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Le sens secret des choses

vendredi 23 mai 2008, par Jean-Louis Millet

§ Corridors sans fin
du sens secret des choses.
Le revers de rien.


§ Gouttes d’eau froide
sur des pierres brûlantes -
Ont-elles le choix ?


§ Homme primitif
des tabous originels ;
pensée magique.

Saisir l’arc en ciel
et tenir une source
au creux de la main.

La clé du champ clos
des vieux itinéraires
secrets de la vie.

Un jour ou l’autre,
nos yeux iront reposer
aux larges horizons.


§ Trois petits singes -
stratégie de l’autruche.
Comment s’échapper ?

Trois singes tristes -
faire part à faire peur
de l’humanité.


§ Aria oubliée
d’un désir à se dire.
Saveur exquise
à des années pénombres
dans le puits des souvenirs.

Graffitis d’aria
dans l’espace impasse.
Électrons libres.


§ Au bal des nuits nues
l’écho du parfum des pleurs
sur l’étang de feu.

Au bal des nuits nues,
les couleurs rouillées du temps
allument un feu
dans la tête du diable.
Proches apocalypses !


§ D’un avenir noir
l’écho du parfum des pleurs
prend pied dans le ciel.

D’un clair avenir -
loin comme dans un rêve -
des ombres feutrées.

Voici qu’aujourd’hui
trébuchant sur hier, en
tombe sur demain...


§ Les chardons ardents
d’un mensonge immense.
Buisson du Sinaï.
Des poèmes de sable
gravats de la mémoire.

Con d’imaginer
les chardons de l’au delà.
Retour sur Terre.


§ Ni commencement
ni fin. Seul ton voyage
intérieur. Lui seul.

Mon nom ? Oublié !
Oublié comme ton nom.
Plus rien ne reste.

Combien de chemins parcourus ?
Combien de fleuves traversés ?
Dis ?

Seuls ses yeux parlaient.
Sa langue était morte
sous son tchador noir.

Seuls ses yeux parlaient
aux flancs gravides des monts.
Beauté d’illusion.


§ Clarté du vide,
imparfaite jusqu’à la perfection.
Terreau d’un désespoir.

En lent glissement
s’écraser sur l’infini
des ruines de sang.

Musique,
un art à l’état gazeux
au doux creux des plis du vent...

Dans ses formes nues,
sculpter l’imprévisible
dans le silence,
cathédrale de glace
aux sombres couleurs de suie.

Crocher aux lourds seins
des sphères vagabondes
et laisser filer,

au coeur des trous noirs
le temps ne signifie rien.
Ni début, ni fin.


§ À rebrousse poils
de pâles figurines
cunéiformes,

doucement,
l’eau caressante et creuse
fait les femmes plus belles.

Sueurs intimes
dans les plis de la toge
des vents de Rose.


§ Dans le vent, aria
du futur antérieur de
passés infinis.
Des femmes aperçues
à travers le voile des roseaux
plissé par le vent -
Humer leurs odeurs saines
remontant aux collines...


§ Le fleuve Alcool,
torrent déchiré aux rocs
des solitudes.

Confusion lente
des buveurs solitaires
métamorphosant
les faveurs solidaires
en baveuses effusions.

Soupirs résignés,
renoncement à l’action.
Vite, le rire !

Ombre d’un danger.
Éclair d’effarement.
L’œil n’est pas le bras.


§ Dans les plis secrets
des griffures de l’âme
un reste d’espoir.

Dans les plis secrets
des montagnes liquides
la source de vie.


§ Art à respirer,
la lune tintée de sons
hantés, rieurs. Sens.
La lune teintée de sangs
comme par humour de l’art.

Art blême à blasphémer,
même à apostasier,
Politique !


§ Fleur de vide sous
la face insonore
de la lune.

Dans les plis du vent,
des espaces infinis.
Bonheur esquissé.


§ Aux instincts naissants
d’enfance enfin enfuie,
rêves aux ailes bleues.

Yeux pleins d’un passé
d’horloge silencieuse -
enfance enfouie.

Tout est en ordre,
le tout pour le tour est joué.
Bonheur toxique.
Cicatrice de l’oubli,
la vie vite oubliée.


§ Au poing poisseux,
poésie tout en pause
d’un poignant poignard.

Paupières closes.
Peaux des percussions frappées
paumes ouvertes.

Gongs et voix sourdes -
Mélopées tibétaines.
Passeports d’ailleurs.

Où faire tinter
les perles de verre en
émoi d’incendie ?


§ Seul dans un monde rouge
doublure de la nuit.
Sombre clarté du vide
aux oeillères d’une vie
baignée d’une froide lumière
blanche et poussiéreuse.


