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Un cinquantenaire

lundi 31 décembre 2007, par Michaël Adam

Voici venir, comme chaque année, les fêtes et les festivités.
Bientôt Noël, les banquets, les bûches et le Nouvel an.

Chers lecteurs, avant que vous ne festoyiez avec vos invités,
Accordez-moi un peu de votre temps, avant la farce et le flan.
Tout d’abord, bien sûr, je vous envoie mes meilleurs voeux,
Mes souhaits les plus sincères pour vous et vos familles.

Cependant, je voudrais, sans trop vous déranger, vous faire cet aveu :
Il y a en moi tant d’images et de hantises qui fourmillent
Qu’avec vous mes amis, avant le réveillon j’ai voulu les partager.
Car, ne l’oublions pas, il y a encore parmi nous des rescapés
Qui ont été des cobayes ou, comme moi, des enfants encagés.

Accordez donc une minute aux rares survivants et aux handicapés,
Et à tous ceux aussi qui ne sont jamais revenus des wagons.
Nous vivons une époque d’anniversaires et de commémorations :

Le cinquantenaire du débarquement, des Marines et des Dragons,
Le cinquantenaire des chambres à gaz, du savon et des Actions,
Le cinquantenaire de la Libération, des fours et de l’extermination,
Le cinquantenaire d’un enfant de cinq ans interné pour être Juif,
Le cinquantenaire d’un quinquagénaire apeuré qui cherche une enfance,
Le cinquantenaire des cauchemars, de la peur, d’Hélène devenue suif,
Le cinquantenaire de la mort lente d’une petite fille sans défense,
Le cinquantenaire d’une enfant de quatre ans : ma première passion.

Mais, comme promis, je ne prendrai qu’un court instant de votre temps.
Alors, mes amis, bonnes fêtes, bonne année et toute ma compassion.
Joyeux Noël aussi à ceux qui ont fini de vivre depuis longtemps
Parce qu’ils se rappellent trop de ces camps que l’on commémore.
Joyeux Noël à mes collègues d’Auschwitz ou, comme moi, de Drancy,
Qu’on appelle survivants bien qu’ils soient déjà un peu morts.
Joyeux Noël et bonne année : heureusement, vous êtes là vous aussi.

Je vous souhaite bonne santé, mes amis. Mais, je vous en conjure,
Ne me laissez pas seul, ne partez pas, car sans vous comment saurais-je
Que je suis revenu d’un endroit où il y a aujourd’hui, comme une injure,
Un restaurant et un parking qui fument sur les cendres et la neige.