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Le massacre de la terre

dimanche 4 décembre 2005, par Jean-Claude St-Louis

À chaque année, on compte jusqu’à six milliards de tonnes de carbone qui sont rejetées dans l’atmosphère et à celles-ci, il faut ajouter trois millions de tonnes qui proviennent de la déforestation.

On déplore la destruction de cent acres de forêts tropicales À LA MINUTE, entraînant l’extinction d’au moins vingt mille espèces animales par année.

On constate également la destruction de plusieurs milliards de tonnes de sol arable, causant le déclin de l’agriculture.

Les émissions de gaz à effets de serre ont doublé, entraînant une hausse de cinq degrés de la température en moins de cinquante ans. Avant 1990, il aura fallu dix mille ans pour augmenter la température de cinq degrés, causant une baisse de deux kilomètres d’épaisseur des glaciers.

À cause justement de la fonte des glaciers, il y aura un rejet de cinq cent millions de tonnes de méthane dans l’atmosphère à chaque année, détruisant la couche d’ozone.

La fonte des glaciers sera également la cause de l’augmentation considérable du niveau des mers, entraînant la disparition de zones habitées et le déplacement de millions d’êtres humains.

Le réchauffement de la planète va créer des ouragans dévastateurs avec des vents qui pourront atteindre 360 kilomètres/heure.

L’explosion démographique est autre facteur inquiétant. À Mexico, où on comptait deux millions d’habitants en 1940 et vingt millions en 1990, on retrouve, à chaque jour, trois millions de véhicules en circulation et trente mille usines qui crachent des millions de tonnes de polluants dans l’atmosphère. L’air est irrespirable et dans quelques années, Mexico sera inhabitable.

Au Canada et aux États-Unis seulement, on produit 70% des émissions de gaz à effets de serre dans l’Amérique du Nord. Le pays le plus pollueur, les États-Unis, a refusé de signer le protocole de Kyoto, limitant timidement ces émissions qui détruisent la couche d’ozone.

La destruction de la couche d’ozone entraînera des cancers de la peau, des cas de cécité et l’affaiblissement du système immunitaire chez les humains.

Les forêts tropicales sont détruites les unes après les autres. Le Japon, à lui seul, engouffre 40% du bois abattu dans les jungles de la planète. Il est le grand responsable de la destruction des forêts des Philippines, de l’Indonésie, de la Malaisie et de la Nouvelle Guinée. Il détruit même des espèces animales protégées, malgré les traités internationaux. Au nom de la recherche scientifique, il tue les baleines. Il tue également cent mille dauphins par année dans des filets géants.

Un nombre incroyable de cinquante-quatre espèces animales disparaissent CHAQUE JOUR, à cause d’activités économiques dans le monde.

Les engrais chimiques contaminent la nappe phréatique et contribuent à l’effet de serre en libérant de l’oxyde d’azote. L’eau potable va devenir tellement rare qu’elle va éventuellement entraîner des sérieux conflits entre pays.

Les pesticides sont responsables de près de deux millions d’empoisonnements par année dans le monde. Jusqu’à quarante mille personnes en succombent, surtout dans les pays en développement. Aux États-Unis seulement, on répand cinquante sortes de pesticides dans au moins trente états.

L’automobile, le pire ennemi de l’environnement, rejette, en un an, cinq à six fois son poids en carbone. Plus de quatre cent millions de véhicules encombrent les routes du globe. À New York seulement, la circulation automobile brûle en une seule semaine, plus d’énergie que toute l’Afrique en un an. Les véhicules rejettent 47% des oxydes d’azote qui causent les pluies acides.

Les pluies acides tuent ! Nos érablières et nos lacs se meurent. Au Canada, cent cinquante mille lacs sont en train de mourir à cause des pluies acides.

Et le pétrole ! Environnement Protection Agency rapporte qu’il y a plus de dix mille déversements accidentels de pétrole dans les mers par année, détruisant la faune et polluant les côtes.

Tout ce massacre de la terre est causé par la philosophie actuelle de notre société : « Faire de l’argent ».

Le seul objectif de l’énorme machine de l’économie mondiale est de créer de la richesse aux dépens de la survie de tous les êtres vivants, incluant les êtres humains.

Notre société admet que la pollution et la destruction de l’environnement sont le prix à payer pour le développement et le progrès.

Notre monde est engagé dans un pacte de suicide collectif.

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Source : Gordon, Anita et David Suzuki. En route vers l’an 2040 : un portrait saisissant de l’état actuel de notre planète et des illusions qui menacent notre avenir. Traduction de Françoise Forest. [Montréal] : Libre expression, 1993, 310 p. (cote Dewey : 304.28 G662e)