§ Des gouttes de vie
comme autant de perles
puis, l’étang triste.

Étrange étang
où l’étranger étranglé
étend tant les temps.
Terres pacifiées -
mais il ne faut pas s’y fier.
Tout peut arriver !


§ Nuit de satin bleu.
Aux plis des velours du vent,
un cygne des temps ;
allergique au bonheur,
n’ayant rien en ayant tout.

Un signe d’étang,
des temps d’indifférence :
un totem de mer,
maintenant maintenu,
pour être bien sûr, bien sûr !


§ Dans le silence
des grands déserts de l’ennui
la vie en fuite.
L’esprit évanoui
dans des instants chavirés
de miroir sans tain.
Impasses du temps,
oasis de silence.
Roue immobile.


§ Et vient cet instant
des soirées où l’eau sèche.
Curieux mystère.

Mais un bon matin
autre chose que le jour
poindra du levant.


§ Un monde sans bruit,
la plaine de rochers nus -
Champ monotone.

Chant monotone,
étendue comme durée -
Un monde sans fin.


§ Plein d’indifférence
attendre en silence
la délivrance...

des poissons de pierre
collectionneurs de brume
des grands courants froids
jaillis de rampants brouillards
d’eaux sans rivages.

Rouler la bâche du ciel
dans des vases gargouilles
puis, s’enfuir.

Aller se noyer dans l’oubli complet
des profondeurs glauques...
Enfin se déshabiller de la vie !
Mais l’univers a-t-il jamais vieilli ?


§ Brasser le silence
des termites du vent.
Montagnes amantes du fleuve.

Sous le soleil dur
femmes flammes et lueurs
dans le jour des temps.

Autour d’elles remuer l’enfance
du goût salé de leurs secrets.
Leur soleil est un nuage.

Leurs regards hantés
tout inondés de clarté.
Quel espoir en vue ?

Dans tous ces regards
voiles bleus du souvenir
des solitudes.

Dans tous ces regards
traces de bleus à l’âme.
Une musique,
de fugue nostalgique
en lamento funèbre.

Ardoise des peines
en flammes de chandelles
ou bateaux d’ex-voto.

Fin d’amour
en moiteur fade du vent
dans un volcan en sueur

Vent errant sans but,
des étoiles à la mer.
Brève aurore.


§ La mort est plus vieille
que l’amour. Comme toujours,
des rumeurs dorées.

La mort a toujours
de quoi vivre. Bien même.
Pourquoi s’en faire ?

Aller vers la mort
et ne plus avoir d’âge,
lors viendra la douceur
dans un mot secret :
« au fond d’un homme mort,
le dur désir de durer,
des flammes froides. »


§ Souvenirs amers
de la force des choses.
Hiver de l’âme

Paupières closes
aux bruits légers de la mort.
Un soupir lointain.

Soleil intérieur
vertigineux et lumineux
des obscurs jardins.

D’odeur sauvage
en baisers de lumière,
clameurs du vide.

Tendresse triste.
Souffrir dans le silence.
Temps consolateur.

Rumeurs du monde
jusqu’aux horizons tremblants
du temps primordial.

Sous la pluie tiède
le monde sans fin, sans bruit.
Clameurs du vide.

Dans l’obscurité
des sources de l’aube
refermer le passé.

Anges atroces
de cette vie lamentée
si lamentable.

Dans l’aube mauve,
pour quelque mot essentiel,
un matin perdu.

Éperdue, tendue,
polie face au néant.
Vive voix du vent.

Tout s’en va, comme la vie
dans le débarras du choix.
Pour toujours.

Trébucher soudain
sur le brutal infini
d’une seconde.


§ Par rancœur du cœur
éclairer les confusions,
échardes du temps

Les gongs assonants
assommant des confusions
assoupissantes.

Criblé d’orages,
un Golgotha laxatif.
Fumier des choses.

Halo de plénitude
des bizarres prophéties...
Enfin mort.

Fanges reculées
de la conscience obscure
des voleurs de feux.

Les mots mentent.
Seule la douleur est sincère.
Outrageusement.


§ Des eaux profondes
comme un rêve en plein jour.
Antique Cité.
Sombre et calme,
insupportable beauté
de ce lac d’ennui.


§ Du clair à l’obscur
un souvenir d’étreinte,
horizon fluide.

Du clair à l’obscur
un souvenir d’étreinte -
Des renvois de mort.


§ Comment y voir clair ?
En dormant chaque rêve
les yeux grands ouverts.
Instant infini
au clair azur torrentiel
de la jouissance.

