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Entretien sur le célibat

jeudi 20 octobre 2005, par Chartrand Saint-Louis

Cet entretien avec la présidente d’un regroupement de femmes célibataires a été réalisé dans le cadre d’un cours en philosophie de la culture. L’étude portait sur les attitudes à l’égard du célibat. Des années se sont écoulées depuis cet entretien, néanmoins, j’ai le sentiment que les propos échangés restent encore pertinents.

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Qu’est-ce que, pour vous, le célibat ?

C’est le fait d’une personne qui ne s’est pas mariée et qui ne vit pas la vie de couple.

Croyez-vous qu’il existe une différence marquée entre le célibat masculin et le célibat féminin ?

L’homme célibataire a toujours joui d’une plus grande liberté d’action. Mais je crois que la différence réside plus au niveau de la formation, de l’éducation. C’est pourquoi l’on remarque que l’homme célibataire s’arrange avec plus de facilités dans sa vie publique, mais avec plus de difficultés des choses quotidiennes. Généralement, il manque de sens d’organisation. Cela vient de son éducation.

Quelle est votre attitude à l’égard du célibat ?

Je suis de celles qui se situent dans le centre. Je vis dans le célibat sans avoir véritablement le tempérament pour y résider. Ce n’est pas mon idéal. Évidemment, cela nous permet de vivre une certaine liberté ; à d’autres moments, c’est ennuyant.

Je pense qu’il doit être plus agréable de vivre à deux quand le couple est uni plutôt que de vivre seul dans le célibat. Le couple désuni serait mieux de se séparer et de vivre seuls. Par contre, souvent ils s’ennuient et ils reviennent ensemble.

Peut-on dire qu’il est encore difficile d’être célibataire aujourd’hui ? Comment le vit-on ?

C’est beaucoup moins difficile d’être célibataire avec la vie actuelle, parce que le plus souvent ce sont les gens qui le choisissent, et peut-être aussi parce qu’il y a trop de divorces.

Évidemment, jusqu’à 35 ans, ce n’est pas dramatique. On est jeune et puis souvent insouciant. On a l’impression de ne jamais vieillir et que notre situation changera dans un lointain avenir. Malheureusement, il se peut qu’elle ne change pas.

Pour certaines femmes, elles arrivent au célibat parce qu’elles furent victimes d’une mauvaise aventure, et cela rend leur vie triste.

Mais, en général, c’est plus facile de le vivre qu’autrefois. On ne retrouve plus cette dénomination de la "vieille fille". Celle-ci n’existe plus. La femme est devenue beaucoup plus indépendante, et c’est heureux ainsi.

Doit-on se heurter aux préjugés défavorables des gens ?

Si préjugés il y a, j’en suis tout à fait indifférente. Il me semble que l’on peut aujourd’hui facilement ne pas s’en préoccuper. Du fait même que la liberté de la personne humaine est plus grande. Cela dépend du cas de la personne. Les préjugés sont parfois des vérités. Évidemment la réputation est importante et on ne doit pas faire en sorte que les opinions mauvaises la détériorent.

Quelles sont les attitudes des gens, en général, à l’égard de la personne célibataire ?

Envers moi, elles sont très variées. Prenons un exemple, je prends des cours de natation et je rencontre des gens qui me connaissent. Souvent on me taquine. Mais je trouve cela très positif pour se faire des "connections" avec les gens. Il faut avoir le sens de l’humour pour être sociable et vivre en amitié avec les gens, et surtout, pour ne pas être aigri. Si j’avais à expliquer mon attitude, je dirais que cela dépend pour une large part de mon éducation. Il faut s’extérioriser, rencontrer les autres, vivre avec son prochain.

Croyez-vous que le modèle qui demeure encore privilégié reste la vie de couple, la vie commune ?

C’est encore ce qu’il y a de meilleur. Si nous demandions à certains célibataires religieux de choisir entre le mariage et le célibat, plusieurs choisiraient le mariage, justement parce qu’ils sont humains.

Pour certains, leur vie religieuse est souvent le fait de mères possessives qui font leur choix sur l’avenir de leurs enfants. C’est désastreux.

Là où ça devient pénible pour le célibataire, ce sont les réunions accompagnées. C’est très souffrant. C’est en ces instants que l’on remarque que le couple a beaucoup plus de facilités. Nous, nous sommes obligés de nous limiter. Sortir seul ou manger seul dans un restaurant, c’est très ennuyant.

Il ne faudrait pas, par contre, s’imaginer que le célibataire est complètement seul. Dans la plupart des cas, il a des amis qui l’entourent. Il ne reste pas toujours seul. Dès lors qu’il a un ami sérieux, ce n’est presque plus du célibat.

Comme je l’ai dit auparavant, le célibataire ne reste pas dans le célibat toujours par goût.

Je persiste à penser que ce qui est le plus important, c’est de s’unir et d’avoir des enfants. C’est tout à fait normal et cela correspond un peu à ce que nous appelions auparavant "l’esprit de sacrifice". Si c’est un modèle que je privilégie, je dois dire cependant que le modèle du célibataire religieux, en mission, qui donne sa vie pour prendre soin des autres, est très méritoire. C’est un exemple de grande dévotion pour l’humanité.

Est-ce que la femme célibataire a l’impression que sa vie est incomplète ?

Cela dépend de chacun. Moi, j’ai pensé cela longtemps. Je crois que je n’ai pas réalisé mon idéal lorsque j’étais jeune.

Est-ce que la vieillesse inquiète plus lorsqu’on est célibataire ?

Il me semble que c’est plus facile de vivre la vieillesse pour la célibataire que pour la femme veuve, par exemple. La femme célibataire est plus habituée à la solitude. Et puis, la solitude est la même pour tous dans le monde et c’est également vrai de la vieillesse. Il faut la vivre avec nos propres moyens.

En conclusion, nous pouvons dire que vers 50-60 ans, la personne célibataire, ayant trop pris de liberté personnelle, se rend compte qu’elle a manqué quelque chose dans sa vie. Et il me semble que ceux qui n’ont pas vécu la présence de l’enfant n’ont pas connu ce qu’est la tendresse, la douceur qu’apporte cette présence.

C’est vers cet âge que la plupart des hommes et des femmes célibataires s’ouvrent les yeux et regrettent leur vie. Quelqu’un qui vit seulement pour lui, dans un état complet de permissivité, vers 60 ans, il regrette de ne pas avoir d’enfants et quelqu’un à aimer.

Le mariage par amour peut être encore envisageable mais il me semble que sa réalisation est difficile à atteindre.