le même destin.