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Le couple en crise

vendredi 23 juin 2006, par Jean-Claude St-Louis

Le couple québécois est en crise. Il y a, actuellement, la moitié des couples qui divorcent après quelques années de mariage seulement et près de 30% de ceux qui restent en couple, se disent malheureux. Soit qu’ils se résignent ou qu’ils s’endurent. Il ne reste donc qu’un maigre 20% des couples qui se disent heureux de vivre ensemble. Et pourtant, les gens continuent de se marier comme si de rien n’était. Étonnant, quand même ! Dans quelque domaine que ce soit, on n’accepterait jamais un maigre 20% de réussite. Si une entreprise ne vendait que 20% de ses produits, elle ne resterait pas longtemps en affaires et personne n’oserait prendre la relève.

Bizarrement, le mariage ne perd pas de son attrait, malgré sa faillite évidente. Serait-ce dû à l’attrait sexuel ? Sûrement pas, puisque après un an de mariage, 45% des couples interrogés, se disent insatisfaits sexuellement. Plus les années passent, plus le taux d’insatisfaction augmente. Devant ces statistiques, pour le moins alarmantes, la grande surprise est de voir la réaction des gens face au mariage. Ils continuent de reproduire un concept qui ne fonctionne pas. Aux États-Unis seulement, 95% de la population se marient au cours de leur vie et malgré l’échec de leur premier mariage, 80% de divorcés tentent un deuxième et même un troisième mariage. Au Québec, les gens se marient moins, mais l’échec de ceux qui vivent en couple est aussi élevé.

Quand on constate que le risque de divorce est passé, depuis un siècle, de 5% à 67% pour un premier mariage et à 77% pour un second, il y a définitivement quelque chose qui ne tourne pas rond. Mais alors, pourquoi se marie-t-on ? Il semble qu’il y a, dans plusieurs êtres humains, un profond gouffre émotif. Pour certains, les parents ont été peu présents, occupés par leur carrière respective, et personne n’a été aimé autant qu’il l’aurait souhaité. Alors, il y a un vide à combler et le couple est le moyen le plus simple et le plus facile de remplir ce vide. D’ailleurs, pour la grande majorité des gens, « trouver un compagnon ou une compagne » est ce qu’il y a de plus important dans leur vie. Il faut remarquer la vitesse à laquelle les nouveaux couples décident de cohabiter. Un mois ou deux, au maximum. C’est insensé et pourtant, c’est la norme.

Il semble également que la solitude soit très difficile à supporter. Constamment entourés, les jeunes n’apprennent jamais à apprivoiser la solitude. Ils ne savent même pas ce que c’est. La solitude est pour eux, une inconnue et l’inconnu fait peur. Très tôt, les adolescents plongent, tête première, dans le sport, la musique, les programmes télévisés, les ordinateurs, etc., qui les investissent totalement. Ils sont, avant même de faire face aux responsabilités, dans une fuite éperdue de la solitude. Sans connaissance d’eux-mêmes, ils sont terriblement fragiles, vulnérables et carencés. Ils plongent donc dans la relation de couple, ne pouvant supporter la solitude qui leur fait peur.

Hélas, dès que le couple est formé, surviennent rapidement les désillusions. Le grand problème est que l’homme et la femme recherchent, chez le sexe opposé, des choses qui ne sont pas conciliables, exemples :

Les femmes recherchent :

1- Un homme sérieux qui les rassure.
2- Un homme qu’elles vont pouvoir changer.
3- Un homme un peu rebelle, mais docile et soumis.
4- Un homme avec un bon sens de l’humour, mais responsable.

Les hommes recherchent :

1- Une femme qui les allume.
2- Une femme bien dans sa peau.
3- Une bonne mère (surtout pour eux !)
4- Une maîtresse passionnée.

À ce stade, se joue l’avenir du couple et il devra se faire un tas de compromis. Car dès que le couple est formé et que la cohabitation débute, les compromis sont absolument nécessaires à sa survie. Il ne peut en être autrement quand deux êtres, aux idées aussi diamétralement opposées, décident de vivre ensemble. Comme l’écrit Paule Salomon, dans son livre « Les hommes se transforment » : « le potentiel de destruction porté par la lutte des sexes, s’il est minimisé culturellement, n’en est pas moins terriblement agissant. Aucun couple ne peut considérer qu’il sautera à pieds joints sur la lutte des sexes et qu’il sera dispensé de traverser les handicaps relationnels que sont le fusionnel, le concept dominant-dominé, le conflit, etc. »

Même s’il ne veut pas l’admettre, l’homme a besoin d’une deuxième mère. Devenu adulte, il a encore besoin d’être materné. La plupart des hommes l’avouent d’emblée : sans la présence d’une femme, leur vie serait un dérapage non contrôlé. Ils ont besoin de l’encadrement d’une femme, de son côté organisé. L’homme devient alors dépendant de sa femme, tout comme il a été dépendant de sa mère. Il a également besoin d’une femme pour assumer les contingences de la vie de couple. Du côté de la femme, son souhait le plus cher est celui de changer son homme, afin qu’il réponde à l’idée qu’elle s’est faite de l’homme de ses rêves. Le fossé entre les sexes, qui s’était déjà creusé, dans le concept dominant-dominé, retrouve l’occasion de s’approfondir, de devenir une fracture douloureuse. L’homme est confronté à un dilemme : croyant se libérer, en suivant les diktats de sa femme, il en arrive à se soumettre entièrement afin de sauver son couple. Il n’agit plus en homme véritable, car, ce faisant, la femme devient la mère et l’homme, le petit garçon obéissant. Or, les femmes ne font pas l’amour avec leurs enfants. Elles ont besoin d’un homme, d’un vrai ! Le constat est navrant, mais la dynamique du couple est, sous sa forme actuelle, dans un cul-de-sac.

