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Noam Chomsky

mardi 17 octobre 2006, par Jean-Claude St-Louis

Noam Chomsky est né à Philadelphie en 1928. Linguiste éminent, professeur au Massachusetts Institute of Technology, auteur prolifique et philosophe de réputation internationale, ses écrits ont fait de lui l’une des plus grandes figures de la vie intellectuelle de notre époque. Cet homme est un être courageux, en ce sens qu’il a résisté à la propagande véhiculée par l’administration de son pays et surtout, au délire patriotique qui a suivi les évènements du 11 septembre 2001.

Selon Noam Chomsky, les États-Unis sont devenus un État voyou en instaurant un système idéologique dont l’unique but est celui de dominer le monde. Avec une logique implacable, une recherche approfondie et une très grande honnêteté intellectuelle, Chomsky nous dévoile les dessous de la politique américaine, ses intrigues, ses mensonges, sa corruption et son avidité sans bornes. Les ouvrages suivants de Noam Chomsky nous en donnent une idée très claire :

DOMINER LE MONDE OU SAUVER LA PLANÈTE : Dans ce livre, que le président Hugo Chavez du Venezuela a brandi devant les Nations Unies et qui est devenu un best-seller aux États-Unis, Noam Chomsky nous démontre que l’administration Bush n’est aucunement intéressée à réduire les émissions de gaz à effet de serre en vue de sauver la planète. La priorité de cette administration est celle de combattre les États voyous partout dans le monde ; priorité qui cache le but véritable : étendre l’hégémonie des États-Unis sur toute la terre. En septembre 2002, l’administration Bush a rendu publique sa stratégie de sécurité nationale. Elle donnait aux États-Unis le droit de recourir à la force pour empêcher tout ce qui pourrait être considéré comme une entrave à leur hégémonie mondiale, laquelle devait être permanente. John Ikenberry, spécialiste bien connu des affaires internationales, voit dans la position de l’administration Bush, un grand dessein stratégique qui commence par un objectif fondamental : maintenir le monde unipolaire dans lequel les États-Unis n’auraient aucun rival à leur mesure. Une telle doctrine vide de leur sens les normes internationales sur l’autodéfense consacrées par l’article 51 de la Charte des Nations Unies. La nouvelle stratégie impériale, poursuit Ikenberry, fait des États-Unis un État révisionniste qui entend transformer ses avantages du moment, en ordre mondial où il mènera le bal. La grande stratégie impériale des Américains leur donne le droit de faire la guerre préventive alors que cette forme de guerre est un crime de guerre. En ce qui concerne la guerre préventive menée en Irak, l’expert en droit international, Richard Falke juge qu’elle a été un crime contre la Paix, du même type que ceux pour lesquels les dirigeants nazis ont été inculpés, jugés et punis à Nuremberg.

Profitant des évènements du 11 septembre 2001, l’administration Bush a revendiqué et exercé le droit de déclarer des individus, dont des citoyens américains, combattants ennemis, de les incarcérer sans inculpation ni accès à un avocat ou à leur famille et ce, jusqu’au jour où la Maison-Blanche estimera avoir gagné la guerre contre la terreur, c’est-à-dire indéfiniment. Ce titre de « combattant ennemi » est très large. Il peut désigner toute personne contre laquelle l’État a choisi de s’en prendre, sans aucune preuve crédible, comme le reconnaît Washington. Le Domestic Security Enhancement act of 2003 (loi de renforcement de la sécurité intérieure de 2003), démontre les buts de l’administration américaine. Cet assaut contre les libertés civiles mine les droits constitutionnels des Américains. Il n’existe aucun droit civil que l’administration Bush ne violera pas pour étendre son contrôle sur la vie des citoyens américains, écrit Jack Balkin, professeur de droit à l’Université Yale. Le président George Bush, qui a sur son bureau un buste de Winston Churchill, offert pas son ami Tony Blair, devrait s’inspirer de cette déclaration de Churchill : « Si l’exécutif a le pouvoir de jeter un homme en prison sans formuler contre lui aucune accusation reconnue par la loi et en particulier, s’il lui refuse le droit d’être jugé par ses pairs, on est au comble de l’odieux. C’est le fondement de tout régime totalitaire, qu’il soit nazi ou communiste ».

Lorsque la France s’opposa aux Américains dans leur décision d’attaquer l’Irak, qui ne respectaient pas, disaient-ils, les résolutions des Nations Unies, elle déclencha une vague d’indignation, sans précédent, aux États-Unis. Ces derniers ne firent évidemment pas mention qu’ils étaient les champions incontestés du non-respect des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Le président Bush déclara que si une puissance secondaire s’opposait à une décision des États-Unis, elle jouait le jeu des États-voyous et devenait une ennemie. Elle ne faisait qu’éroder la légitimité et la crédibilité du Conseil de sécurité, disait-il. Dans la pensée de Bush, un État ne pouvait s’opposer à une décision des États-Unis sans discréditer l’ONU. Il ne réalisait pas que son attitude était justement celle qui érodait la crédibilité des Nations Unies. Pour l’administration Bush, les Nations Unies doivent leur reconnaître le droit d’utiliser la force où et quand les États-Unis le veulent. Andrew Card, secrétaire général de la Maison-Blanche, a bien résumé la pensée de l’administration américaine : « Les Nations Unies peuvent se réunir et discuter, mais nous n’avons pas besoin de leur permission ! »