Poussières d’eau aux
sonorités dissoutes
d’étendues perdues.

Plage de la nuit
dans l’ombre émouvante
des regards absents.


§ Chants de passage
pour qui sait vivre sa vie :
triple concerto.

Couleurs de rage
pour habiter son enfer.
Durer ou céder ?

Couleurs d’orage
pour qui sait cesser sa vie.
Un souffle d’oubli.


§ Un instant passé
sur le rebord du monde
des essaims d’ombres.
Dans le flanc gonflé
et pustuleux des choses,
des fleurs corrompues.

Aux frontières du vent,
les statues aux yeux morts, incendiés,
des temps endormis.

Jardins de pierre.
Des nuages blancs sans fin
entre les lignes.

Dans le ciel entier
ambiance de gelée blanche.
Félicité des commencements.

Froide lumière
de mon rivage sombre.
Un ciel tragique.

Déchirure
du rideau écarlate
d’arbres obscènes -
Sur l’horizon purifié,
des arbres en majesté.

Essaims d’ombres,
arriverons-nous jamais
aux eaux flexibles ?


§ Temps décomposé
en épure funèbre
et hypnotique.

Brouillard d’ennui
aux étangs d’indifférence -
Bruissements d’arbres.

Un soleil brouillé
éparpillant au hasard
des rêveurs de mer.

Des champs de la nuit
jusqu’aux horizons épiés,
une tristesse d’eaux.

Des eaux de terreur :
la vérité par flaques
et ses fruits amers.

Mirage.
La lente immensité
de la nuit implacable.

L’océan de nuit
des régions immuables,
seul refuge
des âmes solitaires
irritées du vulgaire.


§ L’immense rumeur
si tous les passés passaient...
Chants de passage.
C’est dans l’horloge
aux rouages sauvages
que la mort loge.

L’horloge nous déloge
d’un silence alourdissant.
Compromis.

Verdict silencieux,
rien est réponse à tout.
L’immense rumeur...


§ Dans des draperies
vagues de solitude
versicolore.

Remonter le temps -
Un rêve inutile
tout ce temps perdu.


§ D’un jadis inouï
entamer les réserves
d’avenir... Fuite...

Les idées fuyant
dans les volutes des mots,
fumeux mensonges... car

au fond du gouffre
de tous les passés obscurs,
un massif ennui.


§ Une odeur pend
comme une guenille
sur toute les vies.
Aminée et fétide
où va-t-elle soudain ?


§ Poubelles du temps
lieux des fêtes défaites.
Tribulations

Nés désirés (?),
mais nés néanmoins en plus.
Déréliction

Un rêve commun,
vivre comme on rêve !
Désillusion.

Occupé de rien !
Art de très-passer le temps.
Dissolution.

Des gouttes de vie,
de la merde plein les yeux.
Consternation.

Ainsi allons nous...

Montreur de ruines
à la tête d’éponge.
Adieux aux drames...


§ Sur un coussin bleu
la lune solitaire.
Sur quel meilleur lit
m’étendre pour mes sommeils
dans la voix creuse du vent.

L’ombre liquide
des profondeurs infinies
Décors de sommeils.

Dilater la nuit
de rameaux de musique.
Voûte des rêves.

Désir au profil
de menteur sans vergogne.
Aiguillon de vie.

Salutaire
apogée de l’extase
voie de l’évasion.


§ Des bouts de bois brut
à la surface des eaux
du profond passé.

Bruit traînant des pas
dans les longues rues grises.
Poids du quotidien.

Monter sans cesse,
lents, ce même escalier
jusqu’à percevoir

la rauque clameur
permanente de la mort
inévitable.


§ Monde sans soleil.
Au plus profond des failles
du grand océan

des états sombres,
des voiles de ténèbres
marmoréennes.


§ Souriant au soleil
et rêvant à la lune -
comme détaché.

Pousser devant soi
ses brèves journées de vie
versicolores.

Marcher en plein vent
dans l’écume livide
du clair de lune.
Blanche lueur de perle
d’abondance confuse.

Marcher en plein vent,
dans un monde sans soleil,
au bas de la vie.
Atteindre l’autre rive
tout inondée de clarté...


§ Jours d’errance sous
les durs traits de lumière
du burin du Temps.

Rechercher sans fin
tous ces riens inutiles.
Que de souffrances...

La rauque clameur
des fractures du monde,
puzzle en pièces.


§ Des vents fades,
un mur couvert de mousse.
Estompe du Temps.

Ombres crénelées
des affreuses murailles
de l’esprit humain.

D’édit diluvien
en paresse de vivre,
des yeux de bétail.

Les désirs dorment
les uns avec les autres.
Silence. Merci !


