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Métaphysique de l’humain

lundi 2 novembre 2009, par Thierry Cabot

Qui blesse... et blesse encore avec des mots de pierre
L’espoir tenu fiévreux aux plis d’une paupière ?
Quelle plaie en sommeil hante les buissons fous ?
L’homme aux abois, comme aliéné, sans garde-fous,
Chemine en claudiquant à travers sa nuit rêche
Et le temps affamé qui toujours mieux l’ébrèche,
Bien avant que sur lui les vers se soient jetés,
En fait un vase aigri geignant de tous côtés.

Mais là... mais là, prodigieuses ou difformes,

La vie à peine éteinte éclot sous d’autres formes ;
Là chaque infime goutte apprivoise le sol ;
Oui partout le blé mûr et le chaud tournesol
Allongent leur éclat vers le ciel impavide ;
Déjà, prêt à jaillir, un germe naît du vide ;
En sorte que malgré son injure au vivant,
Pour celui-ci, la mort n’est rien qu’un peu de vent.

Hélas ! dans l’âpre monde où le deuil le rend blême,
L’homme éternellement veut demeurer le même
Et sourd face à la marche aveugle des matins,
N’entend que ses désirs louches et byzantins.
Frêle atome englouti par la nature inique,
Il se juge, il se croit à tout jamais unique
Car au fond quelquefois du plus terrible adieu,
Il voit s’illuminer le visage de Dieu.

***

Poème extrait de La Blessure des Mots.