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Samson et Samuel

lundi 28 juin 2010, par Michaël Adam

Aujourd’hui aux nouvelles, on parle de petits morts,
Cette fois dans l’île qui porte le nom de Timor,
Là-bas, dans l’archipel le plus grand du monde,
Où est perpétré l’un des massacres les plus immondes.

Mais c’est à toi que je pense ce soir, petit Samuel,
Et non pas à ces enfants assassinés dans les ruelles,
Car c’est toi qui m’as donné plus d’une leçon de courage,
Au temps où la maladie t’infligeait ce cruel naufrage.

Je t’admirais, petit prince rieur, frêle géant,
Car ta grandeur surmontait l’absurde et le néant
Lorsqu’en silence tu souffrais de cette mucoviscidose
Qui te tuait comme une drogue prise en surdose.

Sache que tu m’en imposais plus que les hommes forts.
Tu étais mon héros, sans que tu n’en fasses l’effort.
Je contemplais, charmé, cette présence qui était toi
En me disant : “Regarde, apprends à souffrir et tais-toi.”

Souvent je vois ton rire blond et la force de ta faiblesse,
Et j’éprouve encore ce frisson qu’engendrait ta noblesse.
Petit Samuel, toi qui riais en faisant la pige à la douleur,
C’est à toi que je pense lorsque j’en vois de toutes les couleurs.

Et ma peine s’allège, comparée à la tienne, petit garçon,
Brave colosse rachitique, de la lignée des Samson,
Éblouissant modèle de vaillance et d’acharnement
Toi, dont le cruel destin était loin d’être un amusement.

Ton rire éclate, implacable désespoir, autour de ta grâce
Il fuse comme une gerbe au-dessus de la disgrâce,
Au-dessus de la médiocrité et de la lâcheté de notre existence,
Offrant à nos piètres vies quelque semblant de consistance.

Mourir, mon petit, c’est partir beaucoup, à petit pas...
Mais tu es resté, et c’est moi qui n’en revient pas.
Je te garde, impérissable et magnifique gamin,
Vaillant cousin, brave petit frère d’hier et de demain.