§ Marche des ombres
sur un mur. Jour après jour.
Une simple Histoire.

Les traces d’un feu
au cœur de ruines grises :
erreurs d’une vie.

Aux sentiers des mots,
les cailloux de la peine
me font trébucher.


§ Au puits d’inscience,
un rescapé du futur
dans le vent d’avant.

Du chapelet du temps
égrené jour après jour,
aucune trace.

Dans la nuit noire,
errance solitaire.
Moment d’illusion

d’aller déposer
les filets du souvenir
au vent des regrets...

Noir puzzle gourmand
de nos âmes fatiguées
d’absurdes désirs.

Conjugaisons
au passé pas si simple...
d’un futur antérieur.


§ Au cœur des foules,
douceur de solitude.
S’isoler en soi.

Vivre l’ivresse
aux lumières errantes
puis, se dissoudre.


§ Des morceaux de temps
empilés en désordre.
Passé d’une vie.
Des vies écrasées
en lumière liquide.
Ombres d’absence.

Un lac de néant
vers des matins étranges
aux lèvres closes.

Folles utopies,
car seuls les morts sont libres,
car seuls les morts sont ivres
de l’éternel silence.

Doux vade-mecum.


§ Fugue fugace
du silence de la mer.
Notes vagales.

Notes fragiles
des musiques du vide.
Le choc des sphères.

Idées furtives,
cathédrales de verre,
déité athée.

Partout des sphères,
berceau des origines
perpétuelles.

Vies flottant dans un
vacuum espace-temps.
Éternels retours


§ Des lignes de chant
dans un puits de silence.
A perte de fond.
Chacun la sienne.

Dans les entrailles
du silence vont de lents
chants linéaires.
Chacun le sien.

Chacun
à contre courant
atteindre l’autre rive
pour rêver sans fin.
Sauver sa barque
des bourrasques amères
puis tout écoper !

Au creux de la main
lumière de nuages.
Et le soleil, quand ?


§ L’angoisse lustrée
des confessions bizarres.
Ortie sur ma peau.

Dégoût de la vie,
de ses orties avides,
de son grand vide.


§ Sous la fenêtre
des immensités mornes,
plaintives rumeurs

Échos intimes.
Transparences de la nuit.
Parfums ennuyeux.
Des soupirs grondants
après de fades ennuis.
Comme au hasard.


§ Des branches noires,
comme un rêve menteur.
Délayer l’ennui.
Boire et rire avec les fous.
Sournoise dépendance.

Comme un hasard
dans une nuit épaisse,
l’indifférence.


§ Orgueil malade,
comme rongé de rouille.
Fierté vétuste.

Vivre par oubli.
Se trouver partout perdu.
Un goût de dégoût.

Ombres de l’âme,
lambeaux de tout l’univers.
Les Orgues d’orgueil...


§ Des arabesques
au cœur de la vacuité.
Ainsi va la Vie.

Rides fugaces
à la surface du temps.
Ainsi allons-nous.


§ Longues figures
des artéfacts temporels,
toutes semblables.

En apesanteur,
écume des longues nuits
que l’on dit blanches.

Dans la pesanteur
des ombres plaquées au sol,
l’écume des jours.

Écume des jours,
d’infini tendresse en
infini chagrin.

Comme un cocktail
de glaçons et de braises,
la vie lentement.


§ Mythe décisif
du hasard illimité,
trou noir r(el)ationnel.

Mythe décisif ?
Semeuse de confusions,
une lueur bleue...


§ À l’aventure
sur les routes du hasard,
tard sur la Terre.

Larmes d’écume
d’un désert sans mémoire.
L’homme, simplement,
pour percer des fenêtres
dans le mur du rationnel.

De nuit comme de jour,
absurdité d’un rêve...
celui de la vie.

Friche déserte,
un jour la vie disparaît,
comme un rêve.


§ Un oiseau chantant
dans la langue des songes.
Quel drôle d’oiseau !
Rêve absurde
dans la langue des contes,
ainsi va ma vie.

Notes grêles de
la musique des songes.
Espaces vides...


§ Si éphémères
lacunes des lagunes
des vies superflues.

Je suis là rêvant derrière la fenêtre...
Fumées d’encens porteuses de mélancolie
traversées d’un faisceau de rayons de soleil.
Et mes oreilles sont pleines d’obscurité...

La lune se glace -
à trop regarder dehors
mon regard a usé la vitre.


§ Bambous de Xu Wei.
Parcelles de conscience
Légende sans mots.


§ Dans le quotidien,
portes grandes ouvertes,
toujours prisonnier.

