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Rosa Ponselle : Soprano américaine
de l’entre-deux-guerres

dimanche 30 avril 2006, par Chartrand Saint-Louis

Rosa Ponzillo (« Ponselle ») naît à Meriden, dans le Connecticut, en 1897, dans une famille de pauvres émigrants d’Italie du Sud.

Elle débuta sa carrière au cinéma muet (jouant du piano) et, plus tard, elle chanta sur les scènes des music-halls dans diverses pièces de vaudeville en compagnie de sa soeur, Carmella.

Après huit mois d’études vocales avec William Thorner, elle fit ses débuts à l’opéra.

Influence de Caruso

C’est Caruso (1873-1921), dont la popularité était exceptionnelle, qui la fit engager au Metropolitan Opera (« Met ») de New York en 1918. On la surnomma d’ailleurs « La Caruso en jupons ».

Sa légende commence dès le jour de ses débuts au Met (le 15 novembre 1918) dans la Leonora de La Forza del Destino (La Force du destin) de Verdi aux côtés de Caruso. Elle parvint à séduire le public avec sa voix chaude et voluptueuse, sombre et puissante, d’une grande homogénéité. Dès l’année suivante, la firme American Columbia enregistrait une première série de disques qui la firent connaître dans le monde entier.

Sa belle allure, sa formidable technique vocale, sa présence irrésistible, son timbre de voix riche et sa façon exceptionnelle de communiquer une flamme à tous ses rôles en firent l’une des premières divas modernes.

Le Metropolitan Opera de New York (le « Met »)

Bien qu’en matière d’opéra, les États-Unis restèrent longtemps tributaires de l’Europe (compositeurs, chefs d’orchestre, chanteurs ou impresarios), la situation s’inversa dès les années 1930 et plus encore depuis la Seconde Guerre mondiale (on dénombre plusieurs artistes américains de premier plan). Les activités musicales se multiplièrent tant à New York que dans le reste du pays. Le Met, inauguré en 1883, fut le sanctuaire des divas de l’entre-deux-guerres (la Scala de Milan ayant été abandonnée par Arturo Toscanini qui fuyait le fascisme). Il eut un certain nombre de prédécesseurs célèbres, dont l’Academy of music (1854) et se heurta, au début du XXième siècle, à la concurrence du Manhattan Opera House. Le Met (dont la salle a été transférée en 1966 au Lincoln Center) compte aujourd’hui parmi les dix ou douze meilleurs Opéras du monde.

Le grand ténor Caruso fit sa dernière apparition au Met, le 24 décembre 1920, dans le rôle d’Eléazar de La Juive de Jacques Fromental Halévy aux côtés de Rosa Ponselle, dans le rôle de Rachel.

Jusqu’à son départ de la scène en 1937, Rosa Ponselle resta fidèle au Met (à l’exception de quelques apparitions au Covent Garden (Londres) de 1929 à 1931). Sa sœur, Carmella, chanta également au Met de 1925 à 1935. Elles ne chantèrent ensemble qu’une seule fois, dans La Gioconda de Ponchielli.

Rosa Ponselle donna occasionnellement des récitals devant ses amis et, en 1954, plusieurs enregistrements privés démontrèrent que sa voix était encore excellente.

Jusqu’à la fin de sa vie, elle manifesta un vif intérêt pour la musique et l’opéra. Elle s’éteignit le 25 mai 1981 dans le Maryland à l’âge de 84 ans.

Deux de ses plus grands rôles

Le répertoire italien était sa spécialité (sauf Puccini). Elle obtint un succès retentissant avec Norma de Bellini et La Vestale de Spontini.

Norma de Bellini

À partir de 1931, en direct du Met, les auditeurs purent entendre la Norma anthologique de Rosa Ponselle avec son célèbre « Casta Diva », cette magnifique prière qui s’annonce dès les premiers arpèges.

Lorsque Maria Callas interpréta le rôle de la druidesse gauloise au Teatro Communale de Florence, le 30 novembre 1948, inévitablement, on se livra à des comparaisons avec Ponselle et Pasta, dont, selon Stendhal, l’effet sur le public était « un effet hypnotique instantané sur l’âme du spectateur ». ([6], p. 88)

Le rôle de Norma est un défi du cœur et de l’esprit. Bellini demande à ses interprètes d’acrobatiques fioritures, contrairement à Puccini et Verdi qui exigent de l’intensité dramatique. Ponselle sut donner une grandeur tragique à ce personnage en proie à des passions violentes.

La Vestale de Spontini

Le nom de Rosa Ponselle reste étroitement lié à La Vestale de Spontini aux merveilleux récitatifs que le Met monta pour elle en 1925. En 1938, elle fut invitée par le Mai musical de Florence pour interpréter ce rôle, à la demande du régime fasciste.

Réaction de Maria Callas

« Face au talent véritable, l’artiste en Maria le reconnaissait et l’admettait toujours. Zeffirelli se rappelle lui avoir apporté un disque intitulé The Golden Age at the Metropolitan ; elle s’esclaffa en entendant Tetrazzini et Galli-Curci, mais lorsque Rosa Poncelle se mit à chanter, elle se tut et écouta religieusement. »
([6], p. 230)

Discographie
(notre sélection)

Rosa Ponselle sings Verdi, The 1918-1928 Recordings. Naxos (ADD 8.110728) avec Giovanni Martinelli (ténor), Riccardo Stracciari (Baryton) et Ezio Pinza (Basse). c2002 HNH International Ltd.

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Sources :

[1] « Éphémérides », InfOpéra, vol. 13, no. 5, janvier 2006, p. 9

[2] Matheopoulos, Helena. Les ténors du siècle : de Caruso à Pavarottti. Paris : Éditions de La Martinière, c1999, 120 p. (cote Dewey : 782.109 M426t)

[3] Opéras : les incontournables, sous la direction de Jorge Amat. Paris : Filipacchi, c1993, 237 p. (cote Dewey : 782.1 O61)

[4] Orrey, Leslie. Histoire de l’opéra ; édition revue par Rodney Milnes ; traduit de l’anglais par Catherine Cheval. Paris : Thames & Hudson, 1991, 252 p. (cote Dewey : 782.109 O75h)

[5] Segond, André. Divines divas. Paris : Gallimard, 2002, c1993, 144 p. (cote Dewey : 782.10922 S454d 2002)

[6] Stassinopoulos, Arianna. Maria Callas : par delà sa légende ; trad. par Philippe Delamare, Éric Diacon et Claude Gilbert. Paris : Fayard, 1981, 443 p. (cote Dewey : 927.821 C143s)