Deux visions différentes

Il s’est écrit des centaines de livres sur le couple et ce qu’il y a d’étonnant, c’est la vision totalement différente que l’homme et la femme en donnent. Dans son livre « L’homme Whippet : le couple québécois en miettes », Charles Paquin n’y va pas par quatre chemins pour mettre sur le dos de la femme, l’échec du couple. Selon lui, l’homme Whippet serait comme le biscuit qui porte le même nom : « dur en dehors, mou en dedans ». Le mot « Whippet » fait également référence à cette race de chien, où la femelle est beaucoup plus dominante que le mâle. Cet homme « Whippet » ressemblerait au mâle québécois actuel de 30 à 40 ans, qui vit en couple, mais qui est profondément malheureux. Et la pauvre condition de l’homme serait due aux femmes. L’homme serait une victime et la femme, un bourreau. De façon souvent inconsciente, la femme prendrait avantage de la mollesse de l’homme pour imposer sa vision des choses et l’homme ne ferait que suivre la parade.

Au début de la relation, la femme se ferait douce, sexy, ouverte aux désirs de l’homme, mais, une fois le cœur de l’homme gagné, ce serait le grand ménage. Place à ses besoins à elle. À partir de ce moment, l’homme deviendrait son esclave. Après quelques mois de mariage, la femme commencerait à dénigrer son homme. Aucun homme n’arriverait à correspondre à l’image idéale que la femme se ferait de l’homme. Elle le voudrait tendre, mais viril ; téméraire, mais soumis. Voilà pourquoi l’homme nagerait dans le désarroi le plus total et qu’il ne réussirait jamais à satisfaire une femme. L’homme abdiquerait, se laisserait emporter par le courant et se soumettrait. L’homme de l’après féminisme, serait devenu un homme mou qui se laisserait manger la laine sur le dos par la femme, sa femme. Et, dans cette situation, il serait malheureux.

Dans leur livre « Messieurs, que feriez-vous sans nous ? » Cheryl Benard et E. Schlaffer, affirment que les femmes, dans le mariage, faciliteraient l’existence des hommes, en leur évitant de nombreux tracas quotidiens. Les hommes s’attendraient à ce qu’elles satisfassent leurs moindres désirs et caprices : qu’elles repassent leurs chemises, les conseillent sur le choix de leur carrière, sur l’achat de leurs vêtements ; qu’elles les dorlotent comme une mère, devinent ce qu’ils sont incapables d’exprimer, bref : qu’elles organisent leur vie. Non seulement la liste des tâches que les femmes devraient accomplir serait longue, mais elle friserait le ridicule. Car, en plus de choisir leurs vêtements, de planifier leur vie, de ranger leurs affaires, de mettre de l’ordre dans leurs idées et leur rappeler à quel moment, ils doivent récupérer leurs enfants issus d’un premier mariage, les femmes devraient faire en sorte de tout planifier et de trouver une solution à tous leurs problèmes.

Si, dans leur vie professionnelle, les hommes sont parfois capables d’initiative, il en serait tout autrement dans leur vie privée où ils feraient preuve de mollesse et d’indécision, selon les auteurs du livre. La plupart du temps, ce serait la femme qui pousserait l’homme à fonder un foyer. Dans bien des cas, l’homme serait redevable à la femme de son développement personnel. Quand les choses ne tourneraient pas rondement pour lui, ce serait la femme qui l’inciterait à consulter un spécialiste. La quête d’identité de l’homme nouveau passerait, en grande partie, par la femme. Bref, la femme incarnerait un principe organisateur qui s’occuperait de tous les aspects de la vie de l’homme.

Selon les auteurs féminins, les hommes auraient tout simplement cessé d’évoluer. Pendant que les femmes progressaient sur la voie de l’émancipation, les hommes se seraient contentés de faire du sur-place. Or, dans la vie de couple, il ne pourrait en être ainsi. Dans chaque étape de la vie à deux, les femmes se verraient obligées d’assumer, à contrecœur, toutes les responsabilités. Au point que les femmes n’auraient pas le choix, ce seraient elles qui réclameraient le divorce, même si la chose leur répugne. D’une certaine manière, les hommes seraient tellement mous, ferait observer une interlocutrice !

Faut-il s’étonner, devant des visions aussi diamétralement opposées, que la vie de couple soit si difficile et que l’échec soit si fréquent !

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Sources :

Benard, C. et E. Schlaffer. Messieurs, que feriez-vous sans nous ? ; traduit de l’allemand par Normand Paiement. [Montréal] : Le Jour, c1994, 207 p. (cote Dewey : 305.3 B456m)

Dallaire, Yvon. S’aimer longtemps ? l’homme et la femme peuvent-ils vivre ensemble ? Québec : Option santé, 1998, 191 p. (cote Dewey : 306.7 D144S)

Paquin, Charles. L’homme Whippet : le couple québécois en miettes. Chicoutimi : Éditions JCL, c2004, 137 p. (cote Dewey : 306.7 P219h)

Salomon, Paule. Les hommes se transforment : l’homme lunaire. Paris : Albin Michel, 1999, 265 p. (cote Dewey : 155.632 S174h)