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Le célibat

jeudi 20 octobre 2005, par Chartrand Saint-Louis

Observations personnelles

Le célibat est une création culturelle proprement insérée dans les structures sociales : le célibataire vit dans le monde, se consacre à celui-ci, le sent vibré en lui. À sa manière, le célibataire demeure solidaire de l’ensemble. Il en est même une sorte de baromètre : Le nombre croissant de célibataires n’est-il pas un bon indicateur que l’institution du mariage ne réponds plus aux attentes !?

Ce mode de vie laisse une marge plus grande à l’action, des perspectives toujours plus ouvertes et étendues. Il exige une vue globale car le célibat ne se vit pas dans l’inaction ; au contraire, il invite à se réinventer et se réfléchir constamment. C’est une manière de vivre qui sollicite l’autonomie, qui exige toujours et davantage de l’être.

Ce mode de vie demeure progressif et épanouissant dans la mesure où il se nourrit de la présence des autres. Sans cette présence, on peut craindre un certain immobilisme.

On fournit toujours une rationalisation (justification) au célibat. Ces raisons peuvent être de plusieurs ordres : d’ordre intellectuel (mode de vie plus adapté à la vie intellectuelle), du réactionnel (en opposition à), de l’indétermination (indécision, étape intermédiaire, pause) ou de l’individualisme (repli sur soi).

Les attitudes envers la personne célibataire varient énormément, selon divers critères. Le critère le plus constant demeure celui de l’âge. Envers le jeune célibataire, on se questionne à peine. Il a la vie devant soi, des projets en gestation. Par contre, envers le célibataire d’âge mur, les attitudes vont d’un sentiment de supériorité (venant de ceux qui vivent une liaison de couple), d’une dévalorisation du célibataire (sa vie étant considérée comme partiellement un échec ou, lui-même, un éternel errant) ou, à l’inverse, par un sentiment d’envie (sa liberté d’action semblant illimitée). Quelque fois il se mêle de la condescendance, sans oublier les préjugés quant à l’orientation sexuelle.

Il arrive qu’on se méfie du célibataire parce qu’il « peut » troubler notre quiétude. Il peut favoriser la discorde, les ruptures. On ressent un besoin très fort de s’en protéger, de consolider nos liens contre cet être « potentiellement » dérangeant.

On discerne parfois quelque chose d’indiscernable chez lui. On suppose un passé malheureux puisqu’on ne saisit pas très bien ce qui peut amener quelqu’un à consentir au célibat. Parfois on s’imagine qu’à la base du célibat, il y a un certain sexisme, une crainte de l’autre. On confond célibat et misanthropie. Ou bien, dans certains cas, on associe le célibat au libéralisme outrageux et gênant, ce qui génère immanquablement des attitudes de distanciation, de fuite face à cet être pas comme les autres.

Tendance actuelle

Si tout semble favorable à l’épanouissement de la vie célibataire et si le nombre de célibataires ne cesse de croître, ce mode d’être ne peut connaître (indéfiniment) une très large expansion, tout simplement parce qu’il ne correspond pas aux besoins les plus fondamentaux de l’être humain. Il ne sera jamais un modèle valorisé socialement. Il est pour certaines personnes une pure contingence, parfois une sorte de disgrâce. Il en est ainsi car l’être humain tend vers la liberté à l’intérieur de cadres bien délimités. Il ne veut pas d’une liberté entière. Le plus souvent, il ne saurait quoi en faire. Il veut, par contre, une marge plus ou moins grande d’un « jeu de liberté ». Cette marge n’est pas nécessairement atteinte par et dans les cadres du célibat. Le couple, puisqu’il constitue une cellule, par le fait même, constitue une force. Cette pensée reste encore largement dominante.

Il faut reconnaître que, bien qu’il soit plus avantageux de s’associer, de se regrouper dans cette forme de collectivité qu’est l’union conjugale, il existe des gens qui ont manifesté et manifestent encore le désir de vivre le célibat. Cet état de vie marque un besoin d’isolement, un besoin de couper les ponts avec la société, de même qu’un besoin de se retrouver pour communiquer plus pleinement avec les membres de la société. Il s’introduit dans un mouvement dialectique de présence et d’absence, de retrait afin de mieux se ressourcer.

Circonscrire l’attitude comme aménagement culturel minimal

Les préjugés semblent souvent indéracinables. Ils persistent à travers les âges. Mais qu’en est-il de l’attitude ? Est-ce que l’attitude est flexible et subie les contrecoups des transformations sociales ?

Il semble certes que l’attitude est plus flexible, malléable et plus conforme aux valeurs de chaque époque. Dès l’instant où de nouveaux cadres remplacent les précédents, on peut déjà supposer que nous sommes davantage en mesure de « voir se transformer » les attitudes des gens. Elles ne sont évidemment pas isolées. Les attitudes d’une personne envers le célibat peuvent être homologues à ses attitudes à l’égard de la liberté, de la solitude, de l’indépendance et du mariage. Ça peut fort bien être une « réaction acquise dans l’inconscient » et non véritablement influencée par la société.

Nous croyons que les expériences peuvent modeler certaines attitudes si tout se joue au niveau des représentations. Lors des mutations sociales et culturelles, il s’effectue un passage d’un ensemble de représentations du monde à un autre : une substitution de nouveaux symboles. C’est dans cette substitution symbolique que peut se localiser et se transmuter l’attitude.