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La manipulation

lundi 15 janvier 2007, par Jean-Claude St-Louis

Le terme « Manipulation » vient des mots latins « Manus » (la main) et « Pléo » (remplir). Manipuler, c’est tenir dans sa main ou remplir sa main. Le manipulateur tient le manipulé dans sa main. Le plus souvent, le manipulateur fait miroiter quelque chose qui lui permet d’exercer son pouvoir sur le manipulé, tout en repoussant à l’infini la remise de cette chose. Dans tous les cas, la manipulation a le même but : faire siens pendant quelque temps, un objet ou un être, réels ou virtuels, sur lesquels s’exerce un pouvoir visant un but bien défini, le plus souvent peu recommandable. La manipulation vise à transformer quelque chose ou quelqu’un dans un but utilitaire.

La manipulation est une pratique planétaire. Elle est une technique sur laquelle se penchent les meilleurs experts de la planète : Les communicants. Elle est aussi un art que certains pratiquent avec plus ou moins de succès. L’imagination des manipulateurs n’a pas de limite. Les phénomènes de séduction, de suggestion, d’influence et de conditionnement sont universels et ne sont restreints que par la résistance des manipulés ou les interdits de la loi. Il n’existe pas de frontière étanche à la manipulation entre les divers secteurs de l’activité humaine.

La manipulation est omniprésente dans notre vie quotidienne. Elle parasite les relations sociales, perturbe les liens familiaux, génère des conflits dans le monde, masque la vérité et est un sérieux handicap aux échanges sincères. La manipulation vise à obtenir de l’autre un comportement qui n’aurait pas été spontanément le sien, et pour cela, elle se construit sur une relation mensongère. Manipuler c’est, avant tout, mentir. La pire attitude à adopter face à la manipulation est l’ignorance et la candeur. Comprendre la manipulation, c’est d’abord comprendre comment chacun de nous fonctionne dans ses rapports avec les autres.

La publicité : La publicité vise à remplacer le plaisir né de la consommation d’un produit par un symbole associé à ce produit. La vue du symbole déclenche alors le réflexe d’achat. La manipulation est d’autant plus efficace que les stimuli sont répétés de façon quasi constante. Ainsi le matraquage publicitaire ne devient efficace que parce qu’il est « matraquage ». En répétant le message à l’infini, le matraquage parvient à saturer les capacités critiques et le jugement du manipulé. Il fait passer les informations erronées contenues dans le message, leur donne une dimension de vérité et finit par arracher le consentement de celui qui le subit. Alors que la capacité de discernement s’estompe, le conditionnement se renforce et les conduites automatisées se multiplient.

Pour manipuler, il ne suffit pas de truquer les messages envoyés au manipulé et de tromper ses capacités de jugement, il faut également créer un courant affectif qui pourra aller de la sympathie la plus banale à la soumission absolue. Le manipulateur s’efforce de créer ce courant en utilisant l’ensemble des sentiments positifs, comme le partage, le plaisir, l’amour ou, à l’inverse négatifs, comme la peur, la soumission, la haine. Tout dépend du but à atteindre. Manipuler, c’est jouer sur un personnage, voire en créer un pour l’usage projeté. Ainsi, on incarnera, selon les besoins, une multitude de personnages vrais ou imaginaires. On proposera des identifications à des personnages connus et dans le même temps, on proposera des produits qui, s’ils ne permettent pas de devenir le personnage envié, permettent de s’en rapprocher en partageant avec lui un élément de sa vie, exemples : devenir un champion du sport en buvant telle boisson, devenir un personnage en vue en achetant telle voiture, etc.

Le rôle des médias : Face à la pression des gouvernants et des lobbies pour nous manipuler, on pourrait s’attendre à un rôle compensateur de la part des médias qui ont révélé, dans le passé, leur capacité à bien informer, comme ce fut le cas pour l’affaire Watergate. Il semble, toutefois, que le quatrième pouvoir (celui des médias), se soit érodé ou endormi au contact de l’argent et des rouages économiques complexes qui enserrent le journaliste dans un réseau d’influences, véritable toile d’araignée dont il a le plus grand mal à s’extraire. De nos jours, le prix d’une information dépend de la demande, de l’intérêt qu’elle suscite. Ce qui prime pour les médias, ce n’est pas la vérité, c’est la vente. La découverte de l’aspect mercantile de l’information a entraîné l’afflux du grand capital vers les médias. L’information est manipulée en vue de servir des intérêts personnels, politiques, économiques, etc.

La propagande politique : La manipulation et le conditionnement du citoyen débutent avant les urnes et continuent tout au long de sa vie. Ils sont le fait de tous les partis politiques et ceux qui n’y ont pas recours, ne remportent que des succès mitigés. « La vérité tue » disait Nietzsche. La vérité politique est improductive, non électoraliste, facteur d’instabilité, car trop respectueuse de la dimension individuelle. Le discours politique a toujours manipulé l’image à transmettre, soit en magnifiant le candidat, son programme, ses réalisations passées ou à venir, soit, à l’inverse, en minimisant, ridiculisant ou dénigrant l’adversaire, ses idées, sa vie, son image. Les hommes politiques n’ont de cesse de contrôler les organes de diffusion de l’information, soit directement ou indirectement. Le politique doit répondre aux mêmes règles de marketing que celles de la vente de produits de consommation. L’image prend de plus en plus le pas sur les éléments de la réalité du message.

Face à cette dérive, concoctée et entretenue par les hommes politiques, le citoyen est en droit de s’interroger sur la vérité du message transmis. La manipulation permanente de l’image, qui estompe le message, pose un réel problème pour la démocratie. Face à cette débauche de moyens mis en œuvre pour la conquête du pouvoir, le citoyen n’a pas d’autre ressource que celle de recourir à sa capacité de discernement et d’analyse. Or, les informations sont faussées, orientées ou dissimulées. Certains analystes peuvent proclamer qu’il est du devoir du citoyen de s’informer adéquatement et de ne pas se laisser manipuler, mais encore faudrait-il que le citoyen ait accès à une véritable information. Or, il suffit de regarder, avec un peu d’esprit critique, le fil du quotidien pour constater, qu’en fait de responsabilité, la société s’évertue à infantiliser ses membres en les privant de l’information nécessaire à leur libre décision, ou en truquant, délibérément cette information pour acquérir une adhésion et non pour stimuler le jugement.

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Sources :

Abgrall, Jean-Marie. Tous manipulés, Tous manipulateurs. Paris : First, 2003, 372 pages (cote Dewey : 153.85 A147t)

Ettori, Fernand et Pascal Génot. Manipulé, Moi ? Jamais ! Influence et manipulation dans la vie quotidienne. Paris : First, 2006, 303 pages (cote Dewey : 153.85 E85m)