Lorsque les Américains parlent de liberté et de démocratie, ces mots sonnent comme des obscénités dans leur bouche, eux qui appuient, sans réserve, des chefs d’État qui ont un bilan effroyable en matière de non-respect des droits de l’homme ou de la démocratie et ce, tout simplement parce qu’ils servent leurs intérêts. L’idée que l’administration Bush se fait de la démocratie est inquiétante. Prenons le cas de la Turquie. En 1977, l’armée turque a mené une guerre impitoyable contre sa population kurde qui aspirait à plus d’autonomie. Avec des armes fournies par les Américains (80% de son armement), l’armée turque a chassé des millions de Kurdes des campagnes dévastées ; elle a fait des dizaines de milliers de morts et a fait subir des tortures barbares. Les États-Unis n’ignoraient rien de ces atrocités et fermaient les yeux. Ce n’est qu’en 2003, lorsque la Turquie refusa d’appuyer les Américains dans leur guerre contre l’Irak, que ces derniers commencèrent à diffuser de l’information sur les crimes perpétrés par la Turquie sur sa population kurde. Le grand stratège de l’administration Bush, Paul Wolfowitz, a fait une démonstration « éclairée » de ce que les États-Unis entendent par « démocratie ». Selon Wolfowitz, le gouvernement turc n’avait pas à respecter le vœu de 95% de ses citoyens qui s’opposaient à la guerre. L’armée turque avait fait preuve de faiblesse en ne jouant pas son rôle de « dirigeants », auquel les États-Unis s’attendaient. La Turquie fut sévèrement blâmée.

PIRATES ET EMPEREURS : Dans ce livre, Chomsky s’attache à démonter le véritable système idéologique mis en place par les États-Unis pour justifier leurs propres actions et discréditer tous ceux qui s’y opposent. Il fait référence aux guerres menées par les Américains et les forces armées qu’ils ont soutenues en vue de renverser des gouvernements démocratiquement élus dans des pays de l’Amérique centrale, tels le Nicaragua, Le Salvador, le Guatemala, le Honduras, la Colombie, le Chili, de même que le Panama et Haïti. Dans le cas du Nicaragua, la Cour internationale de justice de la Haye, a rendu le jugement suivant : Les États-Unis s’étaient rendus coupables d’usage illégal de la force et de violation des traités. Elle a ordonné aux États-Unis de mettre fin à ses crimes de terreur internationale et de payer au Nicaragua des réparations substantielles, estimées à 17 milliards de dollars. Évidemment que les États-Unis ont repoussé avec mépris la décision de la Cour pénale internationale, en alléguant qu’ils avaient le droit de décider seuls ce qu’ils devaient faire. Ils n’ont payé aucun sou en réparations. Menées avec une barbarie et une brutalité innommables, les guerres américaines ont laissé derrière elles, près de 200,000 morts et des millions de réfugiés dans les pays détruits.

PROPAGANDE, MÉDIAS ET DÉMOCRATIE : Dans ce livre, Noam Chomsky et Robert W. McChesney, nous dévoilent l’implication des médias dans la déformation de la vérité et la façon dont ils rendent compte de la « guerre contre la terreur ». Ils nous décrivent dans des textes percutants, un état de fait alarmant pour la démocratie, qui se répercute ici comme ailleurs. Il est important, notent-ils, de forcer la population à prendre parti en faveur d’interventions militaires à l’étranger. Généralement, la population est pacifiste. Le peuple n’a aucune raison de s’engager dans des actes de guerre, des tueries, des tortures. Il faut donc le mobiliser et pour le mobiliser, il faut l’effrayer. Il faut également falsifier l’histoire, afin de vaincre l’hésitation du peuple. Il faut faire croire que nous nous protégeons et nous nous défendons contre des agresseurs redoutables, des monstres. Ce à quoi s’applique l’administration américaine, aidée des médias. Robert W. McChesney est professeur à la faculté de communications de l’Université de l’Illinois.

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Sources :

Livres de Noam Chomsky :

Dominer le monde ou sauver la planète ? l’Amérique en quête d’hégémonie mondiale ; traduit de l’anglais par Paul Chemla. Paris : Éditions 10/18, 2005, c2004, 385 p. (cote Dewey : 327.73 C548d)

Idéologie et pouvoir. Anvers : EPO, 2004, 208 p. (cote Dewey : 327.730728 C548i)

Israël, Palestine, États-Unis : le triangle fatidique ; traduit de l’anglais par Louis de Bellefeuille. Montréal : Écosociété, 2006, 658 p. (cote Dewey : 327.7305694 C548i)

Le profit avant l’homme ; traduit de l’anglais par Jacques Maas. Paris : Fayard, 2003, 245 p. (cote Dewey : 330.122 C548p)

Pirates et empereurs : le terrorisme international dans le monde contemporain ; traduit de l’anglais par Jacques Maas. Paris : Fayard, 2003, 361 p. (cote Dewey : 327.117 C548p)

Propagande, médias et démocratie ; en collaboration avec Robert W, McChesney ; traduit de l’anglais par Liria Arcal et Louis de Bellefeuille. Montréal : Écosociéété, 2005, c2004, 209 p. (cote Dewey : 303.675 C548p)