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Découvrir un sens à sa vie

vendredi 22 mai 2009, par Chartrand Saint-Louis

Le psychiatre Victor E. Frankl explique dans son livre, Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie, comment ses expériences vécues dans les camps de concentration l’amenèrent à développer sa propre approche thérapeutique : la logothérapie ou « psychothérapie fondée sur le sens de la vie ».

Dans ce livre, il décrit les tourments infligés, au jour le jour, aux êtres humains dans les camps de concentration où quelques-uns parvinrent à s’échapper. Pourquoi en faire la description ? Tout simplement pour répondre à cette question : « De quelle façon la vie quotidienne dans un camp de concentration affectait le moral des prisonniers ordinaires ? »

Comme les autres prisonniers, Frankl dut trouver des raisons de survivre à ces épreuves qui déshumanisent. Les paroles de Nietzsche lui servirent de principe pour nourrir sa force intérieure et sa réflexion : « Celui qui a un "pourquoi" qui lui tient lieu de but, peut vivre avec n’importe quel "comment" ».

Après la libération, certaines personnes devinrent des oppresseurs, propageant la violence et l’injustice. Un de ses amis, qui n’était pourtant pas un être méchant, lui dit : « qu’on me coupe cette main si je ne la tâche pas de sang le jour où je rentrerai chez moi ! ». La morale se déréglait chez certains d’entre eux et l’expérience du désespoir, ce sentiment cruel d’être incompris, fut une expérience extrêmement chargée de souffrance pour la plupart des rescapés.

« Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? » demandait-il à ses patients qui souffraient de divers tourments. C’est dans les réponses à cette question que se dessinaient généralement les grandes lignes de ce qui donne du sens à la vie. Chez l’un, c’est l’amour de son enfant, chez l’autre, c’est un don, un talent à utiliser, chez un troisième, c’est une cause.

Selon Victor E. Frankl, celui qui ne trouve plus aucun sens à sa vie, qui n’a plus de but, plus de raison d’aller de l’avant, se condamne à ne plus vivre.

« Les deux hommes avaient invoqué l’argument typique : ils n’attendaient plus rien de la vie. Il était donc nécessaire, dans les deux cas, de leur faire comprendre que la vie, elle, attendait quelque chose d’eux dans l’avenir. Nous avons découvert que pour l’un des deux hommes c’était son enfant qu’il adorait et qui l’attendait dans un pays étranger. Pour l’autre, c’était un projet plutôt qu’une personne. (...) Une personne qui réalise l’ampleur de la responsabilité qu’elle a envers un être humain qui l’attend, ou vis-à-vis d’un travail qu’il lui reste à accomplir, ne gâchera pas sa vie. » (p. 85-86)

« L’important n’était pas tant ce que nous attendions de la vie, mais ce que nous apportions à la vie. Au lieu de se demander si la vie avait un sens, il fallait s’imaginer que c’était à nous de donner un sens à la vie à chaque jour et à chaque heure. » (p. 83)

Il est impossible de définir le sens de la vie d’une manière générale, car tout dépend de la situation dans laquelle se trouve la personne. Aucune situation ne se répète ni ne se compare. Chaque situation est unique. Chaque personne est seule et unique. Sa chance réside dans la façon dont elle portera son fardeau.

Trois avenues permettent de révéler un sens à la vie selon Frankl :

1) Accomplir une œuvre ou une bonne action ;
2) Connaître et aimer quelque chose ou quelqu’un ;
3) Assumer dignement une souffrance inévitable.

La troisième avenue permet le dépassement et la transformation, car ce qui semblait une tragédie peut devenir l’occasion d’une métamorphose. Même chez le grand malade, la souffrance peut rendre moralement noble.

Chaque personne peut transformer les situations pénibles en des réussites personnelles, en tirant parti de son expérience. Il s’agit en résumé d’être à l’écoute de sa conscience et d’agir au mieux de sa connaissance.

« Que de souffrances à assumer ! » dit le poète Rilke. Autant apprendre à y faire face et à limiter autant que possible nos moments de tourment.

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Victor E. Frankl. Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie ; traduit de l’anglais par Clifford J. Bacon et Louise Drolet. Montréal : Les Éditions de l’Homme, c2006.