Présent prisonnier
pas de vent, tout est figé.
Partir pour ailleurs.

Pour ouvrir la nuit,
balayer les poussières
de lumière bleue.

Pour percer la nuit
d’un long passage étroit :
la rue de l’Oubli.


§ Projet de sable.
Pour lire dans les pierres
la trace du vent.

Dans le lit du vent
la pierre de silence
du delta du soir.

Lâché dans le temps
où l’on ne voit plus la mer
la nuit dérive.

La nuit sans âge
et il n’est là rien d’autre.
Aube des mondes


§ Ivre d’images...
Mais les images meurent
comme les plantes.

Combien, aujourd’hui,
d’images de moi-même ?
Combien de mortes ?


§ Silence des sens,
signe discret de mépris.
Vacarme des mots.

Silence des mots.
Autant de bleus à l’âme.
La vase du soir.


§ La Nuit sans âge
ensanglante ses ailes
trempées d’étoiles.

Ne plus écouter
que la nuit bleutée du cœur
afin d’entendre.


§ Je veux rester loin
des œillères du présent,
perdu mais vivant.

Je veux rester seul
dans la forêt des livres
aux recoins obscurs.

Je veux rester seul
en spirale de papier
pour crever les murs.

Je veux rester seul,
me coucher sur l’océan,
voir le fond de l’eau.

Tout vient du dehors
par les recoins obscurs
trempés d’étoiles.


§ Dis, quand on est mort,
c’est pour combien de dodos ?
Cancer d’un enfant...


§ Les fleurs étranges
des étranges étreintes...
Robe d’iris noirs.

Appuyée au mur,
que tu es impatiente.
L’ombre d’une fleur.

Participer aux
rencontres improbables
du monde flottant.


§ Je ne sais plus rien
de mes sages messages...
qu’un amer désir

à mer des désirs,
madrépores aveuglés
parmi les herbes.

dans mes épaves
vient battre le pouls du temps
bourré d’êtres gris.

Je ne sais plus rien,
entonnoir de silence.
Vide de la vie.


§ Il pleut dans les pas
du vieil homme mort hier.
Comme coup de gomme.

Voix des étoiles
aux amours galopantes.
La Terre est close.


§ Aux ombres fines
des lumières de la nuit
dernier vent usant

Lune lagune
de l’aurore amère.
Grêle et frêle.

Barque de la vie
au vent sous les étoiles.
Simple illusion.

Le nu des notes
de mon acide chagrin.
Jungle des rêves

Colonnes de sel
de lents courants souterrains.
Haleine d’acier.

Rage d’un long jour.
Seul au bout de la route
et les yeux vides.

Tout peut s’effondrer
et abattre le cœur...
Et l’esprit aussi.

Savourer le goût
éclatant de la douleur
aux ombres fines.


§ Des gestes de feu,
puis ses yeux me tamisent
Galaxie d’ennui.

Recherche du jour
dans l’ombre bleue du désir
Rêves évanouis.


§ Esprits lunaires
au bourdonnement violet
de proche néant.

Violent silence
venu d’ailleurs et du vent.
Doublure des jours.

Au bord du trou noir
le vent sec brûlant de bruits
d’un cataclysme.

Échos de la nuit,
en lumière imaginée.
Plus rien n’a de sens.

La peau liquide,
je suis mort depuis longtemps,
écho sans réponse.
Je suis venu d’ailleurs
et du vent de nulle part.
Hasard silencieux.

Une vie d’homme ?
Pas même une égratignure
à la surface du temps.


§ Sueur de pierre.
Taillis inextricables
de nos angoisses.

Boire l’eau obscure
au goût acre de vengeance,
fleur d’obscurité.

L’obscurité coule
en soulagement de l’aube
aux ruines du temps.

Lent goutte-à-goutte
des impressions fugaces.
Clepsydre du Temps.

Partir les pieds nus
sur les sables mouvants de l’esprit,
aux frontières du vent.

et de l’autre côté du vent
trouver ce futur
qui sera mon passé.


§ Je n’ai rien choisi.
Je suis né. Je suis ici.
C’est tout.


§ Couler vers le bas
est la nature de l’eau.
Vers où coules-tu ?


§ Le Cours des Choses,
vieux sphinx à tête grise.
Racine du mal.

S’écrouler soudain
puis se vivre en rêve.
Silence des Choses.


§ Une vie à double fond
au goût salé de Journal infime
du Sens Secret des Choses

***

Extraits de Poussières des Jours (2003-2006), journal en vers libres. Formes au plus proche du haiku (5/7/5), du senryu (17 syllabes) et du tanka (5/7/5/7/7) mais thèmes hors sujet de haiku.